‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 60 sur 105 · I. Le Songe de Vaux. — Les Amours de Mars et de Vénus · texte numérisé non relu

I. Le Songe de Vaux. — Les Amours de Mars et de Vénus

Le bel officier se serait installé à Château-Thierry et y aurait passé sa vie auprès de M"*" de La Fontaine. On prétend même qu'il aurait, «sans doute», vécu aux crochets de sa cousine. Ce récit qui ne repose sur rien, a été inventé il n'y a pas longtemps, en 1894, par M. Salesse, principal du collège de Château-Thierry, qui a, par ailleurs, découvert quelques détails intéressants sur la famille de La Fontaine et sur celle de Marie Héricart. Depuis, il il a été repris, certifié, et amplifié par nombre de critiques qui en ont tiré les déductions psychologiques les plus saugrenues.

Sur son ménage, consultons encore La Fontaine. Par deux fois il a confessé ses torts. C'est d'abord dans les derniers vers des Aveux indiscrets.

Le nœud d'hymen doit être respecté,

Veut de la foi, veut de l'honnêteté.

Si, par malheur, quelque atteinte un peu forte

Le fait clocher d'un ou d'autre côté,

Comportez vous de manière et de sorte

Que ce secret ne soit pas éventé :

Gardez de faire aux égards banqueroute;

Mentir alors est digne de pardon.

Je donne ici de beaux coiiseils, sans doute :

Les ai-je pris pour 7noi-meme? hélas ! 71071.

Plus significative encore la soudaine réticence

qui, dans Philémon et Baiicis^ termine le tableau de la métamorphose des deux vieux époux :

Baucis devient tilleul, Philémon devient chêne.

On les va voir encore, afin de mériter Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter. Ils courbent sous le poids des offrandes sans nombre. Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre, Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort des ans. Ah si!.,. Mais autre part j'ai porté mes présents ^

Et autre part il les porta jusqu'à l'extrême vieillesse.

Quant à sa femme, dès le début de la première lettre du Voyage en Limousin ^ nous apprenons ce qu'il pensait d'elle, et nous savons les raisons, bonnes ou mauvaises, qu'il avait eu de porter ses présents autre part.

D'abord il accuse M^'^ de La Fontaine de n'aimer lire que des romans. S'il lui adresse le récit de son voyage, c'est dans l'espoir de lui donner ainsi le goût des lectures sérieuses. « Vous ne jouez, ni ne travaillez, ni ne vous souciez du ménage. » Il est admirable, La Fontaine : il reproche à sa femme I** de ne pas aimer le jeu, lui qui peut-être l'aimait

Page 1