A. de Boislisle, loc. cit., 1880, pp. 225, 285, eto
appelé en raison de son titre, Candida coudoie nombre de ses amis, Français et Napolitains. Ainsi, à une séance du Conseil, qui se tint au mois d'avril de la même année, au bureau de la Chambre des comptes de Paris ^ nous relevons les noms de: « maistre Pierre de Sacierges, eslus évesque de Luçon, » dont Candida exécute la médaille vers la même époque ; celui de « maistre Pierre Cohardy, avocat », dont on connaît aussi la médaille, et surtout celui de son plus puissant ami, Guillaume Briçonnet, alors « conseiller et général des finances ».
Nous devons ajouter que les instructions de l'ambassade de 1491 sont justement signées par un autre ami de Candida, « Bohier, » sans doute Thomas Bohier, le fondateur de Chenonceaux, le futur gendre de G. Briçonnet, dont la médaille a été aussi modelée par notre artiste.
Si Ton s'appliquait à relever toutes les signatures inscrites au bas des délibérations du Conseil du roi, on retrouverait à peu près tous les noms des personnages dont Candida modela les médailles après son arrivée en France.
Peut-être Guillaume des Perriers ferait-il exception? G. des Perriers appartenait, depuis très longtemps, comme auditeur de rote, à la judicature pontificale, et .T. de Candida le connaissait certainement depuis l'époque déjà lointaine où il était attaché à la cour de Rome. Evidemment, on n'y trouverait pas non plus la signature de l'ambassadeur florentin Neri Cap]:»oni, dont nous possédons la médaille. Celui-ci, en effet, ne ])ouvait pas faire partie du
1. A. deReilhac,/ea«<feiîe/Mac, Paris, 1886-1887, 2 vol in-4», t. I,p.337.
Conseil du roi ; mais au moins avait-il dû comparaître plusieurs fois devant ce Conseil, en raison même de ses missions auprès de Charles VIII, qu'il fut même chargé d'accompagner pendant une partie de l'expédition de Naples ^ Au moment où se multiplient les intrigues qui doivent aboutir à cette expédition, Candida est sans nul doute fréquemment appelé à donner, devant le Conseil, son avis sur les choses d'Italie et surtout sur les affaires ecclésiastiques à traiter en cour de Rome et, par suite, à rencontrer les personnages que nous venons d'énumérer.
Il est bon de donner une idée sommaire des questions assez diverses signalées par le roi à l'activité de ses ambassadeurs.
Les instructions visent un grand nombre de questions spéciales : ne pas troubler Guillaume de Cambray, doyen de Beauvais, ni Louis Pot, évêque de Tournay; obtenir la canonisation de Pierre Berland, archevêque de Bordeaux; faire nommer Antoine du Bois cardinal ; faire exécuter les promesses du Pape touchant Zizim.
Les instructions visent aussi des questions plus générales : donner les bailliages et commanderies de Rhodes suivant la teneur des bulles; traiter des droits que le Saint-Siège prétend sur les comtés de Diois et de Valentinois ; justifier les droits sur la Bretagne et les prétentions sur Tournay.
Mais il est des affaires qui ont une portée encore plus générale et une singulière importance : empêcher
1. Desjardins, Négociât, diploin. de la France arec la Toscane, Paris 1859, t. I, pp. 638-639.
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que les étrangers ne tiennent des bénéfices ecclésiastiques en France sans permission du roi et sans lettres de naturalisation ; faire de nouveaux concordats touchant les affaires bénéficiales et ecclésiastiques.
D'après Isambert, ces instructions seraient une sorte de protestation contre les concessions de Louis XI et contre le concordat postérieur de François 1"^
De telles négociations exigeaient évidemment des hommes habiles, versés dans l'étude du droit canon et très au fait des usages de la cour de Rome. Candida était appelé à rendre de très grands services à ses collègues pour de semblables affaires, à cause de sa connaissance du pays et de la langue italienne, de son séjour à la cour pontificale, et aussi de sa facilité à parler et à écrire la langue diplomatique, le latin, que tous les ambassadeurs étaient loin de connaître ^.
