‹ Jean de Bretagne Comte de RichmondChapitre 34 sur 51 · pe · texte numérisé non relu

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questions qu’on leur posait devaient être réglées par la « curia regis » (1) ou par Le chambre des comptes (2).

Le comte de Richmond et ses collègues. n'avaient donc pas un . rôle facile à remplir, et leur mécontentement s’est manifesté à plusieurs reprises. Ils s’aperçurent assez vite que le désir de négocier n’était que de leur côté, et que leurs adversaires ne demandaient pas mieux que de voir échouer les pourparlers. Quinze jours après l’ouverture de la conférence de Périgueux (7 mai 1311) un document (3) enregistre déjà les doléances des Anglais contre leurs adversaires qui « portaient injure et préjudice aux franchises du Seigneur Roi et Duc » (4). Le mémoire qui réunit les réponses successives des deux parties porte aussi à sa fin une apostrophe véhémente de la part de la commission anglaise : « Vous n’avez rien voulu faire des choses demandées », disent-ils aux députés français, «et nous avons des raisons de croire que vous ne ferez rien, comme vos réponses le montrent clairement, car elles sont par leur motif sans droit et insuffisantes. Quant aux choses que vous avez demandées, elles ne peuvent être accomplies selon la teneur des paix sur lesquelles vous vous basez, comme on peut le comprendre en étudiant vos demandes et nos réponses. Et comme nous ne croyons plus ‘que vous fassiez ou disiez encore quelque chose

{(t) Moreau, 691, f° 201 ve : Dicunt quod Curia Domini Regis retinuit sibi super hoc causam principalem propter quod accessoria sibi eciam retinuisse videtur…, et plus loin f° 202 vo ..... Et super eis dicta Curia respondit seu eciam ordinavit, propter quod super predictis respondere non possunt.

(2) Réponse à l’article IX : Ibid., f° 202 r°.... nec premissa possunt scire, nisi

«per gentes camere compotorum Domini Regis..... immo pertinent ista ad gentes dicte camere nisi esset de speciali et expresso mandato Domini Regis...... Les réponses des Français aux articles de demandes anglaises sont extrêmement brèves en comparaison des réponses anglaises aux demandes françaises, et elles finissent invariablement par la phrase : « Dicunt quod respondere non possunt ».

(3) Moreau, 698, f 107 des Liasses de la Tour de Londres, n° 41. Il est rédigé en forme ‘solennelle, et porte la souscr'ption du notaire et de nombreux témoins.

(4) ..... injuriabantur et praejudicabant libertatibus dicti Domini Regis et Ducis. ... Le mécontentement des commissaires anglais semble avoir été occasionné par ce fait que les commissairés français s’adressèrent directement au procureur du roi d'Angleterre, en le sommant de leur répondre sur différentes questions qui les intéressaient. Un autre document (Moreau, t. 692, f°° 153 r°-155 r°, tiré de Julius, E. 1, f° 218) semble se rattacher au précédent. C’est une lettre de créance donnée par le roi d'Angleterre à Thomas de Cobeham, envoyé vers le roi de France pour lui déclarer que le roi n’est pas tenu de répondre aux commissaires français, mais seulement à la cour des pairs.

qui puisse servir utilement à compléter les traités de paix, il nous semble inutile de prolonger notre présence ici. C’est pourquoi nous désirons que les rois de France et d'Angleterre soient avertis de tout ce qui s’est passé, et nous vous prions de faire savoir au roi de France les négociations qui ont eu lieu (1) ».

Comme letexte de cette plainte n'est pas daté, il est impossible d’en savoir l’époque exacte ; elle doit être envisagée en tous Cas comme le résultat définitif des négociations, qui, à en juger par la quantité considérable de réponses de part et d’autre, avait duré de longs mois, mais l’époque où la commission interrompit ses travaux ne peut être précisée (2). Le résultat en devait être, de toute manière, négatif. Les Anglais pouvaient-ils croire que le roi de France montrerait plus de complaisance que ses commissaires. ces derniers ayant agi certainement selon ses instructions ? Peut-être espéraient-ils, que, les voyant sur le point d'interrompre les négociations, il se raviserait au dernier moment.

Le roi Édouard Il, informé de son côté, avait envoyé l’un des commissaires, Guillaume Inge, auprès du roi Philippe pour l’informer du conflit (3).

(4) Moreau, 691, fo 185 v9-187 ro. Nous n'avons pas traduit mot à mot ce passage qui est très long et soufire, comme tous les autres textes, de répétitions multiples. Le sens en est du reste parfaitement clair.

(2) En septembre 1311 un Concile général, tenu à Avignon, devait entre autre, traiter des affaires de la Gascogne, et Édouard avait projeté d'y envoyer ses commissaires. (Voir Rymer, 7 mai 1311). On ne sait si ce projet fut exécuté.

