J. Guiffrcy, Rev. ni/mism., 18<J0, pp
établi déjà, fut, grâce à la rapidité de sa reproduction et à la facilité de sa diffusion, un des propagateurs les plus puissants de Tart italien. Le long séjour de notre médailleur en France prouve de nouveau que cet art n'attendit pas Tépoque de François l"",ni même le temps de l'expédition de Charles VI II pour se faire connaître et admirer par les artistes français.
Maintenant, se lamente qui voudi-a sur rinfluence, désastreuse à toutes les époques, de fart italien sur notre art national ; cette idée a ses tenants. D'une part, je ne vois pas qu'on puisse nier la supériorité de l'art italien vers la fin du xv" siècle; et, d'autre part, je ne puis comprendre ce que les artistes peuvent perdre, même de leur originalité, ])ar la contemplation de choses vraiment belles, qu'elles soient vivantes et encore instables dans la nature, ou bien définitivement fixées dans des œuvres supérieures à celles qu'ils peuvent voir autour d'eux.
En ce qui concerne Jean de Candida, nous le considérons, jusqu'à plus ample informé, comme un des artistes ayant le plus contribué à faire goûter l'art italien chez nous, et nous ne sentons pas en quoi son œuvre simple et savoureux, naturaliste et distingué à la fois, aurait pu mal impressionner nos artistes. Postérieur de peu à Pierre de Milan et à Laurana, moins réaliste que ces deux maîtres, délicat et pondéré, il était bien fait, au contraire, pour exercer une heureuse influence sur le génie français, toujours épris de vérité et ennemi des outrances.
Ainsi que les grands artistes de cette é[)oquc, Candida ne fut pas un « spécialiste ». Il ne se con-
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tenta pas seulement de modeler des médailles, il pratiqua aussi la grande sculpture, maniant, non seulement l'ébauchoir, mais aussi le ciseau, comme semble le prouver cette fin de la suscription de la lettre de Robert Briçonnet : « ... sculptoriie artis atque plastices hac ietatc omnium consummatissimo. » La plastique parait donc bien séparée de la sculpture proprement dite. Bien que Candida ait pratique ces deux arts, je suis cependant porté à croire qu'il s'attacha plutôt à la j:)lastique, dont la pratique se conciliait mieux avec sa vie de diplomate et ses fonctions auprès d'une cour toujours errante. La plastique permet d'improviser des œuvres avec la plus grande rapidité, en toutes circonstances et en tout lieu; en effet, dans la pratique de cet art, les matières premières sont communes et sans valeur, et il n'est pas nécessaire d'avoir une installation fixe et coûteuse. D'ailleurs, les médailles de Candida appartiennent purement à la plastique; elles ont toutes été modelées, puis coulées sans que le ciseleur ait eu à les retoucher. Cet art de la plastique fut, on le sait, cultivé pour lui-même et très en honneur en Italie pendant toute la durée du xv^ siècle. Les terres cuites, les stucs, les terres émaillées ou peintes abondent dans tous les musées de l'Europe. Sans vouloir nommer les plasticatori les plus illustres, il nous suffira de citer en ce moment le célèbre médailleur et graveur de médailles, Caradosso, qui exécuta des frises en terre cuite pour l'église San Satiro à Milan. Ce fut probablement Candida qui, prêchant d'exemple, fit connaître à la cour de France le mode-
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lage en terre, polychrome ou non. A cette époque, où le faste était considéré comme nécessaire pour rendre en quelque sorte tangible la puissance royale, pas un artiste de cour ne dut être apprécié à l'égal de notre Candida; celui-ci était aussi capable de diriger une négociation épineuse que d'organiser une entrée princicre ou une fête, d'en exécuter la décoration sculpturale, ou d'en célébrer l'éclat dans un latin pompeux. L'influence du plastic.o napolitain, J. de Candida, prépara ainsi la venue en France du plus célèbre des « plasticatori » et des maîtres de l'Ecole napolitaine, Guido Mazzoni, appelé aussi le Modanino ou le Paganino; cette influence fit que Charles VIII choisit, entre tous les artistes italiens, pour son sculpteur officiel, un représentant de l'art que Candida cultivait lui-même. Il faut ajouter que les exemples donnés par Candida et le Modanino dans la ville de Tours, centre artistique alors sans pareil en France, portèrent leurs fruits. Depuis la fin du xv'' siècle jusqu'à la fin du xvi", depuis Michel Colomb jusqu'à Germain Pilon et à Palissy, une foule d'artistes français ont employé les mêmes procédés que les Italiens.
