‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 93 sur 105 · I. Lettre à M. de Bonrepaus, 31 août · texte numérisé non relu

I. Lettre à M. de Bonrepaus, 31 août

ment son amie, la payait en vers charmants de ses attentions et de ses conseils, mais s'évadait, à la première occasion, pour retourner chez le grand prieur, chez M""® Ulrich, ou ailleurs.

C'est sous les ombrages de Bois-le-Vicomte qu'il nous plaît de nous représenter La Fontaine septuagénaire, tel que nous le montre l'admirable portrait aujourd'hui conservé au musée de Versailles : dans un visage dont la sécheresse et les rides laissent voir le ravage des années et la fatigue de la vie, des yeux brillant d'une juvénile, d'une enfantine clarté, un long nez qui flaire toutes les voluptés, des lèvres fines et malicieusement serrées, un fort menton dont la rondeur intacte trahit toutes les sensualités. Voilà bien le héros de la mésaventure, que lui-même a, un jour, si joliment contée dans une lettre à Vergier :

Qu'avoit affaire M. d'Hervartde s'attirer ia visite qu'il eût dimanche? Que ne m'avertissoit-il? Je lui aurois représenté la foiblesse du personnage, et lui aurois dit que son très humble serviteur étoit incapable de résister à une fille de quinze ans qui a les yeux beaux, la peau délicate et blanche, les traits du visage d'un agrément infini, une bouche et des regards... Je vous en fais juge; sans parler de quelques autres merveilles, sur lesquelles M. d'Hervart m'obligea de jeter la vue. Que ne me fit-il la description tout entière de M'^® de Beaulieu? Je

serois parti avant le dinôç; je ne me serois pas détourné de trois lieues comme je fis, ni n'aurois été, comme un idiot, me jeter dans Louvres, c'est-à-dire dans un village qui n'en est écarté que d'un quart de lieue, plus loin de Paris que n'en est Bois-le-Vicomte. La pluie me fit arrêter près de deux heures à Auney. J'étois encore à cheval qu^il étoit près de dix heures. Un laquais, le seul homme que je rencontrai, m'apprit de combien j'avois quitté la vraie route, et me remit dans la voie en dépit de M''" de Beaulieu, qui m'occupoit tellement que je ne songeois ni à l'heure ni au chemin. Mais cela ne servit de rien : il fallut gîter au village. Vous voyez, monsieur, que, sans la visite qu'elle nous lit, je n'aurois pas eu un gîte dont il plaise à Dieu vous préserver. J'eus beau dire l'oraison de Saint Julien, M"'' de Beaulieu fut cause que je couchai dans un malheureux hameau... K

Et pendant trois jours La Fontaine rêve de M"** de Beaulieu; puis il écrit à Vergier pour le charger de remettre à la jeune fille une jolie déclaration :

Amarante est jeune et belle; Je suis vieux sans être beau, Et vais pour quelque rebelle M'embarquer tout de nouveau.

Il s'embarque, et, dans ses petits vers, le Printemps, l'Aurore, les lis, les roses, toutes les antiques

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