(3) Moreau, 692, fo: 172 r°-173 vo, Julius E1, f. 248 v°. Credencia DominiWillelmi Inge dicto Domino Regi Francie. Nous apprenons par cette lettre que les commissaires anglais avaient donné un répit de trois semaines aux Français pour consulter le roi et son Conseil, mais que, ce temps s'étant écoulé et les Français ayant été sommés à plusieurs reprises de faire justice, ils répondirent « qu'ils ne feraient et ne répondraient autre chose que ce qu'ils avaient dit auparavant ». Et c’est alors que le roi d'Angleterre, voyant l’inutilité de la commission, demanda aux commissaires français d'informer leur seigneur et résolut d'envoyer lui-même Guillaume Inge auprès du roi de France. «..... E les firent savoer q'il meynt en dementeres aillurs esploiter les bosignes moun ditz seygnur le Roy d’Engleterre si que a chef de trois simaignes il recuveroyent a fere et a retoner (sic) quant que a lacomplissement des paes appendi quant vos gen!{z, sire, serount mielx avisez a queu temps, sire, il recureront e par plusours foiz requistrent vos ditz gentz q'il vousissent les avant dites pointz des paes acomplir en la forme avant dite. Et respondirent vos gentz, sire, q'il ne freyent ne respondreyent autre chose que devant ne avoyent fait. Doynt, sire, les dites gentz mon seynor le Roy d’Engleterre, Veauntz que luer demore plus longes por cele achesoun ne feroyt poynt profitable pur mondit seyignur ne pur eux, prierent voz gentz qu’il vous Vouis-

On ne sait pas au juste ce qui se passa ensuite, les renseignements faisant défaut à ce sujet ; on peut seulement constater que le roi de France, malgré toutes les informations reçues, laissa tomber les pourparlers sans avoir tranché les questions soulevées (1).

Quel fut dans cette commission le rôle du comte de Richmond ?

Il serait téméraire d’essayer d'étudier séparément l’activité de chaque commissaire ; tout ce qu’on peut dire, c’est que l’évêque de Norwich et le comte de Richmond, étant les deux plus grands personnages, ont sans doute joué un rôle plus important que Guy Ferre et Guillaume Inge (2). Les liens de parenté qui unissaient le comte à la France auraient pu. dans d’autres circonstances, être utiles à Édouard II en aplanissant les difficultés. On a vu qu'il n’en fut rien.

On se rappelle que la commission n’avait pas été envoyée uniquement pour négocier, mais aussi pour s'occuper de l’administration de la Guyenne. Afin de subvenir à ses besoins financiers, elle avait probablement recu du roi l’autorisation de s'approprier certains revenus du pays, car en septembre 1310 l’évêque de Norwich et le comte de Richmond enjoignaient au connétable de Bordeaux de révoquer toutes assignations de payements sur sa

sissent sur les dites choses certifier. Et sur ceo, sire, unt il envoye mi a vous de fayre vous assaver que vos gentz ne unt austre chose fait par quoy il vient (sic) les austres.» (Moreau, 692, f° 173 r°). D'autre part, le roi de France, dans une lettre adressée à Édouard, se plaignait que les députés anglais s'étaient montrés « défectueux » à la Commission : PaLGrave, The Ancient Calendars of the Treasury of H. M-s Exchequer, t. III, p. 117.

(1) Du moins n’a-t-on pas trace de leur continuation, et les documents postérieurs disent nettement que leur négociation ne fut que commencée par la commission de Périgueux. (RyMERr, 5 févr. 1330). Édouard III donne à cette époque à ses envoyés ordre de continuer les négociations commencées à Périgueux.«... quidam processus..... per dicti Franciae Regis et, inclitae recordationis, Domini Edwardi, quondam Regis Angliae, patris nostri, commissarios communiter deputatos, apud Petragoricum, amicabiliter inchoati adhuc pendeant indecisi. »

Voir aussi Moreau, 658, f° 164 r.-165 v°; tiré des Liasses de la Tourde Londres. Protestation du procureur du roi d'Angleterre au sujet des procédés des Français relativement à l’île d'Oléron «..., ex adverso (de la part des Anglais) quod fuerat exceptum et postea replicatum et finaliter super predictis quamplurimum altercatum et allegatum et conclusum hinc inde et processum super hinc habitum dictis Dominis nostris Regibus duxerit remittendum adhuc quod pendeat et non restet...»

(2) Les documents disent souvent : l’évêque de Norwich, le comte de Richmond et leur collègues.

recette dans l’étendue de son ressort, et de leur garder la totalité de cette recette pour l’expédition des affaires dont ils étaient chargés (1). Les pouvoirs donnés à la commission semblent avoir été très étendus, car on la voit s'occuper du règlement de questions de tout genre. Affaires judiciaires, affaires concernant le domaine royal en Guyenne, vérification des comptes des agents financiers du pays, récompenses à distribuer à des serviteurs fidèles de la royauté anglaise et enfin affaires concernant les grandes villes comme Bayonne et Bordeaux — telles étaient les principales questions devant être réglées par la commission (2).

Les affaires judiciaires portaient surtout sur l’amélioration de la juridiction anglaise dans le duché. La question avait une importance politique considérable, car les habitants avaient été toujours enclins à profiter des prétentions du roi de France pour lui adresser des appels qui empiétaient sur les droits de juridiction du duc.

Pour remédier à cet état de choses, Édouard chargea ses commissaires de nommer un juge pour les appels en dernier ressort (3). D’après les termes des lettres royales, le duc en nommant ce nouveau juge concédait au désir « librement exprimé » par ses sujets de Guyenne, car il avait à cœur de « donner une fin aux litiges et d’épargner les fatigues et les dépenses des parties ».

(4) Moreau, 692 fo 94 r° tiré du Ms. Cotton Julius E 1 f° 214 bis.