Ce mot « plastices » expliqué, on peut se demander si le médailleur J. de Candida a été aussi graveur de sceaux et, par suite, de médailles? On serait porté à le croire au premier abord, car les expressions de la lettre de Briçonnet semblent formelles : «... epistolas figura; et imaginis nostrae sigillo impressas. » Cela nous paraît cependant assez douteux, car la technique de la gravure et l'instabilité de la cour à laquelle était attaché Candida se réunissent pour écarter cette
hypothèse. Personne, en effet, n'ignore les difficultés et les lenteurs de la gravure en creux; de plus, rien dans les œuvres de Candida ne rappelle le graveur ou Torfèvre; enfin, les sceaux à portraits sont exceptionnels à toutes époques et, en particulier, au xv^ siècle. Ne pourrait-on pas supposer qu'il ne s'agissait que d'une reproduction de médaille, en cire à sceller, ou d'un de ces estampages, d'une de ces empreintes en papier telles que savaient les faire alors tous les changeurs ' ?
Que Candida ait gravé ou non des médailles ou des sceaux, il n'en reste pas moins l'un des plus actifs propagateurs de la Renaissance italienne parmi nous. Nous verrons qu'il fut lié avec tous les humanistes, tous les Mécènes, tous les grands personnages de l'époque.
Nous venons d'indiquer ce que l'on sait actuellement de Candida et nous avons tâché de faire comprendre l'importance du rôle de cet artiste ; d'avance, nous avons dit qu'il était originaire du royaume de Naples. Il nous reste à compléter, autant qu'il nous sera possible, sa généalogie d'après le peu que donnent les publications et les documents napolitains.
Le nom de Candida est celui d'un fief situé dans le royaume de Naples et qui a appartenu à la grande famille des Filangieri, du xiii' siècle jusqu'au milieu du xv% époque à laquelle il passa à la famille Carrac-
1 J.-A. Blanchct, Le li'i'ie du changeur Duliamel, Ree. nuiiiisni.. 1891.
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ciolo'. C'est en 1269, qu'un rameau des Filangieri, suivant l'usage des familles françaises, prit le nom de ce fief et s'appela de Candida, formant ainsi une branche nouvelle, aujourd'hui représentée par M. le comte Berardo Filangieri, qui a repris récemment l'ancien nom de Candida. 11 est l'auteur de la rare publication déjà citée, Casa Filangieri. Nous ne pouvons le nommer ici sans nous acquitter de l'agréable devoir de lui offrir tous nos remerciements pour l'extrême obligeance qu'il nous a montrée.
Notre artiste appartient à la branche des Filangieri, patriciens de Bénévent, nobles de Nola, barons de Saint-Nicolas, de Tufara, de Gotignano, de Montaperto, etc. ^. Trois Giovanni de Candida ont vécu à la même époque '. L'un d'eux fut évêque de Bovino de 1477 à 1494; il est connu comme littérateur et légiste'', et ne peut être confondu avec notre diplomate-médailleur, dont il aurait été, chose bien extraordinaire, le grand-oncle.
L'autre eut pour père Nicolo, écuyer du roi; il obtint le titre de notaire du royaume et reçut l'autorisation de vendre à son bénéfice 400 chars de sel. Il aurait été secrétaire de la duchesse de Bourgogne en 1475 '.
Le troisième enfin, fils de Salvatore, noble de Bénévent, des barons de Saint-Nicolas, est désigné