‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 73 sur 105 · VI. — QUELQUES AUTRES AMITIÉS DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

VI. — QUELQUES AUTRES AMITIÉS DE LA FONTAINE

La Fontaine eut beaucoup d'autres amis moins illustres que Molière, Racine et Boileau. Ce fut d'abord Chapelle qui, pour avoir été le compagnon de trois grands poètes, est immortel : « tout aviné qu'il est et chancelant, dit Sainte-Beuve, il se voit, bon gré mal gré, reconduit à la postérité d'où il s'écarte, donnant un bras à Molière et l'autre à Despréaux ». Puis des amis d'enfance, comme Maucroix, le plus cher de tous; Pintrel, traducteur de Sénèque, pour lequel il mit en vers français les vers des poètes cités par l'auteur latin ; Furetière, le

seul avec lequel il se brouilla; mais ce fut une brouille terrible. L'auteur du Roman bourgeois avait fait un Dictionnaire au mépris du privilège de l'Académie; aussi l'Académie, dont il faisait partie, résolut-elle de l'exclure. Bien qu'ami du coupable, La Fontaine vota l'exclusion. Furetière se vengea par une suite de factums où il traita son ancien ami d'Arétin mitigé ^ lui reprocha de choquer dans ses contes « les bonnes lois et notre religion », incrimina ses mœurs, et s'en prit même au maître des eaux et forêts, affirmant que cet ignorant devait recourir au Dictionnaire universel pour connaître « ce que c'est que du bois en grume, qu'un bois marmenteau, qu'un bois de touche et plusieurs autres termes de son métier, qu'il n'a jamais su ». A quoi l'autre répondit en lui rappelant que Guilleragues l'avait un jour bâtonné :

Le bâton, dis-le nous, étoit-ce bois de grume Ou bien du bois de marmenteau?

Aux amis de La Fontaine, il faudrait encore joindre La Rochefoucauld auquel il dédia deux fables. M""" de La Fayette, à laquelle il envoya une pièce charmante terminée par ce vers divin :

Je vous aime, aimez-moi toujours,

et surtout les deux femmes dont l'amitié charma la seconde partie de sa vie et dont nous parlerons bientôt : la duchesse de Bouillon et M™° de La Sablière.

Si, hormis ce hargneux de Furetière, tous ses amis et toutes ses amies restent fidèles à La Fontaine, c'est qu'il met à les conserver son cœur et son esprit. En amitié comme en amour, il est souvent ailleurs, mais ces absences se pardonnent plus facilement à un ami qu'à un amant. Après une fugue à Chaûry, à la campagne, chez Chloris, on le voyait revenir prévenant, complimenteur, les mains pleines des plus jolis cadeaux qu'un poète puisse faire à ceux qu'il aime : des dédicaces, des louanges, des vers charmants. Il savait l'art d'être ami. Là-dessus, comme sur le reste, c'est lui, toujours lui qu'il faut écouter : relisez les Deux amis, c'est une de ses plus belles fables, et elle nous livre le secret des douces affections qui entourèrent et consolèrent sa vie.

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