(2) Le Rôle Gascon des années 4 et 5 d’Édouard II (membr. 18(26) et membr. 20 (27) renferme une série de mandements aux commissaires, leur ordonnant de régler différentes affaires dans le duché, dont la plupart concerne la juridiction et le domaine royal. Le roi s’y adresse à eux comme à ces « veros et legitimos procuratores ac nuncios spéciales. »

(3) Moreau 692, f° 87, 2 août 1310, tiré des Rôles Gascons an. 4-5 Éd. II, membr. 20 «.... cum ad aures nostras pervenerit quod plerique nostri subditi, dum per officiales nostros in partibus Aquitannie se senciunt aggravatos, ad nos libencius appellarent si in partibus illis judicem promptum haberent ad quem velud ad personam nostram possent habere recursum. Nos, ipsorum commodis prospicere cupientes, vobis duximus committendo quatinus si, convocato vobiscum circa hoc aliquorum proborum virorum illarum parcium consilio, nobis ac toti Reipublice expedire noveritis aliquém probum virum Judicem nostro nomine constituatis qui de causis appellationum quaë ad personam nostram continget emittere, cum per appellantes aditus fuerit possit vice nostra cognoscere et fine debito terminare : ac innovata in prejudicium appellationum ad statum debitum revocare et facere revocari. .. ».

‘Un autre mandement (1) ordonnait aux commissaires de s’occuper de l’établissement d'archives publiques dans les lieux les plus considérables. Un protonotaire, ayant sous ses ordres des notaires, devait être mis à la tête de cette nouvelle institution ; par ses mains passeraient les protocoles de tous les actes qui se feraient dans le district de chaque lieu et dont on conserverait des copies, tandis qu'auparavant les actes, après avoir été enregistrés, souvent fautivement, étaient détruits au grand préjudice du duc et de ses gens. Les commissaires devaient se charger de fixer les conditions du service de ce nouveau personnel, ainsi que des anciens notaires, scribes et autres serviteurs du pays qui avaient émis la prétention de salaires immodérés.

C'étaient les commissaires aussi (au nombre de deux au moins) qui, après avoir demandé conseil de quelques personnages compétents de la région, devaient se charger de la nomination du nouveau juge et du nouveau protonotaire. [ls eurent en outre à distribuer à différents clercs un nombre considérable de greffes (scribania) (2).

Tout ceci montre clairement le rôle important que lacommission devait jouer dans le remaniement de la juridiction dans le duché.

Une autre catégorie d’afiaires concernait le domaine du duc en Guyenne, et c’est le comte de Richmond qui s’en occupa plus particulièrement ; c'est lui du moins qui adressa une lettre au contrôleur du château de Bordeaux, Jean Guitard, ordonnant à ce personnage d'établir l’état des domaines et droits du roi d’Angleterre dans les sénéchaussées, diocèses et paroisses de la

(1) Moreau, 692, f°* 88 r°-89 r°, tiré des Rôles Gascons, an. 4-5, Ed. IT, memb. 20; MaOUt 10 Ce Nos .... ob et duobus ex vobis qui presentes fuerint duximus committendo mandantes quatinus, comunicato aliquorum bonorum virorum nobilium et aliorum de quibus expedire videbitur illarum parcium consilio, in singulis locis insignibus archivum publicum constituatis, et in ipso preficiatis aliquem virum idoneum prothonotarium, in cujus librisomnia instrumenta que per notarios circumvicinos recepta fuerint infra certum terminum a vobis preficiendum de verbo ad verbum prout recepta fuerint transcribantur..».

(2) Moreau 644, f 41 r°, tiré des Rôles Gascons, an 7, Éd. II, memb. 2.

Ibid., f* 217 r°, même provenance, an..9, Ed. Il, memb. 43.

Ibid., fo 299 ro, même provenance, an. 9, Éd. Il, memb, 6.

Môreau 645, fo 143 r°. même provenance, an. 11 et 12. Éd. II, memb. 11.

1bid., f° 309 r°, même provenance, an. 13 et 14, Éd. II, memb,. 15.

‘Ce sont généralement des confirmations postérieures (de 1314 à 1320). Elles montrent que les ordres des commissaires n’avaient pas toujours été exécutés,

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Guyenne (1). Jean Guitard répondit dix jours après en envoyant uné liste assez incomplète des domaines et droits du roi en Guyenne. « Mais sachez, cher Seigneur, » écrivait-t-il au comte, « que rien de plus ne peut être affirmé par moi, car nul ancien registre qui en puisse faire foi, ou des extraits quelconques, faits dans le duché à propos de la vraie valeur des bailliages et autres lieux, n’ont été retrouvés dans le château de Bordeaux depuis le temps de la conclusion de la paix ». Il conseille donc de faire faire par des hommes compétents des registres pour chaque lieu en deux exemplaires, dont l’un devait rester au château et l’autre dans le Trésor royal anglais (2).

Une partie des archives de la ville avait donc disparu. Fut-elle emportée par les Français ou sombra-t-elle au moment des troubles ? on ne le sait (3).

(1) Moreau 642, fo 145 (seconde énumération); tiré du Ms. Cotton, Julius E1, te 104, v° ; 1 février.