Les ambassadeurs français furent reçus à leur entrée à Rome, le 11 novembre 1491, par une nombreuse et brillante escorte, dans laquelle Burchard ^ signale particulièrement la maison du propre neveu du Pape, Julien de la Rovère, cardinal de Saint- Pierre ad vincula, qui dès lors ne craignait pas de s'afficher comme l'ami des Français. Chaque ambassadeur chevauchait entre deux personnages de marque. Quant à Candida, il s'avançait entre deux Italiens, François Soderini, de Florence, évèque de
*1. Biirchard., éflit. Thuasiic, t. I,p. 55't ; d'ap. Pastoret (Orf/owTjnnre*, t. XX, p. 290) citant Isainboit. — L'original de ces instructions, signé de Charles VIII, est conservé à la nibliothèque nationale, ms. fr. 15870, fol. I.
2. Cominines, par exemple, ignorait le lalln. — A. do Boislisle, E. de Vese, tirage à part, p. 151, note 1.
3. Burchard, loc. cit., t. I, p. 430. — A. Heiss, Rei'. num., 1890, p. 456.
Volaterra et cardinal de Sainte-Suzanne, et Jacques Botta, évêque de Tortone, orateur du duc de Milan. Le 26 octobre 1493, « maistre Jean de Gandida, conseiller » du roi, donne quittance à « maistre Antoine Bayard », aussi conseiller du roi, trésorier et receveur général des pays de Languedoc, Lyonnais, Forez et Beaujolais, de la somme de 300 livres tournois « à lui ordonnée par le roy nostre dit seigneur, pour la pension et entretenement en son service durant ceste présente année ^ ». Il est à remarquer que cette somme est payée avant son échéance, et cela se comprend très bien, car nous allons voir que J. de Gandida était à ce moment sur le point de partir pour l'Italie. Il allait se diriger vers Lyon, où il attendrait les avis de Guillaume Briçonnet pour une mission en apparence officielle, mais qui, sous de faux semblants, était surtout une mission secrète.
L'ambassade de Jean de Gandida à Rome nous a montré, par l'importance des affaires à traiter, l'estime en laquelle notre diplomate était tenu dès cette époque. Mais rien ne peut donner une plus haute idée de l'importance politique de notre artiste que la lettre confidentielle et très familière d'allure qu'il écrivit de Lyon, le 16 novembre 1493, à celui qui était alors, de tous les ministres de Gharles VIII, le plus é(feuté et le plus puissant. G'est à l'amicale obligeance de M. Louis de Grandmaison, archiviste de Tours, mon ancien collègue à la Bibliothèque
1. L. Delisle, loc. cit. — A. Heiss, Rec m/m., 1890, p. 457. — L'original de celte quillance est conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale (Cab. des titres, pièces originales, toI. 586, dossier 13573).
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nationale, que je dois la connaissance de cette pièce importante ^
Qu'elle soit de Candida, on n'en peut douter, elle est signée des initiales J. C. , et elle porte inscrite, en tête et en travers de la marge, cette mention en toutes lettres : « M" Jehan de Candida », d'une écriture delà fin du xV siècle.
Il n'est pas douteux non plus que cette lettre soit adressée à Guillaume Briçonnet, depuis peu évèque de Saint-Malo. En effet, de tous les évêques de cette ville, un seul, vers cette époque, eut un fils chargé de négociations diplomatiques; un seul eut auprès du roi un crédit qui lui permit de recommander directement au souverain le payement des dettes d'un ami: « . ..precor Altissimum ut... memores aliquando negocii mei apud regem ut tuo patrocinio libérer ab onere debitorum. »
Ceci établi et la lettre transcrite, il nous restera à fixer la date de cette dernière, à préciser les circonstances dans lesquelles Candida l'a écrite, et les affaires auxquelles elle a trait. Il ressortira de cet examen, croyons-nous, une conclusion évidente, c'est que Candida joua à cette époque un rôle d'autant plus important et actif qu'il fut moins apparent.
