PRET D
Son pouvoir avec une commission choisie parmi les grands du royaume (1). C'était une commission de réforme, non de gouvernement.
Les barons de leur côté signèrent (17 mars) une promesse de ne pas porter préjudice au roi et à ses héritiers et de ne pas prolonger la commission au delà du 29 septembre (Saint- Michel) 1311 (2). Il est probable que cette concession était due à l'influence des barons du parti royal, qui trouvèrent plus raisonnable d’accepter la victoire du parti adverse comme un fait accompli. Les noms de Gloucester, Lincoln et Richmond se retrouvent en effet parmi les signataires du writ.
On peut même se demander si, ayant senti eux-mêmes la nécessité d’une réforme, ils n’avaient pas laissé agir l’opposition pour n'intervenir qu'au dernier moment. L'élection des commissaires eu lieu le 20 mars. Parmi les huit comtes élus se trouva Richmond. Ses compagnons appartenaient pour la plupart à l’opposition (Lancastre, Hereford, Warwick et Arundel), cependant le parti royal était encore représenté par Pembroke et Gloucester. Des partisans du roi trouvèrent donc moyen de figurer parmi les « ordainers » (commissaires), chargés de fixer des limites à sa liberté d’action, et ses adversaires consentirent à les recevoir dans leur milieu. Il est encore à remarquer que des quatre personnages, choisis par Édouard pour prévenir le caractère révolutionnaire de ce Parlement, trois (Richmond, Lincoln et Gloucester) se retrouvent parmi les nouveaux ( ordainers » (3).
La commission s’efforça de régler les affaires du royaume et déploya même une grande activité, différentes ordonnances furent publiées dès le mois d'août (4). Malheureusement la pacification entre les partis n’était pas facile à atteindre et la lutte s’accentuait de jour en jour. L'enjeu principal était Gaveston ; les commissaires l’avaient banni du royaume, le roi le rappela auprès de lui, exaspéra par là l’opposition et s’aliéna même les sympa-
(1) Rymer, 16 mars. Ann. Lond., p. 169.
(2) Part. Wr., t. Il d. II: II. 26 (22) et Cal. Cl. r., t: 1307-13, p. 253.
(3) Le 24 mai, des pouvoirs avaient été donnés par le roi à quatre comtes, parmi lesquels Richmond, pour assurer aux adversaires du roi qu’ils peuvent venir sans danger à Kennington traiter avec le roi. Part. Wr., t. Il, d. IL : [E. 29 (34); Cf. Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 228.
(4) RYMER, 2 août.
thies de Gloucester et Pembroke, que cet acte, enfreignant les ordonnances auxquelles ils avaient collaboré, rapprocha de ses ennemis. Plus prudent que les autres, le comte de Richmond semble cependant avoir encouru aussi à cette époque le mécontentement du roi (1). Les chroniques ne le nomment pas parmi les membres de l'opposition, mais après l'exécution du favori, lorsque plusieurs comtes rentrèrent dans le parti royal, Richmond fit aussi sa soumission (2). É
En 1312 nous le trouvons membre de plusieurs commissions, l’une, qui devait entrer en relation avec les comtes encore insoumis (3), l’autre (3 septembre), qui devait leur interdire de se présenter en armes devant le roi (4). Cette situation troublée dura jusqu’au 16 octobre 1313, date à laquelle les comtes obtinrent leur grâce définitive. Là se termine la première phrase du conflit.
En récapitulant on peut constater que le comte de Richmond, tout en se plaçant à cette époque parmi les principaux partisans
(1) Quant aux relations personnelles entre le comte de Richmond et Gaveston, on peut citer dans cet ordre d’idées une lettre de ce dernier au comte (Anc.Corresp. vol. XLIX, n° 169, voir pièces just. n° 4) qui doit avoir été écrite à l’époque où le comte se trouvait en Guyenne, et qui intercède auprès de lui en faveur d'un personnage, contre lequel plainte avait été portée au roi de France. Le ton en est assez amical.
(2) Voir un document, rapporté par les Ann. Lond. {Chron. Ed. I and Ed. 11 t. I, p. 210) contenant un projet de soumission des comtes de Gloucester, Lancastre, Richmond, Pembroke, Warenne et autres, qui devaient se présenter devant le roi dans la grande salle de Westminster et lui demander humblement pardon à genoux. Il est à remarquer que parmi les personnages qui se groupèrent autour du roi, dès la nouvelle de l'exécution de Gaveston, le comte de Richmond n’est pas mentionné. Voir Chron. Malmesb. p. 183 et suiv.
