I. Lettre à M"" de Champmeslé
découpa le scénario d'une farce dans le Roman comique de Scarron : La Fontaine écrivit les vers, et ce fut Ragotin^ comédie en cinq actes. Il mit ensuite sur la scène l'éternelle histoire du tuteur jaloux et dupé : La Fontaine habilla cette banalité d'une versification dont la verve fait songer à Regnard, et ce fut le Florentin^ comédie en un acte. Enfin il cousit ensemble deux contes de La Fontaine, les Oies du Frère Philippe et la Coupe enchantée^ puis pria l'auteur lui-même de mettre le tout en prose, singulière besogne pour un poète : La Fontaine s'en acquitta avec l'art le plus délicat et le plus ingénieux ^ C'était ainsi que M. de Champmeslé se consolait avec La Fontaine du départ et de la conversion de Racine.
De son côté, Racine demeurait tendrement attaché à son vieil ami, qui, avec son incurable indolence, oubliait parfois de lui écrire. L'autre alléguait sa paresse et finissait par envoyer ses derniers vers en y joignant cette charmante recommandation : « Ne les montrez à personne, car M'"^ de La Sablière ne les a pas encore vus ». Pour un mot pareil, que Racine n'eût-il pardonné à La Fontaine? Nous le retrouverons au lit de mort de son ami.