‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 12 sur 105 · Q.UELQ.UES ERREURS DE VOCATION · texte numérisé non relu

Q.UELQ.UES ERREURS DE VOCATION

Où fit-il ses classes? « Sous des maîtres de campagne, dit l'abbé d'Olivet, qui ne lui enseignèrent

r. Relation d'un voyage de Paris en Limousin. Lettre VI. — Quand je

cite La Fontaine, je reproduis le texte de l'édition publiée par Henri Régnier (collection des Grands Écrivains de la France. Hachette et C").

que du latin. » En effet il ne sut jamais le grec, ou du moins ne le sut pas assez pour lire les textes dans l'original. Platon qu'il devait tant aimer, il ne le connut que par des traductions latines ou françaises.

Des témoins dignes de foi affirment qu'ils ont eu entre les mains un certain exemplaire de Lucien, dont on ignore, du reste, ce qu'il est devenu; sur la garde intérieure du volume ils ont lu ces mots : de La Fontaine bon garçon fort sage et fort modeste; puis sur une des pages du texte, Ludovicus Maucroix. On en a conclu que La Fontaine fut le condisciple de Louis Maucroix et probablement aussi de son frère François. La Fontaine et François Maucroix se tutoyèrent toute leur vie, et ce tutoiement, peu ordinaire au xviT siècle, fait croire que les deux amis se connurent dès le collège. Cette mention nous révèle encore qu'aux yeux de ses camarades, „La Fontaine passàîf^-pQur un « bon garçon, fort sage et fort modeste ». Modeste et bon garçon, il le fut durant toute son existence; quant à la sagesse, nous verrons.

La Fontaine étudia-t-il à Reims ou à Château- Thierry? Consolons-nous de l'ignorer. Nous savons seulement que de ce temps-là il a gardé un amer souvenir. Dans la fable de l'Ecolier^ le Pédant et le Maître d'un jardin^ il a mis un accent de colère,

presque de haine, qui ne lui est point habituel. Ce « bon garçon », dut être un écoUer très malheureux, s'il a été, dès son jeune âge, ce qu'il fut toute sa vie, rêveur, distrait et ami de sa liberté. Un enfant d'un tel caractère est une victime désignée à la méchante humeur des maîtres et à la cruauté des camarades. Voyez comme il se venge :

Certain Enfant qui sentoit son collège, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilège Qu'ont les pédants de gâter la raison...

Et les derniers vers de la fable :

Et ne sais bête au monde pire Que l'Ecolier, si ce n'est le Pédant.

Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, Ne me plairoit aucunement *.

Ses classes finies, La Fontaine s'avisa de prendre un état, ou les siens y songèrent pour lui. Or ce fut à l'état ecclésiastique que se destina le futur auteur des Contes. Peut-être à la suite d'une lecture pieuse, son imagination s'était-elle enflammée d'un de ces soudains enthousiasmes qui feront toujours la sur-

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