(3) Cal. Pat. r.t.1307-13, p. 498; 28 septembre 1312. RyMek, à la date ; cette commission délivra une série de sauf-conduits à différents ennemis du roi. Cal- Pat. r.t. 1307-13, pp. 500 et 502 ; 8 octobre 1312. Zbid., p. 509; 41 novembre, 13142. 1bid., p.516 ; 146 décembre, 1312. 1bid., p. 569; 3 mai 1313.
(4) Part. Wr., LI, d. IT: II 54. (10.) Cal. Pat. r., t. 1307-13, p. 490.
Les Annales Lond. (Chron. Ed. Land Ed. II, t. 1, pp. 221-229) donnent des détails intéressants sur les négociations des deux partis. Nous y apprenons, par exemple, que les joyaux, chevaux et autres objets, pris par les comtes avec Gaveston, furent rendus à cette commission. Sollicités par les commissaires, les comtes rebelles consentirent enfin à faire leur soumission au roi, à approuver ses demandes d’aide et à ne pas venir en armes au Parlement. La quittance de leur pardon fut alors délivrée à l'archevèque de Canterbury, aux évêques de Londres et Chichester et aux comtes de Gloucester, Richmond et Arundel, qui devaient la conserver jusqu’au jour où les barons feraient leur soumission définitive et recevraient le pardon du roi.
du roi, n’avait pas complètement rompu avec sés adversaires. En 1310 et 1311 il avait travaillé avec eux aux ordonnances. Le rappel de Gaveston le rapprocha des mécontents, mais l’exécution du favori, quelques mois après, le détacha d’eux pour le ramener au roi, qui se servit avec succès de lui comme de négociateur pour apaiser le conflit.
Les années qui suivirent comptent parmi les moins malheureuses du règne d'Édouard IE, car, si le comte de Lancastre augmentait de plus en plus son influence, il restait encore sur le chemin de la légalité. C’est en 1316 seulement qu'il fit un sérieux essai pour arracher le pouvoir aux mains débiles du roi, en se faisant nommer président du Conseil royal. Dès lors il devint le chef réel du royaume.
En 1317, une guerre qui éclata entre Lancastre et Warenne envenima encore la situation. Cependant la prise de Berwick par les Ecossais (2 avril 1318) amena un rapprochement; des pourparlers en vue de réconciliation furent engagés entre le roi et Lancastre. On décida de maintenir auprès du roi, considéré comme de plus en plus incapable, une sorte de Conseil permanent (1) dont il devait prendre l'avis en toute affaire. Richmond fut un des membres de ce Conseil ; nommé par le roi, il n’hésita pas cependant à marcher de concert avec ses adversaires contre les nouveaux favoris d'Édouard Il.
C'est en 1321 qu'éclata le mécontentement, fomenté depuis longtemps par les barons, contre les Despensers qui avaient fini par occuper auprès du roi la place de Gaveston. Une haine commune les rapprocha et, dans le Parlement qui fut assemblé au mois de juillet, ils tombèrent d'accord pour les proscrire (2). La sentence d’exil fut passée au nom des pairs êt en présence du roi. Tous les comtes, Richmond compris, donnèrent leur consentement. Le roi, aban.ionné par ses derniers partisans, fut daus l'impossibilité de protéger ses favoris. Mais, quelque temps après, une offense (3) faite par lady Badelesmere à la reine, releva son courage, et ramena vers lui les barons de son parti. Des ordres de convocation militaire furent donnés aux sherifis (4). Richmond avec Pembroke
(1) Rymer, août 1318. Cal. Cl. r., t. 1318-23, p. 112-13.
(2 Ann. Paulini, p. 292 (Chron. Ed. 1 and Ed. 11, t. 1)et Chron. Ed. 1 and Ed. II, t. II, p. 65-71.
(3) TRokELowWE, Annales, p. 110.
(4) Cal. CL. r., t. 1318-23, p. 504 ; 16 octobre.
et le frère du roi, le comte de Norfolk, furent envoyés pour mettre le siège devant le château de Leeds (1). Le comte de Lancastre, poussé par sa haine contre Badelesmere, permit au roi d’assembler des forces. Celui ci en profita pour rappeler ses favoris. Un concile provincial de prélats venait de se réunir à Londres. Le roi y envoya les comtes de Richmond et d’Arundel porter une pétition des Despensers qui devait être examinée par le concile (2); ilavait dû leur donner aussi mission de plaider la cause des favoris.
Ils s’en acquiltèrent avec succès, les prélats ayant reconnu que le jugement sur les Despensers avait été donné «contre Dieu et toute manière de droit ». Plusieurs comtes alors condamnèrent également le jugement auquel ils avaient pris part; Richmond, Pembroke et Arundel reconnurent que leur assentiment avait été donné ( par doute de la force indue que les dits grands amenèrent soudainement au Parlement» (3). Ils s’excusèrent devant le roi de
(4) Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 29 ; 17 octobre.