«Johannes de Britannia, comes Richemundie, dilecto nobis magistro Johanni Guitardi, controrotulari Burdegalensi, salutem. Quia super omnibus terris dominicis ac feodis Domini nostri Regis et Ducis et balliviis singulis ducatus Aquitannie certis detallis volumus effici certiores, vobis injungimus et mandamus quatinus omnia loca dominica et feoda predicta ac ballivias singulas ad Dominum nostrum Dominum Regem et Ducem in dicto ducatu et partibus ducatus pertinent|ia], quatenus ad vestram noticiam pervenerunt, per distinctionem senescalliarum quarumlibet ac diocesium et parocciarum in scriptis redigi faciatis, et ea in scriptis redacta per dilectum nostrum magistrum, Th. de Boterwico exhibitorem presentium ad nos sine more dispendio ....transmittatis.»

Cette lettre est datée tout simplement du 1° février; mais, comme elle vient de Périgueux, elle doit être rapportée à l'an 1311 ou 1312; elle est intéressante à noter, les lettres du comte, arrivées jusqu'à nous, étant fort rares.

(2) Moreau, 642, fo 146 ro, tiré de Julius E 1, fo 104 ve; 11 février.

Magnifico et potenti viro, domino suo karissimo, domino suo Johanni de Britannia, Comiti Richemundie, Johannes Guitard, suus clericus, se ipsum et quicquid potest reverencie et honoris......... quod nulla registra antiqua vel alia que de premissis fidem facerent, fuerunt reperta in castro Burdegalensi a tempore pacis informale citra, nec extenta aliqua facta in dicto ducatu de vero valore balliviarum vel aliorum locorum, sed esset necesse domino Regi et populo suo quod fieret extenta per bonos et fidedignos viros de vero valore totius ducatus, et quod fierent inde duo libri qui continerent omnia dominica, redditus, homagia et deveria quecumque per singulas ballivias, senescallias et dioceses ipsius ducatus, quorum unus remaneret semper in castro Burdegalensi et alius deferretur in Anglia ad thesaurariam domini Regis, ad habendum premissarum perpertuitatem, quicquid contingerel de alio libro...

(1) On retrouve en outre dins les documents des mentions d’enquêtes partielles, faites par les commissaires. Par exemple Moreau, 613 f° 103 r° tiré des Rôles Gascons an 4-5 Éd. 11 membr. 15, 18 janvier 1311, enquête faite dans six

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Les commissaires eurent en outre à régler les relations entre le duc et ses tenanciers. Dans un de ses mandements Édouard II constate que beaucoup de ses droits sur ses domaines en Guyenne ont été usurpés, et ordonne aux commissaires de s'occuper à régler ce genre d'affaires (1). C’est ainsi qu'ils eurent à s’opposer aux entreprises d’un certain Pierre Caïlhar, tenant en chef du roi 200 hommes à raison de la baronnie de Podensac, qui voulait se libérer de l’hommage envers le roi (2).

Les habitants du Labour, ayant obtenu la fixation de certaines redevances flottantes (droits de gîte), auxquelles ils avaient été assujettis, cette ordonnance fut confirmée par l’évêque de Norwich et le comte de Richmond (3).

Le roi avait dans son domaine des châteaux, donnés en garde à différents personnages, et il arrivait quelquefois que ces gardiens étaient dépossédés de leur garde sans l'ordre du roi, qui demanda aux commissaires d'intervenir dans des cas de ce genre (4). D’autres fois, c’étaient des bailliages, concédés par le roi à certains personnages, qui avaient été retenus par ses fonctionnaires et devaient être restitués par les commissaires (5).

Certaines maisons et châteaux ayant été démolis par les Français pendant la guerre, les commissaires furent chargés d’indemniser leurs propriétaires. Le comte de Richmond reçut, par

paroisses de la prévôté de Barsac: voir aussi Privy Seals, file 74, n° 1619, 15 janvier, et Moreau, 643, f° 7 r° (Julius E 1, f° 140) ; 9 mars 1311, enquête faite près de Villefranche (peut-être Villefranche-de-Longchapt, Dordogne, arr. Bergerac) par le comte de Richmond et Gui Ferre; ces personnages reçoivent le titre de : «Inquisitores in partibus Agenensi, Caturcensi, Lemovicensi et Petragorensi deputatos ».

(4) Rot. Vasc. an. 4 et 5. Éd. II, membr. 20 (27).

(2) Moreau, t. 643, f° 103. v°, tiré des Rôles Gasc. an 45 Éd. If, memb. 15.

(3) Moreau, 646, f” 57 et 58 ; tiré des Rôles Gasc. an. 13-14 Ed. II, memb. 8.

(4) Le 25 février 1311 ils recevaient ordre de rendre à un certain Arnaud Edmonud la châtellenie du château de Montendre, dont il avait été injustement dépossédé. Moreau, 643, f° 111 r°, tiré des Rôles Gascons an. 4, Éd. 11, memb,. 15. Un autre document (Moreau, 645 fe 273, tiré des Rôles Gasc., an. 11-12, Ed. Il, memb. 6 dorso, 25 septembre 1319), ordonne de rendre à Bernard de Brou la châtellenie de Saint Macaire « ad instanciam dilecti consonguinei et fidelis nostri Johannis de Britannia, comitis Richemundie....». Le comte avait donc continué dans les années qui suivirent à s'occuper des affaires de la Guyenne.