Lisons d'abord attentivement la lettre elle-même.
Au dos : « Reverendissimo et colendissimd^pmino meo Domino macloviensi.
A la Court ».
« Reverendissime et colendissime mi Domine, post
1. Bibliothèque nationale, département des manuscrits, fonds Baluze, t. 393, n" 693.
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humillimam commendationem, si auditus fiiissem liîc Lusrduni, non xii dies frustra in eo mansissemus, potius nunc Taurini vel Asti expectaremus Nicolaum Renardum, Si auditus fuissem Turonis, Florentie nunc essemus. Si antea auditus essem, essemus nunc Rome vel Viterbii et féliciter principia nostri haberemus negotii. Heu me! quam parvi facitis temporis thesaurum! Jam etiam in hoc otio nostro abierunt estivi et sereni dies quorum scio nos habiluros desiderium et inopiam. Jam ante tempora decembria non spero nos Rome fore si IMediolanum accedamus, si Florentie morabimur. Qua|)ropter nudius tertius te per litteras orabam, quas fdio tuo comisi ut cum suis ad te diligenter mitteret, ut ageres quatenus solus Nicolaus Renardus Mediolanum accederet, quod per celerem tabellarium nos avisare potuisses antequam simus Taurini. Aut quid velit ista nostra profectio Mediolanensis non intelligo, cum comes Carolus sit apud vos, et alter orator jam accessit Mediolanum ; per eos enim ita possent omnia agi quam per nos et forsan scientius, cum multa oriantur in dies, que nos latebunt. Sed nec instructiones videre potui, ut quod super ipsis mihi fuisset visum ad vos perscriberem, nam plus Aident oculi quam oculus ; et potuissem, illis visis, aliquid opinari, quod me ad te scripsisse gratum habuisses ; forsan mihi non habetur fides, quod quando si intelligerem, maluissem manere in ripa Ligeris, Turonis, ad piscandos syluros. Certe hune modum non intelligo, tamen hoc mihi solatium erit, quod non mihi summa rei comissa est, ut, si per accidendi negligen-
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tiam et rerum ignorantiam aliquid contingat, mihi non imputabitur, qui in omni modo ita me geram, intégra ergà te fideet amore, ut in fine magis me diliges. Porro non possum interea non moleste ferre que cum culpa admittuntur, presertim cum facile ab ea caveri posset. A lia non audeo scribere, aut quid agemus Rome post tempora decembria ; nisi non rite volumus procedere, aut quadragesinialia expectare tempora. Credasmihi, pliirimum contulisset negotio nostro et ad utilitatem et honestatem, et ad voluntatem lucrandam cardinalium et ipsius summi pontificis, si intempore consueto atque debito et opportuno negotium nostrum procuraretur. Si liberius audeo me, Reverendissime Domine, meam promere sententiam, id tribuat fidei et amori erga se meo. Que occurrent in itinere digna tua cognitione perscribam tametsi non dubito quin omnia ad te fîiius perscribat. Precor Altissimum ut te felicem in evum servet, et memores aliquando negocii mei apud regem, ut tuo patrocinio libérer ab onere debitorum que tibi commemoravi. Lugduni, XVP novembris post meridiem, quo tempore adhuc incertus sum an hinc discedamus.
Humillimus servus, J. C. ))
(Fonds Baluze, t. 393, n» 693.)
Cette lettre a donc été écrite le 16 novembre, à Lyon, première grande étape entre la cour et Tltalie qui fixait alors toutes les attentions. Mais en quelle année ? Ainsi que la plupart des missives de cette époque, elle ne porte malheureusement pas de millésime; cependant on peut l'établir d'une façon certaine.