(2) Cal. Cl. r., t. 1318-23, p. 410. La lettre de créance donnée à ces personnages est datée du 30 novembre 1321.
(3) Publ. Rec Off. Close Roll. 15, Edward IL. memb. 143 d.
Revocacio et adnullacio processus contra Hugonem le Despenser, seniorem, et Hugonem le Despenser, juniorem, habita.
Et sur ceo vint le dit Hugh le fitz et se rendi come prisoun en notre garde en priant que nous lui vousissoms receivre en notre protectioun.... et nous a ceo duement lui receumes, sicome faire devioms, et feismes vailler la dite peticioun al Ercevesque de Caunterbirs, Evesques et altres prelatz et Clergie de la province de Caunterbirs adoncs esteauntz al council provincial a Loundres, enchargeauntz eux, en la foi qil nous devoient, qil se avisassent de cele peticoun et qil nous en deissent lour avis et lour conseil ; et eux, eu sur cele besoigne bon avisement, nous respoundirent qil sembla a eux que le dit agard, quant al exil et la desheritaunce le dit Sire Hugh le fitz et sire Hugh le Despenser le piere, fust erroure et torteuousement fait, par quei il se acorderent et assentirent uniement come piers de la terre et nouns counseillerent, en priaunt come nos piers esperitals, que le dit agard que feust peccherousement et torteuousement countre Dieu et tote manere de droit vousissoms rappeler et annentir pour toutz jours..... et monseignour Edmoun notre frere, counte de Kent, mons. Johan de Bretaigne, counte de Richemund, mons. Aymer de Valence, counte de Pembrok, et mons. Edmoun, counte d'Aroundell, presentz devount nous et les dits prelatz, disoient que le dit agard fust torcenous et countre lei et dreit, et nous prierent au sicome les ditz prelatz e evesques les prelatz, que nous faissoms le dit agard repeler et anentir ausi come firent les ditz prelatz, e disoient les ditz countes de Richemund de Pembrok et d’Aroundell que l’assent qil fesoient al dit agard fust fait par doute de la force noundue.que les ditz grauntz subdeinement amenerent al dit parlement ; et a cel agard faire de la quele force les ditz countes ne furent point avisez, et que de ceo qil nous counseillerent adonks de soefrir cel agard par la dite force noundue, il mespristrent grauntment devers nous, de quei il nous
prierent pardoun..... (Cal. Cl. r., t. 1318-23 p. 510), et Part. Wr., v. II d. IT: I, 173 (44).
lui avoir donné un conseil injuste, et lui demandèrent de révoquer le jugement comme contraire à la loi et au droit. L'annulation du procès fut donc prononcée le 4 janvier 1321.
Le roi, enhardi par ce succès, s’arma pour châtier les barons rebelles. Lancastre avec ses partisans se trouvait près de Burton sur la Trent ; se sentant trop faible, il battit en retraite. Édouard alors, avec le consentement des barons fidèles (Kent, Richmond, Pembroke, Arundel et autres) déclara ennemis du royaume Lancastre et ceux qui s'étaient ralliés à lui (1). Le 16 mars 1322, à la bataille de Boroughbridge, Lancastre battu tombait aux mains de son ennemi ; le 22 il était jugé, condamné et exécuté dans son propre château de Pomfret devant un Conseil de pairs, parmi lesquels se trouve le comte de Richmond (2).
La seconde phase du conflit finit donc par la victoire du roi et la mort de son principal adversaire. Plusieurs de ses ennemis plus insignifiants étaient tombés à la bataille de Boroughbridge, d’autres partagèrent le sort de leur chef (3).
Le comte de Richmond dans cette seconde phase avait continué à suivre la politique d'extrême prudence qu’il avait choisie au moment des premiers conflits; s’il soutenait le roi, il tàchait en même temps de se concilier ses ennemis. Il ne faudrait pas cependant en conclure qu'il agissait ainsi uniquement par intérêt personnel. On le voit agir généralement de concert avec Pembroke, Gloucester et quelques autres, qui semblent avoir essayé de former un troisième parti neutre (4), et peut-être leur plan ne manquaitil pas de sagesse politique.
Si Édouard sortit vainqueur de la crise qui avait assombri tant d'années de son règne, ce ne fut que pour tomber dans des diflicultés bien autrement graves qui devaient l’amener à la perte de
(1) Cependant à la requête des comtes fidèles, Richmond, Pembroke, Arundel et autres, qui désiraient une réconciliation, il donna à plusieurs reprises au commencement de l’année 1322 des sauf-conduits à quelques-uns de ses ennemis, Mortimer et ses adhérents en particulier, pour leur permettre de traiter des conditions de paix; Part. Wr.,t. Il, d. IL: 11, 174 (49) et Cal. Pat. r., t. 1321-24, p. 47; sauf-conduit du 13 janvier Cal. Pat. r., t. 1321-24, p.51; sauf-conduit du 20 janvier; Zbid., p. 70; sauf-conduit du 14 février.