(5) C’est ainsi que le comte de Richmond, par un mandement du 10 novembre 1310, émanant de Bordeaux, ordonnait au connétable de cette ville de remettre à Denis Coffin (selon le mandement d'Edouard II du 7 mai 1309) un bailliage en Saintonge, Moreau, 643, f* 79, tiré de Julius E 1 f° 214 ve.

exemple, une requête d'Arnaud de Peire pour être dédommagé de sa maison brûlée par les Français (1). Des requêtes du mème genre furent présentées par des personnages qui avaient servi le roi d'Angleterre pendant la guerre, et voulaient être récompensés de leurs services (2). Plusieurs de ces requêtes se sont conservées, elles sont généralement adressées au comte de Richmond (3). C’est lui qui, à en juger par les documents, s’occupa de rétablir la justice royale, si compromise daïs le duché par les fonctionnaires anglais, et il est fort probable qu'Édouard Il l'avait plus particulièrement choisi pour ce rôle; du moins le voit-on, pendant son séjour en Guyenne, et même après son retour en Angleterre, recevoir des pétitions de différentes sortes, demandant le redressement d’anciens torts (4). '

La commission semble en général avoir eu la haute inspection sur les agissements des fonctionnaires royaux dans le duché, qui, comme on le sait, avaient donné sujet à des plaintes nombreuses(5).

(1) Moreau 692 f° 225 r°, Excheq. Rem. Dans le même ordre d'idées on peut signaler un mandement du roi, ordonnant aux commissaires de faire une information secrète sur la destruction du Château de-Saubiac (Sauviac), Moreau, 643 fe 61 ro, liré des Rôles Gasc. an. 45 Éd. II, memb. 17; 23 novembre 1310; et un mandement aux mêmes personnages leur prescrivant une enquête dans la commune d’Abbeville. Daté 6 février, Rot. Vasc. an. 4 et 5 Éd. II, memb. 15 (22).

(2) Par exemple Pierre de Grilly au nom de sa femme Assalida, héritière de son père et de son frère qui avaient servi le roi naguère, réclame leurs gages du roi d'Angleterre, en luiannonçant que l'évèque de Norwich, le comte de Richmond et Gui Ferre avaient vu les leltres d'Édouard I°' à propos de la dette contractée par lui et avaient mandé au connétable de Bordeaux de s’occuper du payement, Moreau, 658, f° 63 r°-66 v° (des Liasses de la Tour de Londres). Voir aussi Privy Seals Bundle 75, N° 1732 et 1761, 19 février et 8 mars 1311, ordres donnés par le roi au chancelier d envoyer un mandement sous son grand sceau à ses commissaires qu’il chargeait de s'occuper de différentes affaires de ce genre.

(3) Moreau 692, f 26 r° (Excheq. Rem.), requête adressée au comte de Richmond et au Conseil du roi par Mathieu de Cornwall {voir Rôles Gasc.,t. III, N° 4923, Matheus de Cornubia, Anglais, demeurant en Gascogne) et ses compagnons pour être payés de leurs services à la somme de 123 livres, 3 s., 10 d. « comme ils sont tous appauvris par la dite guerre et n'ont de quoi se soutenir ». Moreau, 696, f° 141 r°, (Excheq. Rem.}, requête de Raimond de Caumont (voir Rôles Gascons, t. II, N° 4529, Caumont, Gironde, arr. La Réole, ec. Pellegrue) au comte de Riehmond pour être payé des gages dus à lui pour ses services durant la guerre. Ancient Correspondence, vol. XLIX, n° 111, pétition de Guillaume de Brocas.

(4) Ancient Corresp., vol. XLIX, n° 245, supplication adressée par les lorphelins d'un certain Beaumont au comte de Richmond, à ses compagnons et à tout le conseil du roi; date incertaine. \ 1

(5) Voir pour une époque un peu postérieure le livre de M, Lenucrur. Histoire de Philippe le Long, pp. 210-266. L'auteur rejette toute la responsabilité du conflit sur Édouard II et ses fonctionnaires.

Elle eut aussi à vérifier les comptes des agents royaux, dressés sous Édouard Ier et Édouard II (1) ; des ordres furent par conséquent donné aux fonctionnaires de présenter leurs comptes aux commissaires (2).

Cependant les membres de la commission semblent avoir euxmêmes enfreint les désirs et les ordres du roi, Le 8 mars 1311 celui-ci se plaignit que ses commissaires eussent, contre sa volonté, enlevé la garde d’un manoir à l’un de ses sujets (3); ils avaient aussi fait restituer à certains marchands bretons les biens qui leur avaient été confisqués, à raison des pillages commis par les sujets du défunt duc Jean II sur la personne d’un bourgeois d’'Ipswich (4). La parenté du comte de Richmond avec le duc de Bretagne n’influença-t-elle pas ce dernier acte ?

La commission avait eu aussi à intervenir dans la vie des grandes cités, telles que Bayonne et Bordeaux. Elle reçut, par exemple, ordre de mettre Pierre Arnaud de Viele (5) en la possession d’une pêcherie sur l’Adour, qui lui avait été concédée par le roi, le 15 mai 1309 (6), et pour laquelle il avait à lui payer 45 livres bordelaises (7). Cette donation devait nuire sensiblement aux intérêts de la puissante corporation des pêcheurs d’eau douce de la ville, qui avaient été autrefois poussés à des actes de violence par de semblables concessions.

(4) Cal. CI. r., t. 4307-13, p. 277.

