Rev. numism., loc. cit., pp
est bien d'avis que la médaille de Jean de la Gruthuse et de Jean Miette pourrait être attribuée à l'artiste qui a signé le bronze d'Antonio Gratia Dei ; quant au reste, c'est pour lui lettre close.
11 me semble pourtant que l'interprétation souffre peu de difficulté, surtout quand on admet, comme Heiss, que Jean de Candida a séjourné en Flandre, ou mieux encore quand on établit, comme nous venons de le faire, au moyen d'une pièce officielle, la présence de notre artiste, à cette époque, dans les pays flamands.
Ce mot Insulis, à l'ablatif, mis en vedette et encadrant, pour ainsi dire, la tour, indique le lieu même où elle se trouve, Lille. En effet, la forme Insulae est aussi fréquente que la forme Insula; en tout cas, c'est celle qui a été adoptée par Jean de Candida au droit même de cette médaille, oi^i on lit : « Johannes de Gruthusa castellanus Insularum. » Sur la tour et pour indiquer ce qu'était cette tour elle-même, sa destination, on voit ces deux mots significatifs : « Carcer Candide, » ce qui ne peut se traduire qu'ainsi : « prison de Candida. » Cette traduction, parfaitement simple, devient inattaquable si l'on considère que notre pièce est sûrement du style de Candida et absolument semblable aux quatre médailles suivantes, exécutées à la même époque, dans le même pays, et attribuées en toute certitude à notre médailleur, celles de Jean Carondelet et de Nicolas Riiter et les deux pièces aux effigies de Marie et de Maximilien (voir les pi. vi et vu). Nous pouvons ajouter que les deux côtés de cette médaille se corn-
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plètent et s'expliquent mutuellement; ils nous donnent, au droit, le portrait du capitaine-châtelain de Lille, au revers, celui de son subalterne, le gardien (CVSTOS) de la prison où fut enfermé Candida.
Mais nous entendons répéter Tobjection qui nous à déjà été faite : comment un artiste a-t-il pu prendre plaisir à rappeler son infamie et les heures attristantes de sa détention?
D'abord, la prison n'était pas vue au xv^ siècle du même œil que de nos jours; ensuite, rien ne prouve que Candida ait été emprisonné pour une cause infamante. Si l'on supprime l'idée de crime et d'infamie, il est tout naturel de supposer qu'il ait aimé à perpétuer, en même temps le souvenir de son infortune passée, et celui de sa reconnaissance pour deux hommes auxquels il devait ou sa délivrance ou du moins un adoucissement de peine.
A cette époque, on le sait fort bien d'ailleurs, les prisons étaient très libéralement ouvertes à tous; il était peu d'hommes politiques qui n'en eussent goûté peu ou prou. Jean de la Gruthuse, qui a laissé mettre Candida en prison (1479), va être pris la même année à Guinegate et faire connaissance avec les « fdlettes » du roi de France, qui se chargeront de le convertir tout à fait à la cause royale. Son père, Louis de Bruges, sera arrêté deux fois, puis délivré, srrâce aux efibrts d'amis dévoués. Leur souverain à tous deux, ne fut-il pas saisi par les bourgeois de Bruges et enfermé dans le Cranenbourg? Enumérer les hommes de guerre faits prisonniers serait banal et trop long, même en ne prenant que les plus
JEAN DE CANDIDA 2fl
illustres. Ce qui est piquant, c'est de voir les plus fins renards se faire prendre au piège ; tels Louis XI emprisonné par Charles le Téméraire et, plus tard, Philippe de Commines, par le roi de France; tel encore AlFonse d'Aragon pris par Philippe-Marie Visconti, duc de Milan. Pour les uns, c'est une manière de faire son entrée dans la vie politique, ainsi pour Louis XII et pour son confident, Georges d'Aniboise; pour d'autres, comme Ludovic le More, c'est l'expiation finale des fautes politiques et des trahisons sans fin. Personne ne pouvait donc se flatter, dans ce temps-là, de ne pas faire connaissance avec quelque forteresse, et les geôliers avaient leur tour. François de Pontbriant, sire de la Vilatte, capitaine de Loches et, par suite, commandant de la grande prison d'Etat de France, en fit, lui aussi, la dure expérience.
On a conservé l'hymne d'allégresse d'Eustache Deschamps délivré par Louis XI de la prison de Mehun. Et pourquoi n'admettrait-on pas que J. de Candida ait voulu célébrer à sa manière et conserver à la postérité le souvenir de sa délivrance et celui de ses bienfaiteurs. Notre médaille est son chant d'allégresse.
Mais encore une fois, rien ne prouve que cette prison ait eu quoique ce soit de déshonorant. D'ailleurs, le crime serait-il établi qu'il ne s'en suivrait pas nécessairement que Candida n'eût pas voulu relater sur le bronze le fait de sa captivité. Leone Leoni^ justement condamné parle pape pour assas-