‹ Jean de CandidaChapitre 59 sur 67 · R. de Maulde, pp. 135, 158, 218, etc · texte numérisé non relu

R. de Maulde, pp. 135, 158, 218, etc

d'Angoulême, qu'il tenait de son père, et celui de duc de Valois, que lui avait concédé Louis XII par lettres patentes du mois de février 1498.

La légende de cette pièce doit se compléter ainsi : « François, duc de Valois, comte d'Angolesme, au dixième an de son eage. » La forme habituelle de ce dernier mot, auxvi® siècle, est aage, mais on rencontre quelquefois la forme eage ; par exemple, dans l'acte d'inhumation d'une fdle d'Ambroise Paré, morte en 1582 « eagée de troys ans' ».

Mais quelle est l'origine de cette fameuse salamandre, qui apparaît pour la première fois au revers de notre médaille ? Les uns ^, suivant en cela Paradin, disent que François tenait ce symbole de son père Charles d'Angoulême, pour qui aurait été exécutée une médaille sur laquelle la salamandre était repréentée entourée de la légende italienne : « Nutrisco il buono e spingo il reo. » Cette pièce n'existe pas ; la mémoire de Paradin a été en défaut et lui a simplement fait attribuer au père la médaille du fîls'^.

1. Bnrdier, Reclificat. à l errata publié par Jal... (Ext. du Bull, de la Soc. (lu protestantisme français), p. 8. — Cf. Le Roux de Lincy et Anatole de Montaiglon, Glossaire de l'Heptameron, au mot aage.

2. Vulson de la Colombière, La science héroïque, Paris, 164'i, in-l'ol., p. 352. — Koehler, /oc. cit.,\,.\, p. 151. — fJ art de vérifier les dates, édit. Saint-Allais, 2" partie, t. VI, p. 157. — R. de Maulde, toc. cit., p. 33, d'après le P. Hilarion de Coste, Eloges et vies, pp .11, 67.

3. Paradin n'est pas le seul qui ait erré sur ce point. Lemaire de Belges, en tête du IIP livre des Illustrations , s'est trompé plus gravement encore en donnant la salamandre pour emblème à Louis .XII (R. de Maulde, loc. cit., p. 275) ; et il en est même qui l'ont attribué au prédécesseur de ce dernier ; une tapisserie du commencement du xvi" siècle, appartenant à M. Selucker, représente sous le cheval de Charles VIII une salamandre au naturel, contournée, avec la légende un peu modifiée : VIVIFICO EXTINGO. (H. -F. Delaborde, loc. cit., p. 605.)

D'autres, tels que Jacques de Bie, Mézeray, Benjamin Fillon \ etc., attribuent l'invention de cette devise à Artus Gozffîer, seigneur de Boisy. Mais il suffît de rappeler, ce que nous avons déjà indfqué, que » Boisy n'a été nommé gouverneur de François de Valois qu'après la condamnation du maréchal de Gié, laquelle fut prononcée seulement le 9 février 1506, et que notre médaille existait alors depuis deux ans.

D'autres enfin- font l'honneur de ce choix à François lui-même. Remarquons seulement que ce prince n'avait alors que dix ans et ne parlait probablement pas italien, son instruction ne venant, à ce momentlà, qu'après les exercices physiques^. 11 est infiniment plus probable que l'inventeur fut tout simplement l'humaniste italien auteur de la médaille. Il adressait ainsi un éloge au jeune prince, et lui donnait en même temps un conseil de morale, en lui enseignant de soutenir les bons et d'anéantir les méchants : promouvoir le bien et supprimer le mal, voilà quel devra être son but. Ici, François n'est pas la salamandre, comme on l'a toujours cru; il est la flamme ardente qui nourrit la salamandre, c'est-àdire les bons, les purs, et qui dévore tous les autres. En effet, le verbe italien nutrire et sa forme commune nutriscere, notriscere, signifie nourrir et non passe nourrir ; d'ailleurs, jamais les légendes n'ont dit que la salamandre nourissait le feu ; c'était déjà assez

Page 1