(2) Richard de Havering, ancien connétable de Bordeaux, avait été sommé de se présenter personnellement devant les commissaires le 12 novembre 1310 (Cal. CL. r., t. 4307-43, p. 331; 18 août 1310). Un mandement du 4 février 1311 (Jbid., p. 298) leur ordonnait de payer à l’ancien connétable, Richard de Havering, ses dépenses pour le temps qu'il passerait en Guyenne. Dans un autre mandement (Lbid., p. 277) il lui avait été permis de se faire remplacer par un attourné, qui devait porter en Guyenne non seulement les comptes de Havering, mais aussi ceux d’un autre connétable, et le 6 juillet le roi ordonnait à son chancelier de mander aux commissaires qu'ils payassent au remplaçant d'Havering ses « raisonnables dépenses » pendant son séjour en Guyenne (Privy Seals, file 79, n° 2168).

(3) Moreau, 634, f 208 r!, tiré des Rôles Gasc. an. 4 et à Éd. II, memb, 15 et Privy Seals file 75, n° 1765.

(4) Cal. CL. r., t. 1313-18, p. 567.

(5) La ile. de « Viele » ou de « Biele » (enlatin de Villa), était une des plus puissantes de Bayorine. Voir GiRY, Établissements de Rouen, t. 1, p. 124 et suiv.

(6) Hist. de Bayonne, t. IIL, p. 67.

(7) Moreau, 643, f° 143 ro, tiré des Rôles Gasc. an. 4- 5 Éd. II, memb. 16; 14 avril

[1341 ou 4312].

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Bayonne avait eu depuis longtemps à soufirir de différents actes de piraterie de la part des gens de Castille, et surtout de ceux de Santander, Laredo et Castro d'Urdiales. Gui Ferre, qui avait été envoyé à la place de Jean de Havering comme sénéchal de Gascogne, avait dû signaler à Londres les difficultés survenues. Après plusieurs traités provisoires, un traité de paix définitif fut passé en juillet 14311 entre les hommes de Bayonne et de Biarritz d'une part, et ceux de Castro d’Urdiales, Santander et Laredo d’autre part. Comme ce traité a déjà été le sujet d’une analyse détaillée (1), nous ne nous en occuperons pas autrement; il nous importe seulement. de constater que son texte donne au comte de Richmond le titre de «Lieutenant du roi d'Angleterre en Aquitaine » (2). Ce renseignement n'étant pas confirmé par d’autres, et le seul document qui le donne étant une copie, il serait imprudent de le prendre à la lettre ; cependant il doit être signalé.

La part prise par la commission en général, et par le comte de Richmond en particulier, à l’histoire de Bordeaux est encore beaucoup plusimportante. La commission est signalée dans cette ville, dès son arrivée dans le pays. Le comte de Richmond s’y trouve le 10 novembre (3) et le 19, Édouard II envoie un mandement à ses quatre commissaires, leur ordonnant de maintenir dans la possession du château (l'Ombrière) le prévôt qu’il y avait nommé précédemment (4). Le roi de France, de son côté, entre aussi en relations avec la commission à propos des affaires de Bordeaux. Au moment où la ville avait passé dans ses mains il avait accordé à ses habitants une «maletôte » (maletolta}, qui consistait dans la permission de prélever une certaine somme sur des marchandises amenées à Bordeaux. Cette coutume aurait dû cesser après la conclusion de la paix franco-anglaise, mais les Bordelais continuèrent à la pratiquer ; ce qui avait donné lieu à des plaintes de la part des villes de l'Agenais. Le roi de France s’adressa donc aux commissaires, envoyés par Edouard pour réprimer les abus dans le pays, en leur demandant de renoncer

(4) Hist. de Bayonne, t. IN, pp. 71-73.

(2) Établissements de Bayonne, p. 270 et Hist. de Bayonne, pièces just. n° 2.

(3) Voir plus haut, p. 80 (note 4).

(4) Moreau, 659, f° 249, tiré des Rôles Gascons, an. 4 et 5. Éd. II. memb. 47. Le nom du prévôt est Dominique « de Duncevalle ». (peut-être pour Runcevalle- Roncevaux).

à cette « coutume » et d'obliger les Bordelais à restituer ce qu’ils avaient injustement prélevé jusque là (1). La commission ‘ordonna la suppression de cet impôt extraordinaire ; les Bordelais mécontents en appelèrent au roi de France, qui leur donna tort. Malgré cela, en 1319 encore, la question n’était pas réglée (2). Peut-être la commission avait-elle manqué d’énergie. Les commissaires semblent avoir poursuivi en Guyenne une politique qui favorisait souvent la ville de Bordeaux, parfois même contre le désir nettement exprimé d'Édouard IL. C’est ainsi qu’ils avaient, par exemple, fait cesser la petite coutume de Bordeaux, impôt commercial qui se prélevait au profit du roi d'Angleterre (3), sans expliquer à ce dernier ce qui les avait poussés à le faire (4).