(2) Part. Wr.,t. IL, d. LI; IL 196 (186). Le livre de reis de Brittanie, p. 343, Chron. de Malm., p. 270-71.
(3) Ann. Paul., p. 302. Le livre de reis de Brittanie, p. 342.
(4) Srugss, Constit. history, t. II, p. 342.
son royaume et de sa vie. Il avait rendu toute sa confiance à ses favoris, et la haine populaire ne cessa de grandir. Quant à Richmond, il avait été, comme on l’a vu, fait prisonnier en 1322 par les Écossais et retenu par eux en captivité pendant presque deux ans ;il ne put donc avoir aucune influence sur les affaires intérieures de l'Angleterre à cette époque. Lorsqu'il fut enfin libéré et qu’il retourna auprès du roi, la position de ce dernier était devenue critique. Aux difficultés avec le peuple et les barons s'étaient ajoutés les malentendus avec la reine sa femme et avec le roi de France.
On connaît les causes de la guerre franco-anglaise de 1324-1325 : le retard apporté par Édouard II à venir faire hommage au nouveau roi de France, l'affaire de Saint-Serdos, etc., et la confiscation du duché qui en fut la suite. En novembre le Parlement envoya les évêques de Norwich et de Winchester et le comte de Richmond en ambassade en France (1). Les lettres de créance qui leur furent délivrées (2), tracent leur ligne de conduite : ils devaient réclamer la restitution des biens confisqués, en promettant qu'Édouard II
(1) Un mémoire, copié par BRÉQUIGNY et conservé dans le Fonds Moreau, (695 fs 131 r°-190 vo) décrit longuement les négociations entre Charles IV et Édouard II de 1323 à 1325 en donnant différents documents qui se rapportent à cette question. Ils ont été longuement analysés par BRÉQUIGNY lui-même dans son Mémoire sur les différends entre la France et l’Angleterre sous Le règne de Charles le Bel (Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres, t. 41, p. 641-692). WazsiNGHaM (t. I, p. 176) rapporte que la décision d'envoyer le comte de Richmond et ses collègues fut prise en 1325 (voir aussi Dom Monice, Hist. de Bret. t. I, p. 238), mais les documents du mémoire prouvent nettement que l’envoi de cette ambassade fut décidé en novembre 1324.
(2) Moreau, 695 fs 160 ve-165 ro. Les lettres que les messagers devaient porter en France sont datées du 15 novembre. (1bid., fos 459 v°-460 v°). Voir aussi Treaty Roll, n° 10, memb. 2 et memb, 7, pouvoirs donnés à l'évêque de Norwich, au comte de Richmond et à Henri de Beaumont, chevalier, de traiter avec Charles, roi de France ; 15 novembre. Une série de documents, concernant la même affaire, est consignée aussi dans le même rôle, membr. 4. Le comte de Richmond reçut, le 20 novembre, une lettre de protection, valable jusqu’au 29 juin. (Cal. Pat. r., t. 1324-27, p. 56). Des lettres du même genre sont accordées à la même date aux personnages suivants, partant avec lui : 4. Jean de Hildesle, clerc. 2. Guillaume de Sautre, curé de l’église de Grettone, partant avec Hildesle. 3. Richard de Perers. 4. Bertrand de Montboucher. 5. Guillaume Pallard, curé de l’église de Wassingburgh. (Ibid). Les altournés du comte étaient nommés pour la même époque ; c’étaient deux clercs : Pierre de Cusancia et R. de Creyk. (Cal. Pat. r., t. 1324-27, p. 53 ; 20 novembre.)
ou, à son défaut, son fils, le prince Édouard, prêterait l'hommage demandé. Une trève conclue avec Charles IV (à La Réole) par le frère du roi, le comte de Kent, contenait des articles que le roi d'Angleterre trouvait offensants pour sa dignité ; les ambassadeurs devaient tàcher de les faire supprimer. Le roi d'Angleterre consentait à remettre ie duché à son fils, si le roi de France en témoignait le désir, mais à la condition de conserver le droit de lui nommer un tuteur, si cela était nécessaire (1).
