‹ Jean de Jandun et ses œuvres (1280-1328)Chapitre 8 sur 13 · Questions sur les livres de l’âme · texte numérisé non relu

Questions sur les livres de l’âme

du mérite à cela. L’on ne peut me demander autre chose ».

Cette foi résignée dissimulait-elle le scepticisme du philosophe, uniquement attentif — et cela dans son intérêt matériel — à faire acte de soumission aux enseignements de l’Eglise ? C’est ce qu’on arrive à se demander, surtout lorsqu’on voit, d’autre part, ses opinions évoluer subitement, au moment de ses démêlés avec le pape. On peut tout au moins admettre, avec Noël Valois, « que l’espèce de fascination exercée sur l’esprit de Jean de Jandun par les doctrines néo-péripatéticiennes et le trouble jeté dans ses croyances par ses études philosophiques l’ont prédisposé à devenir l’audacieux novateur et le prélat schismatique qu’il fut dans la dernière période de sa vie ».

Le Traité des louanges de Paris fut composé pour répondre aux attaques d’un écrivain anonyme qui avait trouvé singulier que Jean de Jandun eût fait l’Eloge de Senlis, et mis cette ville en parallèle avec Paris. C’est un ouvrage autrement intéressant que le « panégyrique pédantesque » de l’écrivain en question, qui n’est qu’une longue suite de phrases creuses, entremêlées de comparaisons empruntées à l’Ecriture.

On y trouve, en effet, les plus précieux renseignements sur le Paris du xive siècle, sur l’Université et ses quatre Facultés, sur Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, sur le Palais de la Cité, sur les halles des Champeaux, sur les industries parisiennes, sur les artistes et les ouvriers, sur la Seine qui est la grande voie d’approvisionnement de la ville, et enfin sur les mœurs et le caractère des habitants de Paris.

Bien que ce Traité, presqu’uniquement descriptif, n’ait aucun rapport avec les ouvrages antérieurs de Jean de Jandun, le philosophe prudent qu’il était s’y reconnaît encore. Ainsi quand il parle des théologiens de la rue de Sorbonne, disputant sur les questions religieuses qui lui ont causé le plus de soucis : « C’est dans ces questions, dit-il, que des hommes spéculatifs dont le regard n’est pas obscurci par le nuage des passions terrestres, livrent des combats intellectuels pour la découverte de la vérité. L’un objecte, l’autre résout l’objection ; l’un réplique, l’autre réfute. Et, pour me résumer en quelques mots, tout ce que, dans la discus-

sion de ces problèmes, l’un s’efforce d’animer et de fortifier d’une main puissante, l’autre, le bras levé, s’étudie à le renverser et à l’ébranler, sauf à confesser d'abord pleinement et de toute manière son attachement sincère et inviolable à V intégrité des articles de foi » *.

Plus loin, à propos du climat de Paris, et en raison de ce que ce climat est le meilleur de tous, il énonce la conclusion suivante, tout a fait inattendue, et qui ne s’explique guère que par le désir qu’il avait d’attirer l’attention du roi de France : « Je conclus de là, dit-il, non par flatterie, mais sous 1 impulsion de la vérité, que le gouvernement monarchique de tout l’univers appartient aux très illustres et souverains rois de France, du moins par le droit d’une impulsion native vers ce qui est mieux. Si l’on m’objecte, sur ce point, que j’accorde aux Français la prérogative qu’Aristote, le plus grand des philosophes, avait attribuée aux Grecs, je m’efforcerai de répondre à cette objection, selon que Dieu me le permettra, lorsque l’ordre m’en aura été donné par mon seigneur le Roi. » 1 2

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