Mais les documents nous ont conservé en outre des renseignements sur des faits beaucoup plus importants, qui s'étaient produits à Bordeaux et auxquels les commissaires s'étaient trouvés mêlés. Au commencement de l’année 1311, Édouard II avait nommé maire de Bordeaux Amanieu du Fossat (5), ancien lieutenant du sénéchal de Gascogne. Maïs, lorsque celui-ci se présenta dans la ville, les Bordelais refusèrent de l’admettre. Il s’en plaignit au roi, et Édouard II enjoignit (26 mai 1311) aux Bordelais de recevoir le dit

(1) Moreau, 659, fe 217 r°-218 re, tiré du Ms. Cotton. Julius E 1, fo 212, ve bis, 16 oct. 1310. Le 17 novembre 1309, le roi de France avait déjà envoyé plusieurs mandements à propos de l'abolition de cette coutume : aux fonctionnaires de la Gascogne, au sénéchal de Périgord et de Saintonge et à Édouard II lui-même. Voici dans quels termes il parle dans ce dernier mandement de cette coutume : een Dudum tempore guerre Vasconie villa Burdegale ad manum nostram existente pro munitione et fortificatione dicte ville certam costumam malam toltam in illis partibus vulgariter nuncupatam de bladis, vinis et aliis mercaturis que per ibi transibant levandam, concessimus, quam, cessante dicta guerra, non volebamus nec intendebamus a quoquam exigi vel levari, et nichilominus dicte ville habitatores, cessante dicta guerra, dictam imalam toltam presumpserunt et presumunt adhuc levare, prout multorum nobis querimonia pateficit...... » (Chancery Miscellanea, Bundle %5, file 2, n°2, $ 2.)

(2) Le 16 février 1319, les consuls d’Agen s’adressaient au roi d'Angleterre en lui demandant la suppression de cette coutume. DOUCE 645, fo 117 (tiré des Liasses de la Tour de Londres, n° 12). :

(3) Voir Franasque Micmec, Histoire du commerce et de la navigation de Bordeaux, t. I, pp. 200-201.

(4) Le 14 janvier 1311, Édouard II les somma de lui expliquer les causes de cette conduite et de rétablir immédiatement la coutume : Moreau, 659, f 225 tiré des Rôles Gasc. an. 4-5 Éd. II, m. 16: et Privy Seals, file 74, n° 1638.

(5) Amanevus de Fossato. Voir aussi la mention de ce personnage dans le fonds des Miscellanea Chancery, Bundle 26, n° 19 (French Possessions).

Amanieu comme leur maire, et donna mandement au comte de Richmond et au sénéchal Jean de Hastings de faire exécuter cet ordre (1).

Cependant Amanieu du Fossat ne devint pas maire de Bordeaux. Une lettre des Bordelais (23 mai 1311) expose longuement au roi les faits qui s'étaient passés à Bordeaux et qui avaient amené tout un remaniement dans l’état de la ville (2). Nous y apprenons que toute la Guyenne, et la ville de Bordeaux en particulier, avaient été très mal gouvernés dans les années précédentes; qu'à Bordeaux deux partis, les Colombins et les Solleriens, s'étaient constamment disputé le pouvoir, avaient commis des meurtres, incendies et autres maux multiples, et avaient porté atteinte au prestige du roi d'Angleterre, en adressant des appels au roi de France. C’est alors qu'intervinrent, au dire des Bordelais, les commissaires du roi, en donnant à la ville un nouveau maire dans la personne d’Otton de Lados (3), qui, étant d’un parti neutre, réussit à rétablir l’ordre et le bon gouvernement dans la ville. Les anciens membres de la jurade ayant été pour la plupart compromis dans les troubles précédents et par les appels au roi de France, la commune obtint d’eux qu’ils renonçassent de bon gré à leurs pouvoirs (il est plus probable qu'elle les y força), et institua une nouvelle jurade choisie dans le parti neutre. C’est à ce moment, quand la ville était arrivée à constituer ainsi un nouveau gouvernement, qu'Amanieu du Fossat se présenta comme nouveau maire. On a vu que la ville refusa de l’admettre. Les Bordelais demandaient au roi de ne pas les y contraindre, vu qu'il appartetenait au parti de Gaillard Delsoler, et avait, comme sous-séné- Chal, laissé impunis beaucoup d'actes de violence ; ils suppliaient le roi de reconnaitre le nouveau gouvernement qu'ils s'étaient donné et de confirmer la nomination d'Otton de Lados. Le roi ne répondit que le 8 octobre, mais sa réponse fut favorable à la commune et au nouveau maire (4) La commune avait entre temps envoyé d'autres pétitions au roi, elle lui avait, par exemple, demandé d'autoriser l’évêque de Norwich et le comte de

(1) Moreau, 659, f 237 r°, tiré des Rôles Gasc., an. 4-5 Éd. II, memb. 44.

(2) Moreau, 659, f°* 223 r°-233 re, tiré des Liasses de la Tour de Londres, n°8. (3) Mentionné dans les Rôles Gascons., t. III, n° 4976 (30).

(4) Moreau, 659, fe 236 v°. Des Liasses de la Tour de Londres, n° 8.

Richmond à confirmer les privilèges et franchises de la ville (1).

Les faits exposés montrent d’une manière assez évidente que la commission avait pris une part importante aux événements qui se déroulèrent en 1311 à Bordeaux, en instituant de son propre gré et sans en référer au roi d'Angleterre, un nouveau maire et en favorisant ainsi toute une révolution communale. Il est vrai que les intérêts du roi ne furent pas lésés.