En comparant les pouvoirs donnés à la commission de 1324 avec ceux de la commission nommée en 1310, on peut constater qu’en 1310 plus d'indépendance avait été laissée aux commissaires ; en 1324, au contraire, ils devaient s'adresser au roi dans toutes les questions difliciles (2), laisser au pape le soin de fixer certains points (3), enfin, renvoyer la discussion d’autres points jusqu’à l'entrevue des deux rois (4). Les pourparlers de 1311 ayant montré la difficulté d’une entente sur des questions aussi embrouillées, on ne pouvait plus être optimiste à ce sujet à la cour d'Angleterre, la position du reste était devenue encore bien plus délicate que treize ans auparavant.
Peu de temps après leur arrivée en France, les commissaires envoyèrent l'évêque de Winchester à Édouard IT, pour lui conseiller de députer son fils et sa femme vers le roi Charles (5). La reine seule partit; elle obtint une prolongation de trêve jusqu’au J juin (6), et le roi de France « pour l’amour et la contemplation de la reine sa sœur », promit de rendre au duc les terres saisies, à condition que celui-ci lui prêtât l'hommage (7).
Malheureusement les Despensers retinrent Édouard en Angleterre (d’après une autre version il tomba malade au moment de
(1) Atmain Roll, an. 18-19, Éd. II, membr. 5; pouvoir donné à l’évêque de Winchester, au comte de Richmond et à un chanoine d’York de traiter au sujet de la translation du duché au prince Édouard ; 5 juillet 1325.
(2) Moreau, 695, f° 1614 v° et f° 162 r°.
(3) 1bid., f° 162 v° et 165 r°.
(4) 1bid., f° 162 v°.
(5) Tbid., f° 166 v°. |
(8) Ibid., f° 176 v°’. Les f°s 174 v°-177 r° renferment une lettre que la reine écrit de France à son époux.
(7) Le 6 mai 13%, le roi avait donné pouvoir aux commissaires de trailer avec le roi de France sur la remise de certaines terres de l’Aquitaine entre ses mains, mais sous conditions. ({imain Roll, an. 18-19, Édouard Il, membr.5).
s’embarquer à Douvres) et il envoya son fils à sa place pour prêter l'hommage et devenir duc de Guyenne (14 septembre 1325). On sait que la reine et ses partisans profitèrent de sa présence pour former un complot contre Édouard.
Le comte de Richmond cependant était resté en France (1). Il avait reçu le 23 juin une nouvelle lettre de protection valable jusqu’à la Saint-Michel suivante (2). Mais il prolongea son séjour au-delà de la date indiquée, n’ayant pas reçu pour cela l'autorisation du roi, qui le somma au contraire à plusieurs reprises de lui venir rendre compte de son ambassade. Dans une lettre (14 mars 1326), adressée au sheriff de Sussex, le roi parle de la « désobéissance » de son cousin, qui n’avait répondu à ses sommations que par des lettres d’excuses frivoles, et donne l’ordre de s'emparer de sa personne et de le présenter au roi trois semaines après Pâques (18 avril) (3).
Le comte ne rentra pas en Angleterre, et le roi n’eut que la ressource de confisquer tous ses biens (4). Quelle avait pu être la raison de cette étrange conduite ?
Un chroniqueur postérieur (5) rapporte qu'Édouard IT avait formé le dessein d’assassiner la reine et son fils, et qu'il en avait chargé le comte de Richmond. Ce récit n’est pas absolument invraisemblable ; on en retrouve un écho dans la déclaration, faite plus tard au Parlement (janvier 1327) par Adam Orlton, le principal chef du parti de la reine, et qui assurait que cette dernière risquait d’être assassinée par son époux, si elle le rejoignait. Une considération cependant s'impose. On a vu que le
(1) Le 12 février 1325 les trois envoyés avaient reçu des pouvoirs pour conclure une trève entre Édouard et le duc de Bretagne Jean III (neveu du comle de Richmond), dans l'intérêt du commerce et pour le maintien de la bonne intelligence entre les marins bretons et anglais. — Dom Monice, Hist. de Bret., t. I, p. 238.
(2) Cal. Pat. r., t. 1324-27, p. 127. Gérard de Cusancia et Richard de Crec étaient nommés comme ses attournés. 1bid.
(3) RyMER, 43 mars 1326. « De Comite Richemondiae attachiando ». Cf. Cal. CL. v., t. 4323-27, p. 552; 14 mars.
(4) La date de la confiscation n’a pu être retrouvée dans les documents; on peut constater seulement qu'elle était un fait accompli le 17 mai. (Privy seals, file 132, n°* 7403 et 7408. Voir aussi Cal. Pat. r., t. 1324-27, p. 270; 19 mai et Cal. Close r., 1. 1325-27, p. 592; 22 juillet}, c’est-à-dire un mois après la date fixée pour l'apparition du comte devant le roi.
