I. La Clochette^ v, i et suiv
l68 JEAN DE LA FONTAINE
pruderie, il est aujourd'hui général : il était rare au temps où parurent les Contes, et nous tenons ici le meilleur argument que La Fontaine ait pu invoquer. Il l'a invoqué dans sa défense, lorsqu'il a fait cette remarque : « Ce n'est pas une faute de jugement que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de contes un peu libres ». Non, ce n'était pas une faute de jugement. Quand Boileau montrait les agréments de Joconde^ il ne disait rien du caractère licencieux de cette nouvelle. Chapelain recevant le premier recueil de Contes félicitait l'auteur, et lui écrivait qu'à sa place « il se délasserait quelquefois de ses études graves entre les bras des muses gaillardes qui le traitaient si favorablement ». Relisez les lettres de M™^ de Sévigné : vous verrez sur quel ton elle parle des Oies de frère Philippe^ des Rémois^ du Petit Chien ^ et de quel cœur elle loue Bussy d'avoir pris la défense de La Fontaine contre Furetière. Les premiers Contes avaient paru en 1664, et c'était seulement onze ans plus tard qu'une sentence de police les venait interdire. Le jour où l'Académie délibéra sur la candidature de La Fontaine, l'un des académiciens, Rose, secrétaire du Roi, jeta sur la table des séances un exemplaire des Contes : l'Académie n'en élut pas moins La Fontaine à l'unanimité.