Desjardins, loc. cit., pp. 259, 341 et
du 3 novembre, que l'accord conclu entre le Pape et le roi de Naples, et plus encore le mariage décidé entre Maximilien et la nièce de Ludovic le More mécontentent la cour et « donnent à réfléchir aux partisans de l'expédition d'Italie ». a Cependant, d'après lui, le roi semble vouloir persévérer. » Ce qui qui ne l'empêche pas de terminer par une affirmation catégorique : (( AujoLircV liui tout est à F ancre. » L'hésitation est générale, ce fait semble donc bien certain ; ce qui pourrait l'être moins, ce sont les motifs allégués par l'évêque d'Arezzo, mais peu nous importe, le fait nous reste.
En tout cas, Guillaume Briçonnet semble bien avoir été de ceux qui réfléchissaient ou plutôt qui fléchissaient ; le manque d'instructions et d'ordres dans lequel il laisse se morfondre ses deux émissaires en est une preuve convaincante. D'ailleurs, il lui arriva plusieurs fois de fléchir dans ses résolutions'. On pourrait dire que, s'il fut partisan de l'expédition, ce ne fut guère que par intermittences; sa nonchalance dans les préparatifs fut telle qu'il se fit rappeler plusieurs fois à l'ordre par le roi lui-même.
11 est bien certain que la façon de parler au Pape devra être toute différente suivant que l'Expédition sera décidée ou ne le sera pas. Tant que l'on hésitera sur cette question préalable, il sera impossible de donner des instructions fermes à Candida. Si Briçonnet empêchait l'Expédition, le Pape ne pourrait que lui en être reconnaissant et lui témoioner sa orati-
1. A. Dunoyer, loc. cit., chap. V. — A. de Boislisle, loc. cit., année 1880, p. 235, 245. — H. -F. Delaborde, loc. c/^, chap. VII.
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tude. D'autre part, Briçonnet devait se dire, en songeant à l'intervention armée, que plus les Français seraient forts, plus il serait sur d'avoir la pourpre. Seulement, dans ce cas, G. Briçonnet devait ajourner ses espérances et attendre une expédition dont la réalisation devenait justement douteuse à ce momentlà. Notre Briçonnet ne pouvait donc qu'être très perplexe. Il ne sait que décider et par suite qu'écrire; il ne sait s'il faut user de promesses ou de menaces ' .
Nous ignorons ce qu'il advint du projet d'ambassade qui nous occupe. On le découvrira peut-être un jour, ainsi que beaucoup de renseignements sur les missions diplomatiques et sur la vie de notre médailleur ; les archives n'ont certainement pas dit leur dernier mot.
En résumé, cette lettre ne paraît, au premier abord et à un point de vue général, qu'un document vulgaire, semblable à une foule d'autres que nous a laissés la diplomatie très active de cette époque. Cette ambassade se perd au milieu d'incessantes allées et venues d' « orateurs » s'entrecroisant sur toutes les
1. Guillaume Briçonnet avait déjà indiqué à Pirovano (dépèche de Pirovano du 16 août 14y3) les moyens de faire repentir le Pape de son hostilité : 1" Convoquer un concile ; '2° refuser l'obédience et se réserver la disposition des bénéfices. — A. de Boislisie, loc. cit., année 1880, p. 229.
Ces menaces pouvaient fort bien ne pas être vnines. Briçonnet prouva, en e£Fel, plus tard, sous Jules II, qu'il n'était pas homme à reculer même devant la convocation d'un concile. Quand Charles VIII fut enti'é à Rome, Etienne de Vesc et Briçonnet furent d'avis qu il valait mieux être en paix avec Alexandre VI; mais tous les conseillers du roi n'étaient pas de cet avis, et une partie du Sacré-Collège (les cardinaux Ascagne Sforza et Julien de la Rovère, ■entre autresj proposait au roi de déposer le Pape. Aussi Briçonnet trouvait-il (lettre à Anne de Bretagne, 13 janvier 1495) que le Pape devait être très reconnaissant au roi de n'avoir pas accepté cette proposition. — A. de Boislisie, loc. cit., année 1880, pp. 260 et sq.
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routes, entre la France et l'Italie. En réalité, elle a une véritable importance, à un double point de vue, et c'est pour cela que nous nous sommes attardés à son examen. D'abord, elle établit que Guillaume Briconnet avait ses hommes à lui qui étaient chargés, à côté *de leur rôle officiel, de veiller à ses intérêts propres ~. On saura que, outre les intérêts de l'Etat et du roi, Briçonnet ne négligeait pas les siens, et les soins attentifs qu'il donnait à ces derniers aideront ])eut-être à trouver l'explication de bien des hésitations en apparence inexplicables. En second lieu, à notre point de vue spécial, cette lettre a plus d'importance encore; car, plus il sera établi que notre médailleur a eu de valeur personnelle et que les situations occupées par lui ont été élcA'ées, plus aussi il sera prouvé que son influence artistique fut grande et eut de puissants moyens de diffusion.
C'est vers cette même époque que Robert Briconnet, archevêque de Reims, fît écrire, par son secrétaire, Guillaume de la Mare, la lettre dont nous avons parlé en commençant et qui a été le point de départ des recherches concernant notre artiste.
Comment Candida entra-t-il en relations avec les Briçonnets, ses amis? C'est vraisemblablement à la cour, ainsi que nous l'avons dit, que ces amitiés se nouèrent entre esprits d'élite également amoureux de littérature et de beaux-arts. Les Briçonnets, curieux de toutes les choses intellectuelles, encou-
1. Cf. H. -F. Delaborde, /oc. cil., p. 327, etc. — Desj.irdins, loc. cit., t. I, p. 361.
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rageaient les artistes, les érudits et les littérateurs français et italiens', et il est probable que la présence de Thumaniste Guillaume de la Mare auprès de G. Briçonnet ne fit que resserrer les liens d'amitié déjà existants.
En effet, G. de la Mare appartenait, comme on Ta déjà vu, à une famille normande, probablement la même, malgré des différences dans les armes, qu'une famille délia Marra originaire de Normandie, mais qui avait émigré à Naples et italianisé son nom-. Cette famille contracta des alliances avec les Filangieri, de sorte que Candida pouvait en quelque façon cousiner avec la branche restée française.
Guillaume de la Mare fut successivement le secrétaire de Robert et de Guillaume Briçonnet, et même, d'après Bretonneau, le confesseur de ce dernier. Il se réclame volontiers de la maison Briçonnet « in qua diù nutritus et educatus sum ^ » ; ce qui prouve qu'il fut très apprécié par les deux frères, Robert et Guillaume. Le premier l'emmena dans son ambassade en Allemagne S le chargea de composer Tépitaphe de son père^, de rédiger ses lettres de nomination à la charge de chancelier de France, d'écrire le discours^
1. G. Bretonneau, loc. cit., passim. — Non contents d'accueillir avec faveur les Italiens en France, ils allaient en Italie compléter leur éducation ; ainsi, on trouve à Bologne l'épitapbe d'un Jean Briçonnet qui était étudiant dans cette ville quand il y mourut en 1492. Quicherat, Bull, de ta Soc. des Antiquaires de France, 1876, pp. 204-205.
2. Casa Filangieri, pp. 100-101. — Cf. La Chenayc-Desbois, au mot Marc(La).
3. Recueil de lettres et de discours de Guillaume de la Mare, publié par Vatel en lôl4. — 44° lettre, adressée pav .Antoine Bobier, abbé de Féiamp et de Saint'-Ouen.