Le comte de Richmond semble avoir joué un rôle plus important que ses compagnons dans cette affaire. C’est à lui du moins que la commune de Bordeaux adressa plus tard une requête en faveur d’Otton de Lados (2). Elle le suppliait de «tenir pour recommandé le dit maire », affirmant que, sous son gouvernement, « le venin ancien de la ville serait lavé par les eaux de la grâce divine. » C’est le comte de Richmond également qui reçut d'Édouard IT (le 20 juillet de la même année) l’ordre de mener une enquête pour savoir si le roi avait le droit de nommer son candidat au grefte de la mairie de Bordeaux (3). Il semble donc que le comte pouvait exercer une influence jugée considérable sur les destinées de la ville. C’est à lui du reste qu’Édouard Il s'était adressé, on se le rappelle, pour faire admettre Amanieu du Fossat par les Bordelais.

Si de fait il n’a pas été nommé lieutenant du roi à cette époque, il en a souvent rempli les fonctions, et c’est ce qui explique peut être que ce titre lui ait été attribué par le scribe, qui avait copié le texte du traité, passé entre les Bayonnais et les Castillans.

C’est que le comte, originaire de la France, et y ayant fait à deux reprises un séjour prolongé, était parfaitement qualifié pour servir de médiateur entre le roi d'Angleterre et les Français. Édouard II semble très bien avoir compris le profit qu’il pouvait tirer de lui à ce point de vue, et, dans les années qui suivirent, il se servit constamment du comte comme d’un ambassadeur en France. Ce dernier eut donc de multiples occasions de (traverser la mer. »

(4) 1bid., #0 236.

(2) Moreau, 659 fos 261 r°-262 Ro, tiré des Excheq. Rem.

(3) Privy Seals, file 68, n° 1091, £an. Edw. II. Le comte de Foix avait demandé cet office pour l’un de ses clercs. Le comte de Richmond devait, après enquête faite, ou bien donner la place demandée à ce clerc, ou bien lui en trouver une autre semblable.

En 13143, le roi et la reine s’étant embarqués pour la France, y furent bientôt rejoints par plusieurs grands du royaume, parmi lesquels le comte de Richmond (1), rentré depuis peu en Angleterre.

En 1316 le comte est de nouveau signalé en France (2). C'est en compagnie de l’évêque d’£xeter qu'il se rendit cette fois auprès du roi Louis X (3). Les deux envoyés devaient excuser Edouard If de son retard à venir faire hommage au roi de France (4), et demander à ce dernier de fixer un jour pour la prestation de l'hommage (5). Ils avaient en outre à s’occuper de la capture par les Français d’un bateau marchand de Gênes, chargé de marchandises à destination de l’Angleterre. Ils décidèrent (1er juillet) à ce sujet, de commun accord avec le conseil de France. que certaines personnes seraient envoyées des deux côtés pour faire enquête et justice (6). Le séjour du comte en France dura longtemps (7). En 1317 Gui Ferre est envoyé vers lui en mission par Édouard II (8). Des dissensions sérieuses avaient éclaté entre les Bayonnais et les Normands vers cette époque et le roi d'Angleterre, sollicité par les Gascons (9), était entré en relations avec le roi de France à ce

(1) Cal. CL, r., t. 1307-13 p. 583. Le comte reçoit le 3 mai une lettre de protection (Cal. Pat. r., t. 1307-13 p. 576); huit personnages de sa suite reçoivent des lettres à la même date (Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 576 et 582), ce sont : 1) Gérard de Cusancia, 2) Renaud de Cusancia, 3) Pierre de Cusancia, 4) Guillaume dé Eyncourt, 5) Pierre de Grandisono, 6) J. Maunsel, 7) Guillaume de Neuport, 8) Alain de Saint-Pierre. Les attournés du comte étaient nommés à la même date, c'étaient Robert de Kersbroke et J. de Cotoun (Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 577 et Cal. Pat. r., t. 1313-17, p. 40). Une autre lettre de protection, donnée le 26 novembre de la même année au comte, partant pour la Gascogne, semble indiquer que le départ n’eut lieu que vers la fin de l’anrée (Cal. Pat r., t. 1313-17, p. 40).

(2) La lettre de protection est datée du 4: mai 1316 pour un an (Cal. pat r., t. 1313-17, p. 457). Ses attournés sont Rooert de Kersbroke et Aymar de Jovanzano (1bid., p. 457). Robert Hastanges est mentionné à sa suite (Zbid., p. Re

(3) Cal. Pat. r., t. 1313-17, p. 458.

(4) 1bid., p. 158.

(5) 1bid., p. 457.

(6) Cal. Cl. r., t. 1313-48, p. 495.

(7) Un an après son départ, le 26 juin 1317, il reçut une nouvelle lettre de protection pour un an. (Cal. Pat. r., t. 1313-17, p. 675). Ses attournés pour cette époque étaient les mêmes Robert de Kersbroke et J. de Cotoun, le second était un pelletier (skinner) de Londres. (Cal. Pat. r., t. 1313-17, p. 674; 17 juin 1317).

(8) Cal. Cl, r., t. 1313-17, p. 470.

(9) Rymer, 20 avril 1317.

sujet (1). Il est probable que le comte de Richmond eut à s'occuper de cette question.

En 1320, le comte est de nouveau signalé comme se trouvant outre mer, probablement en France (2).

En 1325 enfin, à l’époque critique du règne d'Édouard IL, le comte est encore envoyé en France; les instructions qu’il reçut du roi à cette époque et le rôle qu'il y joua seront étudiés dans le chapitre suivant.

(1) Tbid., 4 mai.

(2) Lettre de protection du 27 juillet 4320 (Cal. Pat. r., t. 1317-21, p. 491. Voir aussi 1bid., p. 452).

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