II. — L EPIGURISME DE LA FONTAINE
D'abord de La Fontaine, car, dans l'hymne à la Volupté par où se termine le récit des aventures de Psyché, il fait, avec une sorte d'enivrement, l'aveu de son épicurisme.
De la Volupté il chante les appâts innombrables, l'ambition, la gloire, les plaisirs des sens.
Pourquoi sont faits les dons de Flore,
Le soleil couchant et l'Aurore,
Pomone et ses mets déhcats,
Bacchus l'âme des bons repas,
Les forêts, les eaux, les prairies,
Mères de douces rêveries?
Pourquoi tant de beaux-arts qui tous sont tes enfants? Mais pourquoi les Chloris aux appâts triomphants,
Que pour maintenir ton commerce?
J'entends innocemment : sur son propre désir
Quelque rigueur que l'on exerce,
Encore y prend-on du plaisir.
Mais, comme toujours, La Fontaine ne s'attarde pas aux lieux communs; il passe vite à un lyrisme plus personnel.
Volupté, volupté qui fut jadis maîtresse
Du plus bel esprit de la Grèce, Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi;
Tu n'y seras pas sans emploi :
J'aime le jeu ^ V amour, les livres^ la musique, La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Viens donc; et de ce bien, ô douce Volupté, Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine? Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté;
Car trente ans, ce n'est pas la peine.
Le dessin de cet hymne, ajoute-t-il, « ne déplut pas tout à fait à ses trois amis ». En effet, par la flexibilité de la période poétique, par l'harmonie des mots, par l'allégresse du rythme, de tels vers étaient faits pour ravir Racine et contenter Boileau. Jamais La Fontaine ne s'est livré avec plus de grâce à son « doux et tendre enthousiasme »*; jamais il n'a mieux dévoilé le fond de son âme diverse et heureuse.
Il a aimé le jeu ^ quoiqu'il ait parfois tenté de le