H. Di: i.A Torn
D'abord, cette dignité de cardinal, que l'on sait avoir été si fort ambitionnée par Briçonnet', ne se trouve mentionnée ni sur l'adresse, ni dans le courant de la lettre. Elle ne lui avait donc pas encore été accordée; car il n'est pas croyable qu'on eût oublié 3e lui donner un titre, qui fut obtenu le 16 janvier 1495 ~, après tant de démarches et de négociations, à la demande expresse du roi en personne.
Donc la Jettre est antérieure au 16 janvier 1495. C'est ce jour-là, en effet, que Guillaume Briçonnet fut nommé cardinal, sacré séance tenante et revêtu de la robe rouge de César Borgia. Le Pape conservait au nouveau dignitaire tous ses bénéfices et l'invitait à se loger au Vatican^.
Faisons un pas de plus. Cette lettre ne peut pas se placer avant 1492 et elle n'est pas de 1494.
Elle n'est pas antérieure à 1492, car, cette annéelà, Guillaume Briçonnet n'était ni évèque, ni même dans les ordres^.
Elle n'est pas de 1494, car, au mois de novembre 1494,ne temps des négociations et des atermoiements est^passé. [^Depuis plus de huit semaines le roi est en Italie à la tête de son armée, et don Frédéric a été battu à Rapallo. Charles Vlll, après avoir traversé Turin, a été atteint de la petite vérole à Asti ; il a été témoin, à Pavie, de l'agonie du malheureux Jean Galéaz Sforza; le 9 novembre, il a pris possession de
1. H.-F. Delaborde, L'expédition de Charles VIII, chap. VI, pp. 284-294. Cf. A. de Boislisle, loc. cit., année 1880, pp. 284, 294-295.
2. Burchard, édit. Thuasne,t. II, p. 692. Cf. A.Dunoyer, loc. cit.. ch.IVet V.
3. A. de Boislisle, Ann. de la Soc. de liiist. de France, 1880, pp. 2G0-262. 4.~I1 entre dans les ordres en août 1493, il est promu à l'évêché de Saint-
Malo le 10 octobre 1493. — A. Dunoyer, loc. cit., ch. IV.
JEAN DK CANDI D\ '<.")
Pise et, le 16, il est à la veille de faire son entrée solennelle à Florence ^ Il ne peut plus être question alors de gagner par la persuasion ou l'intrigue la bonne volonté du Paj)e et des cardinaux, « voluntateni lucrare cardinalium et ipsius summi pontificis », pour obtenir ce titre de cardinal qui nous paraît être le vrai « negotium nostruni » de la lettre. Dans quelques jours, le roi verra le Pape face à face, et se contentera de formuler son désir, auquel Alexandre VI s'empressera d'accéder.
Cette lettre n'a donc pu être écrite que le 16 novembre 1493. Le roi est encore à Tours, ayant auprès de lui Guillaume Briconnet. Ce dernier a été amèrement déçu de voir que non seulement il n'a pas été compris dans la dernière promotion, qui venait d'ajouter douze cardinaux au Sacré Collège (20 septembre 1493^), mais que le Pape a même refusé de confirmer sa nomination à l'évêché de Saint-Malo et aux bénéfices français qui lui ont été donnés ^. L'expédition a été décidée; mais les partisans de la paix n'ont pas joué leurs derniers atouts, et Julien de la Rovere n'est pas encore venu renforcer, de toute l'ardeur de son ressentiment, le parti de la guerre. D'ailleurs les événements se précipitent.
Candida, éloigné de la cour, ne se sent plus au courant de ce qui se passe dans l'entourage du roi, à Rome et ailleurs. « Chaque jour, dit-il, des faits se
1. H. -François Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, Paris, Didot, 1888, in-'i°, pp. 390 et sq.