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par .-"ii grand-père, consentit à y
ster. Eli».' était assise à la droite du maréchal, qui avail à 98 gauche madame 'de Rothe.
spectacle commença par les Fausses Infidélités, une petite pièce du poêle provençal Barthe, dont le succès s'est maintenu pendant plus d'un demi-siècle. LaClairville y jouait un rôle de grande coquette. Le maréchal, qui ne l'avait pas revue depuis le s avril, voulut passer sur la scène pour la complimenter.
— Ravissante! dit-il en lui glissant la main SOUS le menton.
Mais la < lairville fit une moue.
— Monseigneur ne m'a donc: pas oubliée tout à fait ? murmura-t-elle.
— T'oublier, toi, mon enfant? Qui est-ce qui le lait supposes cela?
— ( Cst que monseigneur m'avait promis...
— Qu'est-ce que je t'avais promis?
— ta bi€D, monseigneur... De ■etrourer mes diamants.
— Eh quoi ! s'écria-t-il, cette vieille histoire n'est donc pas terminée?
— Son Excellence veut rire ! dit la Clairville.
— Non, la peste m'étouffe ! Je croyais que depuis longtemps Lafargue t'avait fait rentrer en possession de tes bijoux.
La Clairville haussa les épaules.
— M. Lafargue s'est d'abord reposé sur un de ses agents qui, pour m'allécher, a commencé par retrouver un de mes colliers...
— Eh bien ! voilà un résultat.
— Oui... mais il s'est arrêté là.
— C'est au moins singulier, fit Richelieu ; comment s'appelle cet agent?
— M. Sernin, répondit la Clairville.
— Sernin ? répéta le maréchal, qui inscrivit ce nom sur un petit portefeuille brodé en or fin.
Et il ajouta :
— Allons, ma fille, je vois qu'il faut que je m'occupe moi-même de cette affaire... Lafargue n'est qu'un niais, et je crains bien que ton agent ne soit qu'un chevalier d'industrie. Je vais mettre sur-le-champ ma contre-police enjeu.
— Ah ! monseigneur, que vous êtes bon !
JEAN DE LA REOLE '22û
— • Pour commencer, j'ai besoin qu'on m'envoie un rapport sur ce Sernin.
A ce moment on entendil un grand remueménage sur la scène.
C'était L'École de danse qui faisait irruption. On allait exécuter un ballet de Dauberval.
Figurez-vous une trentaine de fillettes plus fraîches et plus rosées les unes que les autres.
Elles s'empressèrent joyeusement à L'aspecl de Richelieu et s'écrièrent en battant des main- :
— Ah! papa Maréchal! papa Maréchal!
C'était son surnom de coulisses.
Elles se suspendirent à ses bras, grimpèrent sur ses genoux, le sollicitant de tirer sa boîte à bonbons, qu'elles eurent bientôt fait de mettre au pillage.
Et les rires et les cris de recommencer de plus belle :
— Papa Maréchal ! Vive papa Maréchal!
— Voyons, mesdemoiselles, vous allez incommoder Son Excellence! lil vainement le
— Mais non! mais non! répliqua Richelieu en riant ; laissez jouer ces petites folles. . .
Cependant Beck, le chef d'orchestre, fit entendre le signal de l'ouverture.
Richelieu eut beaucoup de peine à r< gner sa place, où l'attendait madame de Rothe. Elle l'accueillit par ces paroles, en jouant de l'éventail :
— Fus foilà, maufais zichet! D'u fenez-fu gomme za?
Richelieu lui baisa la main pour toute réponse.
Nous nous abstiendrons de suivre cette fête pas à pas, et de promener le lecteur à travers les joyeux méandres du bal. Le maréchal voulut danser la première contredanse avec madame de Rothe; il fut étonnant et fit montre d'un vigoureux jarret, digne d'un jeune homme.
A la dernière figure, comme il « tombait en position, » il se trouva soudainement vis-àvis du duc de Fronsac, qui venait d'arriver. - L'ébahissement de celui-ci fut complet.
Après avoir joui en silence pendant quelque temps de sa stupéfaction, le maréchal lui
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adressa cette question d'un ton sardonique:
— Eh bien! monsieur, qu'en dites-vous?
— Ma foi, mon père, je crois rêver.
— En feriez-vous autant ?
— J'en doute inwnnura Fronsac.
— Et cependant, vous n'avez guère tjue quarante-cinq ans.
— Quarante-quatre, répli(jua-t-il vivement.
Et le maréchal s'arrêta à le regardieT avec une indicible expression de moquerie.
— Far la sambleu! reprit-il, le moment est venu de vous apprendre une nouvelle qui vous touche particulièrement.
— Moi. monsieur le maréchal?
