‹ Jean de Bretagne Comte de RichmondChapitre 29 sur 51 · SI E · texte numérisé non relu

SI E

Une série de documents, émanant de la même ville d’York, daté de 1222, du 26 juin au 27 juillet, atteste aussi la présence du comte (1). Il est donc certain qu’il passa à cette époque un moisau moins dans le comté d'York, probablement en partie à York même où le roi se trouvait avec sa suite, en partie dans le Richmondshire, car on se rappelle qu’il avait été chargé à cette époque, par Édouard II, de veiller personnellement aux préparatifs de guerre pour la campagne d'Écosse, et de passer ses gens en revue le 28 juin.

Les possessions du comte, comme on aura l’occasion de le voir, se trouvaient dispersées dans quinze comtés. Les « villae» du comté d’York formaient la principale agglomération ; venaient ensuite celles du comté de Lincoln. Parmi elles il faut citer Boston, ville située non loin de la mer et attirant un nombre considérable de marchands de toutes les nations à ses foires (2). Le comte de Richmond, comme seigneur de la ville, y avait des baïllis chargés du maintien de l’ordre et de l'exécution de ses volontés. Ces baïllis se trouvent à plusieurs reprises mentionnés dans les actes. On sait qu’à cette époque la sécurité des transports était peu garantie : les plaintes de marchands, pillés en route par les malfaiteurs, abondent dans les documents anglais. Dans des cas de ce genre les marchands volés, d'abord, et le roi ensuite (3) devaient s'adresser au souverain du pays auquel appartenaient les pillards, pour demander la restitution des marchandises dérobées et le payement des dommages encourus; mais, comme la plupart des souverains étaient fort lents et souvent peu enclins à rendre justice à des étrangers, on avait imaginé le procédé suivant. Le roi donnait au marchand détroussé des lettres de représailles, dites aussi lettres de marque, qui l’autorisaient à se payer luimême sur les biens des marchands étrangers (4), ou bien il ordonnait aux baillis des villes marchandes de confisquer les biens qu’ils y avaient déposés.

(4) Cal. Cl r., t. 1318-93, p. 575 ; 26 juin, 27 juill. Zbid., p. 576; 9 juillet. Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 494, 15 et 27 juillet. (2) Voir à propos de ces foires Lincolnshire, t. II, p. 304, dans la série des « Victoria County Histories ».

(3) Mas LarRie, Du Droit de Marque, p. 25-26. (4) Voir sur ces lettres l’ouvrage de Mas LATRIE.

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Des ordres de ce genre ont été donnés à plusieurs reprises aux baillis du comte de Richmond à Boston. Ces ordres se rapportent le plus souvent à des marchands des Pays-Bas: Flandre (4), Hainaut, Zélande et Hollande (2); mais en outre aussi à la Norvège (3), à la ville de Lubeck (4), à l’évêque d'Utrecht (5). Les biens confisqués devaient être évalués en présence des’marchands à qui ils avaient appartenu. [larrivait parfois que les baïllis négligeaient cette règle; si le roi l’apprenait, il leur ordonnait de faire l’évaluation à nouveau dans les conditions exigées. Un tel ordre est donné, par exemple, le 26 août 1309 aux baillis du comte de Richmond, qui avaient arrêté des marchandises de marchands flamands et les avaient évaluées en dehors de leur présence (6). Quelquefois le roi, après avoir donné l’ordre de confiscation, entrait en pourparlers avec les souverains des malfaiteurs, puis donnait contre-ordre aux baïillis. Les baïllis du comte de Richmond reçurent, par exemple, en 1320 un contre-ordre de ce genre à l’égard des gens du comte de Flandre (7). Il arrivait aussi que les baillis se trompaient et arrêtaient les biens de gens qui, après enquête, se trouvaient ne pas appartenir à la nation des pillards. Si la chose était prouvée, le roi donnait ordre de les relâcher. Un ordre dans ce sens fut donné par Édouard II aux baillis du comte de Richmond à Boston, qui avaient arrêté des gens du roi d'Allemagne au lieu de gens de l’évêque d’Utrecht (8).

