A. Dunoyei', loc. cit., chap. lY
réformer l'Eglise et peut-être déposer le Pape ^ Sa politique consiste à payer Charles Vill de belles paroles, sans toutefois jamais promettre formellement l'investiture du royaume de Naples, A ce moment, il s'efforce d'arrêter la réalisation des plans "de conquête de Charles VIll et de brouiller le roi de France avec Ludovic Sforza : peine perdue.
Briçonnet, nous l'avons dit, était alors le confident et, en quelque sorte, le ministre des finances de Charles VllI. Le 14 août 1493, l'ambassadeur milanais Pirovano (rien n'était secret pour les Milanais) écrivait à son maître Ludovic : « Le général (Guillaume Briçonnet) est peut-être le premier de cette cour pour l'autorité et la gravité du Conseil, en même temps que pour la vivacité de l'esprit... Il a en outre l'oreille et toute la confiance du roi ~. » Aussi Pirovano demandet-il à son maître d'intervenir pour faire attribuer à cet influent personnage l'évêché de Saint-Malo avec d'autres bénéfices ecclésiastiques. Il importait d'avoir Briçonnet pour soi.
On comprend quel intérêt avait aussi le Pape à ménager un tel homme, et quelle importance prenait, au milieu de la politique générale, cette affaire des bénéfices et du chapeau. Ces deux joueurs, Alexandre VI et Briçonnet, avaient donc tout avantage à se ménager mutuellement, et à conférer directement entre eux au moyen d'émissaires éclairés et sûrs ^.
1. « Charles VIII déclarait à Naples qu'il n'aurait qu'un mot à dire pour s'accorder avec Maximilien, et ce mot consistait à accepter un autre Pape. » Jean d'Auion, édit. de Maulde, t. II, pp. 141-142.
2. H. -François Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie, Paris, 1888, in-4°, p. 284. — Cf. A. de Boislisle, loc. cit., p. 284.
3. Depuis la promotion de cardinaux, G. Briçonnet se défiait de Ludovic et d'Ascagne Sforza, et leur gardait rancune. Voir Delaborde, loc. cit., p. 326.
En ce qui concerne Briçonnet, la présence de son fils Guillaume, évêque de Lodève, en qui il avait toute confiance, et que Tévêque d'Arezzo appelait a Tocchio deir orecchio di questo Re ' », et, d'autre part, Texpérience de Candida, son habileté et sa connaissance des usages de la cour de Rome et des lois canoniques, donnaient toute sécurité pour la réussite de l'ambassade projetée.
D'ailleurs, si l'on réfléchit à la situation de Candida, on verra qu'il avait des intérêts analogues à ceux de son maître. Lui aussi, avait à ménager le Pape qui pouvait lui accorder ce titre de protonotaire ^ qu'il obtint probablement à l'époque où son protecteur recevait la pourpre. Candida, pas plus que Briçonnet, ne pouvait d'ailleurs se désintéresser de cette expédition en Italie, dont le premier instigateur fut son compatriote le Prince de Saierne, et dont les agents les plus actifs furent peut-être ces Napolitains qui entouraient le roi \ et pour qui elle devait être une source de bénéfices, de profits et d'honneurs.
Ces intérêts communs, sa connaissance de l'Italie, de la langue latine, et plus particulièrement des usages de la cour de Rome faisaient de Candida un intermédiaire, sinon indispensable, au moins très utile entre Briçonnet et le Pape^.
Mais enfin pourquoi ces incertitudes, pourquoi cet
1. Desjardins, Négociât, diplom. de la France avec la Toscane^ l I, p. 341.