(5) WaLsiNGHAM, t. I, p. 179.
comte de Richmond était parti pour la France avant la reine et qu'il n’était pas revenu en Angleterre depuis. Le roi done, s’il avait eu réellement l'idée de le choisir comme agent de son funeste dessein, aurait dû l'en avertir par écrit ou par un messager. Est-ce probable ? On peut en douter. I] serait donc imprudent de motiver la disgrâce du comte par son hésitation à accomplir le désir du roi, et il faut essayer de chercher une autre raison à sa conduite. Lorsque le pape Jean XXII s’adressa à Édouard pour intercéder en faveur du comte de Richmond, en faisant valoir les services rendus par ce dernier à la couronne (1), le roi lui répondit (2) en se plaignant amèrement de l’infidélité de Jean de Bretagne et de ce «qu'il avait levé contre lui la tête, s’étant lié à ses ennemis et les ayant soutenus par ses conseils et son aide » (3). Le comte aurait donc une fois de plus lié partie avec les adversaires de la royauté, mais pour quel motif ? Sans doute parce que, cette fois, la fortune paraissait abandonner définitivement le malheureux souverain. Un document fort curieux (4) donne quelques renseignements précieux sur sa conduite à cette époque. Nous y apprenons qu’à la fin de l’année 1325, il avait abandonné pour lui et ses héritiers son comté et ses autres possessions anglaises au jeune prince Édouard pour la somme de 10,000 livres tourn. pet. de rente annuelle, à prélever sur les revenus du prince dans le duché d'Aquitaine et surtout sur les coutumes de Bordeaux, Saint-Macaire et autres villes et châteaux (5). Le prince ne retenait que ses droits de souveraineté sur ses possessions françaises et il annonçait qu'à cette époque (Noël 1395) il avait déjà reçu le comte en foi et hommage. Il renonçait au bénéfice de sa minorité et à toutes les autres « excep-
(1) Les lettres du papenesemblent pas s’être conservées, mais il en est fait mention : Voir Papal Letters (Regesta v. LXX, an. 10 Jean XXII), p. 250.
(2) Rymer, 18 juin.
(3) ... . {dem tamen comes, spretis hujusmodi mandatis nostris et contemptis, ad nos accedere non curavit ; set, quod nequius est, erecta contra nos cervice, quibusdam contra nos rebellantibus astitit, ut fertur, consiliis et auxiliis, et assistit.
(4) Il a été imprimé dans le Registruwm Honoris Richm., App.. pp. 164-165.
Nous l'avons aussi retrouvé en copie dans le Fonds Moreau (698, fo‘ 46 R° 52 v°, tiré du Supl. Rymer, Éd. IL, t. IL, n° 80), où il se trouve inséré dans une lettre postérieure du duc de Bretagne Jean III (1334).
(5) La somme devait être perçue en deux termes, à Paques et à la Saint- Michel, à commencer depuis Pâques prochain (1326).
tions, raisons ou défenses de fait ou de droit » qui pourraient être opposées à cette convention, à l’accomplissement de laquelle il voulait être contraint par le roi de France, ses héritiers et ses juges (1); cependant il promettait de ne pas obliger le conte à lui rendre le comté de Richmond contre la volonté du roi Édouard (2). Pour garantir de sa part l’exécution du traité, le prince engageait au comte ses biens et ceux de ses héritiers, et particulièrement le duché de Guyenne ainsi que le comté de Ponthieu avec toutes leurs appartenances. Le document finit en une supplication adressée par le prince au roi de France, afin que celui-ci l’approuvât et le confirmât de son autorité royale, malgré la minorité du prince. Cette convention paraît bien être le résultat d’une alliance conclue entre Richmond et le parti de la reine, le prince Édouard étant à cette époque trop jeune pour agir par lui-même. On peut croire que cette entente avait été vivement désirée par le comte (3), car
(LEA Et voulons estre contraint a ce tenir garder et accomplir par voie de execucion en la manere que il plaira à nostre dit cousin par nostre tres chier et tres redoute sygnour et oncle, Monseignour le Roy de France, ses successours et par leurs Justiciers ou par celui deuls que nostre dit cousin voudra eslire sanz ce que nous puissions leur jurisdiccion decliner pour cause de souverainete ne autrementre. Moreau, 698, f° 48 Vo.
(2) EURE Et ne voulons pas nostre dit cousin estre tenir a nous garentier ou delivrer la dicte conté contre nostre tres chier et tres redoute sygnour et pere, Monseignour Eddouart, par la grace de Dieu Roys d'Angleterre, ne contre sa gent ne des empeschements, se aucuns y estoient mis par eulz ou par aucuns de eulz a leur pourchasou de leur comandement, que ja naviene; ains le quittons a touz jourz de toute garantie en cest cas, sauf ce que il sera tenuz a nous garentir la dicte conié quante à sa persone et quant a ses hoirs et a ceus qui auront cause GO Es (Ibid.)