— Vous-même, monsieur le doc
— Parlez, je vous prie.
— Apprenez doue, dit lentement Richelieu, en calculant L'effet de ses paroles, apprenez donc... que je me remarie.
ic demeura bouche béante, il crut
D tendu.
— Vous vous remariez?,*, balbutia-i-il;
pour la troisième i'.>is *... : iible?
— Très possible... Voilà madame de Rothe qui peut vous l'affirmer, dit Richelieu en désignant la jolie chanoinesse, restée souriante à côté de lui.
— Madame de Rothe ?...
Les regards de Fronsac allèrent comme hébétés de celle-ci au maréchal.
— C'est une plaisanterie ? murmura-t-il.
— Une plaisanterie qui ne peut tourner qu'à mon bonheur, dit Richelieu... Et si, comme j'en ai le pressentiment, le ciel veut bien m'envoyer un nouveau rejeton...
Ici, madame de Rothe rougit sous l'éventail.
— Je le mettrai dans l'Eglise... vous savez, Fronsac, que cela a toujours porté bonheur à notre famille.
Richelieu reçut un matin le rapport que voici :
«• Notejoour Son Excellence le maréchal duc de Richelieu, gouverneur de la Guienne.
» Sernin (Jean-Jantet), né à Caudrot, âgé de vingt-six ans, sans profession, né de parents cultivateurs et pauvres.
» Taille ordinaire, ligure agréable.
» Bouche moyenne, dents blanches.
»> Petits pieds, petites mains.
» Iintelligence active; a reçu un commencemenl d'éducation chez un curé de village.
» A douze ans. a été embarqué mousse à bord delà Cérès.
» De retour en France, a suivi une troupe de saltimbanques.
1 »n le retrouve à la tète d'une bande de petits vauriens: est condamné plusieurs fois, pour vol, à la prison.
» Il est embauché par la police de Bordeaux; il entre dans la brigade de M. Dutasta, où il se fait remarquer par quelques captures importantes.
» Au bout de quelque temps, la femme du directeur, madame Lafargue, demande sou renvoi, pour un motif resté inconnu.
» Sernin recueille chez lui une jeune bouquetière des rues connue sous le nom de Roberte... »
A ce nom, le maréchal de Richelieu interrompit sa lecture.
— Roherte ! s'écria-t-il; ma petite-fille!... une telle liaison avec ce handit, cet aventurier! Il n'y a pas à douter: Roberte, la
bouquetière des rues le rapport est précis... quelle honte!
Et il rougit comme il n'avait jamais rougi de sa vie, lui, l'altier gentilhomme, le duc et pair, le second du royaume, comme il se plaisait à se nommer lui-même.
Il cacha sa tête entre ses mains.
— Heureusement que je ne l'ai présentée que sous le masque... et à peu de personnes, murmura-t-il ; quel parti prendre?
Dans le commencement, le maréchal avait pensé, non pas à la reconnaître publiquement, — cela aurait compromis la mémoire de la comtesse d'Egmont, — mais à l'adopter, ce qui tranchait tout.
Avec un semblable passé, cela n'était plus possible.
Ayant jugé ainsi, il froissa le rapport et le jeta par terre. Puis, il s'abîma dans une longue méditation.
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— Hélas! pensa-t-il, s'il doit y avoir un châtiment pour tout le monde, n'est-ce pas le mien qui commence? Suis-je donc encore une fois frappé dans ma paternité ? Et moi qui croyais que mon bonheur allait recommencer, et que cette Roberte allait me rendre ma Septimanie !
Et il sonna pour qu'on fit prier mademoiselle Roberte de passer chez lui.
• juiinont crut devoir convenable de charmadame Rousse de cette commission.
Après un temps assez long, ce fut madame Rousse qui se présenta chez le maréchal.
S d visage trahissait un trouble évident.
— Monseigneur... balbutia-t-elle.
— Qu'avez-vous, madame Housse?
— Votre Excellence ne va pas manquer è étonnée de ce que je vais lui apprendre...
— Voyons, madame Rousse.
— Les domestiques onl cherché dans toute la maison el dans tous les jardin.-...
— Eli bien !
— On n'a pas trouve mademoiselle Robei
— Est-ce possible? s'écria Richelieu.
— ■ Vous pensez, monseigneur, si j'ai envoyé tous vos gens à sa poursuite et si j'ai visité ses promenades favorites jusque dans leurs moindres recoins.
— C'est incompréhensible !
Et le maréchal voulut se mettre lui-même en campagne, pendant qu'il envoyait la police de Libourne dans toutes les directions.
Il nous reste à faire connaître au lecteur les événements qui avaient préparé et motivé cette extraordinaire absence.