(1) Cal. Cl. r., t. 1307-13, p. 121 ; 13 juillet 1308. Le marchand pillé était un bourgeois de Great-Yarmouth, ville qui se trouvait dans le voisinage de certaines terres du comte de Richmond (Suftolk). Les baillis devaient confisquer les biens de marchands de Bruges, Damme, L’Ecluse et d’autres villes de la puissance du comte de Flandre. 1bid., p. 116; 8 mai 1308. Le marchand volé est un bourgeois de Londres. Voir aussi Cal. CL. r., t. 1313-18, p. 8; 30 juillet 1313 et p. 399, an. 1321. Le marchand volé est un bourgeois d’'York.

(2) Cal. CL. rot., t. 1307-43, p. 105; 18 mars 1309 (le marchand pillé est un bourgeois d’York). Ibid., p. 396: an. 1321. Ce dernier document stipule que les biens doivent être confisqués par les baillis de Boston, mais non pas à la foire de cette ville.

(3) Cal. CL. r.,t. 1307-13, p. 155 ; 22 mai 1309.

(4) Cal. CL. r., t. 1318-23, p. 47; 9 décembre 1318. Le pillage a été commis entre Great Yarmouth et Blakenay, donc tout près des terres du comte.

(5) Cal. CL, r., t. 1307-13, p. 202; 24 mars 1310.

(6) Cali. CL. r.,t. 1307-13, p. 171.

(7) Cal. Cl. r., t. 1318-23, p. 221.

(8) Cal. CL. r., t. 1307-13, p. 21 ; 21 mai 1910.

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Les mêmes baillis eurent aussi à intervenir dans l'intérêt du royaume, en arrêtant des marchands étrangers, accusés de soutenir les Écossais (1).

Mais nous trouvons encore les baillis du comte employés à d’autres besognes. C'est ainsi qu’en 1309, au moment des discussions entre le roi et le pape (2), il leur fut ordonné, de même qu'aux baillis de certaines autres localités, de fouiller toutes les personnes, apportant dans le royaume des lettres pontificales qui pouvaient porter préjudice à la couronne royale, et d'envoyer ces: lettres au Conseil du roi à Londres par des messagers de confiance (3).

Si le comte de Richmond, personnellement ou par ses baïllis, avait l’occasion de rendre des services multiples à la royauté en l’aidant à gouverner le pays, il devait employer encore plus souvent, etavec des résultats plus importants, son talent et ses forces à des services diplomatiques : c’est ainsi que, quelques mois avant que ses baillis eussent reçu l’ordre mentionné, au sujet des lettres papales, le comte lui-même fut nommé membre d’une nombreuse ambassade qui devait se rendre auprès du pape Clément V. Cette ambassade avait été formée d’abord des évêques de Worcester et de Norwich, des comtes de Richmond et de Pembroke, et de l’archidiacre de Buckingham, qui avaient reçu l'ordre de se rendre auprès d'Otton de Grandson (4), d'Amanieu d’Albret (5) et de Robert, sénéchal de l'hôtel du roi de France (6) ; ces trois derniers personnages se trouvaient probablement en Guyenne et devaient se joindre aux autres commissaires. La commission se rendrait d’abord auprès du roi de France, ensuite auprès du pape. Les deux souverains avaient reçu à la mème date (4 mars) des let-

(1) Hansisches Urkundenbuch, édit. Hôhlbaum, t. IE, p. 75, n° 171 et p. 90, n° 224. (2) Voir la lettre au sujet des possessions et donations ecclésiastiques, signée par les barons et envoyée au pape. Rymer, 6 août 1309. (3) Cal. Cl r.,t. 1307-13, p. 173. CE. Reg. Honor. Richm. Append., p. 152, n° 97. (4) De Graunisun, de Grandisono ou de Grandissono, chevalier, mentionné constamment dans les Rôles Gascons, t. III (voir la table et l’Introd. au t. III); il avait été associé en 1303 à Henri de Lacy pour rétablir l'autorité du roi d’Angleterre dans les terres restituées par le roi de France. (5) Amanieu VII d’Albret, fils cadet d'Amanieu VI, mentionné aussi à plusieurs reprises dans les Rôles Gascons (voir t. III à la table) avec le titre de Damoïiseau. (6) RyMER, 4 mars.

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