(3) Il n’est pas improbable que le comte eût, dès son départ pour la France, prévu la nécessité de s’y fixer définitivement. Du moins sait-on qu’il amena avec lui une partie considérable des gens de sa maison; un document en mentionne 23 : 1) Bertrand de Montboucber, 2) Pierre de Morzeles, frère Mineur, 3) Robert Betyn frère Mineur, 4) Pierre de Sancto Egidio, 5) J. de Tailli, 6) Guillaume Malechat, 7) J. de Gynes, 8) Pierre de Ardern, 9) Pierre de Lamenyane, 10) Jacob le Barber, 11) Richard le Barber, 12) Michel de la Botelerie. 13) Guillaume le Clerk, 14) Guillaume Burdaunt « Messager », 15) J. de Perdriour, 46) Thomas Cauche, 17) Guillaume de Raundes, 18) Guillaume Morel, 19) Guillaume de Mountganoun, 20) Jean Pykard, 21) Ive Ledos de Lambele, 22) Robert Je Freresman, 23) Richard de Theueny (ou Cheneny), 24) Bertrand, frère du dernier, 25) Jean de Chaunbry ; Voir : Cat. Pal. r., t. 1324-27, p. 57 et Dom Morice, Mémoires, t. I, p. 1342. Tous ces personnages étaient du pouvoir du roi de France. Il est intéressant de constater que le comte de Richmond ait eu tant de Krançais dans sa maison. Il faut croire qu'il les avait amenés de France au cours de ses voyages dans le
elle était toute à son avantage; les garanties sont toutes en sa faveur : il se réserve même le droit de renoncer au traité, si le roi Edouard refuse à le ratifier, tandis qu’il ne laisse au prince aucun moyen de se dégager (1). Malgré le silence des chroniqueurs, on ne peut donc mettre en doute l'existence d’un accord entre Jean de Bretagne et la sœur du roi de France, soulevée contre son mari. Un fait encore vient corroborer cette hypothèse : le 2 novembre 1326, en pleine crise, le comte de Richmond, disgracié par le roi, se trouve lieutenant du duché de Guyenne pour le jeune Édouard (2). Le marché avait donc reçu au moins un commencement d’exécution.
Il serait peut être opportun deremarquer ici quele rôle du comte de Richmond paraît beaucoup plus important, lorsqu'on étudie les documents, que lorsqu'on consulte les chroniqueurs (3). C'est que Richmond semble rester volontiers dans l’ombre et éviter le danger d’agir trop ouvertement. En 1326, le poste de lieutenant de Guyenne semble être pour lui un excellent prétexte pour ne pas s’aventurer en Angleterre, au moment où va se produire le choc définitif entre les deux partis. Si le succès, comme il avait toute raison de le prévoir, tournait du côté de la reine, il aurait toujours le temps de recueillir les profits de la nouvelle situation ; si, au contraire, le roi malgré tout arrivait à triompher encore une fois, le comte, ne s’étant pas
pays et que le roi d'Angleterre n’en n'avait pas été très rassuré, car le comte avait dû se porter garant devant lui de leur fidélité et de ce qu'ils n’entreraient pas en relations avec le roi de France et ne retouineraient pas dans leur pays, sans une permission spéciale d’Édouard. En 1324, à l’occasion de leur voyage en France avec le comte, le roi le libéra de cette garantie, pour le temps où lui et ses gens resteraient en France.
(1) Il est vrai que nous ne possédons que les lettres du prince; peut-être des lettres du comte, écrites au sujet de ce contrat, renfermaient-elles des clauses le liant d’une manière plus particulière. Cependant le fait que le document n’a pas été mis en vigueur par la suite, semble montrer que l'engagement avait été facile à rompre pour le comte.
(2) Dom Monrice, Mémoires, t. I, p. 1343. Quittance délivrée par Jean de Bretagne, comte de Richmond et lieutenant de Guyenne, au nom du seigneur Edouard, fils aîné du roi d'Angleterre et duc de Guyenne, à Beraut de Solemniac, sénéchal de Toulouse. Scellée par le sceau du comte.
(3) C'est peut-être par la qu'il faut expliquer ce fait, que les historiens modernes semblent presque complètement ignorer le rôle du comte de Richmond, tandis qu’ils s'occupent assez longuement des autres comtes de l’époque. Les documents ne justifient pas cette préférence, à l'exception de Lancastre, bien
entendu.
montré ouvertement dans les rangs de ses ennemis, avait plus de chances de négocier une réconciliation.
