‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 62 sur 105 · V. — LA FONTAINE AU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

V. — LA FONTAINE AU LUXEMBOURG

L'infortuné Jannart demeura longtemps à Limoges. Mais La Fontaine revint bientôt chez lui, ce qui semble prouver qu'il n'avait pas été véritablement exilé. Le 14 janvier 1664, il était à Paris où il obtenait un privilège du Roi pour l'impression de son premier recueil de contes.

La même année, le 14 juillet, il prêtait serment comme gentilhomme servant de M""' la Duchesse douairière d'Orléans, veuve de Gaston, qui vivait

retirée dans son palais du Luxembourg. La maison était triste et dévote. La Fontaine dut y passer des heures mélancoliques. Ses gages annuels n'étaient que de deux cents livres; mais sa fonction lui laissait de grands loisirs : il pouvait souvent retourner à Château-Thierry, il pouvait surtout aller retrouver ses amis, festoyer avec eux, leur lire ses vers. D'ailleurs il n'était plus, comme chez Fouquet, obligé à une redevance poétique. Il se contenta, durant son séjour au Luxembourg, de rimer une gentille épître pour le petit chien de M""^ d'Orléans, et un sonnet amoureux pour la divine Poussay, fille d'honneur de M"*' d'Alençon.

Que degràces, bons Dieux! Tout rit dans Luxembourg*.

Les quatre années de 1664 à 1668 sont celles où La Fontaine publie ses premiers chefs-d'œuvre : en 1664, un premier recueil de Nouvelles^ en 1665, la première partie des Contes et Nouvelles; en 1666, la deuxième partie des Contes et Nouvelles \^n 1668, les six premiers livres des Fables,

Comment, passé la quarantaine, La Fontaine a-t-il soudain secoué sa nonchalance? Gomment est-il, en si peu de temps, parvenu à produire tous ces contes

T. Souugt pour M'" de Poussay.

et toutes ces fables? Pourquoi s'est-il aussi tard appliqué aux deux genres où il allait tout de suite exceller? Pour les contes, on en trouve quelques modèles dans ses premiers essais : les Amours de Mars et de Véntis, dans le Songe de Vaux^ le récit d'Acanthe à la fin de Clymène sont déjà des contes, et des meilleurs. Mais les Fables ! avant l'apparition du premier recueil, rien n'avait annoncé cet art neuf et du premier coup porté à sa perfection. La source a soudain jailli des profondeurs étendant au soleil sa nappe limpide et abondante. C'est un des plus beaux miracles de l'histoire de la poésie.

Photo. Bois sonnas

Portrait attribué à François de Troy

(Bibliothèque de Genève)

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