‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 65 sur 105 · I. Joubert · texte numérisé non relu

I. Joubert

nier; mais, cette fois, l'élan d'un vers admirable l'a forcé de ne rien cacher.

Il a aimé Vamour^ et les années s'écouleront sans que jamais il y renonce.

Ah! si mon cœur osoit encor se renflammer! Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête? Ai-je passé le temps d'aimer*?

Vaine inquiétude ! C'est à soixante et onze ans seulement qu'il aura passé le temps d'aimer.

Il a aimé les livres. Il les a aimés pour le plaisir de les lire, non comme un indigent qui va à la picorée ramasser des sujets, des pensées et des mots. Sans doute il y trouvera tout cela, mais sans jamais le chercher. Le plus original de nos poètes est peut-être celui qui a le plus emprunté aux anciens et aux modernes. La merveille est que, de ses imitations, de ses réminiscences, de ses larcins, il fit toujours du La Fontaine. C'est parce qu'il a aimé à la passion Platon, Horace, Ovide, Boccace, l'Arioste, Marot, Rabelais et vingt autres qu'il a pu, de leur suc, composer un miel dont la saveur est délectable et singulière.

Il a aimé la musique. Toute sa vie il rime des

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