On sait que la victoire resta à l’opposition. A peine la reine avait-elle triomphé de son époux, enfermé à Kenilworth, que le comte de Richmond se voyait restituer tous ses châteaux, terres et biens confisqués (1). Dès lors, le comté lui restera sans qu’il soit plus jamais fait mention du contrat passé entre lui et le prince (2). Sa carrière se trouve donc assurée et sa position affermie.
Une fois monté sur le trône, Édouard III continua à s'occuper des affaires du comte qui ne se hâtait pas de rentrer en Angleterre. Le 8 février, quelques jours seulement après la première apparition du jeune roi au Parlement, plusieurs fonctionnaires reçurent ordre de délivrer à l’un des gardiens des terres du comte les revenus perçus par eux durant les mois de confiscation (3). En 1328, ordre est donné de ne pas molester le comte à l'égard de ses fiefs militaires et de ses droits de protection surles églises (4). Cependant en 1330 les revenus ne lui avaient pas encore été rendus (5).
Si le comte de Richmond avait eu des difficultés au sujet de ses terres, c’est qu’il était resté en France, et n’avait donc pas pu s'occuper personnellement des affaires de son comté. La surveil-
(4) Cal. Pat. r., t. 1324-27, p. 343 ; 95 décembre 1326. Cal. Close r., t. 1323-27. p. 6% ; 17 janvier 1327. RyMer, 25 décembre. Si les lettres émanent d'Édouard II, leur date et le lieu où elles ont été données (château de Kenilworth\ montrent clairement que le malheureux prisonnier n’en pouvait pas être le véritable auteur. Un clerc du comte, Richard Crec, était nommé gardien des terres qui se trouvaient en deçà de la Trent ; Thomas de Coleville recevait les mêmes pouvoirs pour les terres au delà de la Trent. Cal. Cl. r., t. 1323-27, p. 625 et Cal. CI. r., t. 1327-30, p. 27.
(2) Jean III, dans le document que nous avons cité, appuie sur ce fait, que le contrat, passé entre son oncle et Édouard, n'avait jamais été exécuté, et ne devait donc par conséquent avoir aucune valeur. Moreau, 698 fo 49 vo... « lequel comte (Jean de Bretagne) les dictes lettres (du prince Édouard) tint pardevers lui sanz faire fealté de la dicte comté de Richemont au dit Mes. le Roy, et sanz eStre en possession des devant dictes diz mil livres de rente ains paravant la date des dictes et apres continua la saisine et mourut saisi de la dicte comté en son demeine...., è
(3) Cal. Cl. r., t. 4327-30, p. 27.
(4) Tbid., p. 260 ; 26 fév. 1328.
(5) Moreau 697 f° 137-138, tiré du Supl. Ms de Rymer t. I, n° 267. Cf. Cal. Pal. v., t. 1330-33, p. 87; 24 décembre 1330.
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lance en restait confiée à des attournés, nommés par le roi. Ces lettres d’attournement (1}, ainsi que les lettres de protection accordées au comte annuellement par Édouard II (2) prouvent que Jean de Bretagne ne revint pas, et qu’il passa les dernières années de sa vie sur le continent. Aucun document du reste ne mentionne sa présence en Angleterre à la fin de son existence. A maintes reprises, le roi lui accorde aussi des délais pour prêter l’hommage qu’il lui devait pour son comté (3).
(1) Cal. Pat. r., t. 4324-27 p. 206; 3 janvier 1326. Cal. Pat. r., t. 1327-30 p. 114 ; 28 mai 1327. Ibid., p. 321; 26 septembre 1328. Ibid., p. 385; 13 mai 1329. Ibid., p- 506; 26 avril 1330. Zbid., p. 543 : 18 juillet 1330. Cal. Pat. r., t. 1330-34, p. 13; 23 octobre 1330. 1bid., p. 156; 16 juillet 1331. Zbid., p. 179; 12 octobre 1331. Ibid. p. 366; 1°" novembre 1332. 1bid., p. 424; 23 avril 1333. 1b1d., p. 483 ; 2 novembre 1333.
Les attournés sont chaque fois nommés par deux, mais les mêmes noms se trouvent souvent répétés dans les nominations. Nous n’avons donc pu relever que neuf personnages difiérents pour les huit années. Ce sont :
Geofiroi de Bliburgh, de Torkesey ; nommé en 1326.
. Richard de Crec, clerc ; en 1327 et 1328.
Thomas de Fennekotes ; en 1328, 1329, 1330 et 1333.
. Richard de Kelleshulle ; en 1329.
. Thomas de Leek ; en 1333.
. Guillaume de Skroton ; en 1331 et 1332.
. Richard de Swafham, clerc, curé de l’église de Burgherrsch (en 1333); nommé en 1329, 1330, 1331, 1332 et 1333.