‹ Jean de la ReoleChapitre 25 sur 27 · EN PARTANCE POUR AMSTERDAM · texte numérisé non relu

EN PARTANCE POUR AMSTERDAM

La goélette la Tulipe notre D'ici au 30 de 6G moi*.

pesser à M. Ausas, courtier maritime, rue du Couvenl. 5, et chez M. Le Consul de Hollande, cours deTourny. »

— Allons, en route pour la Tulipe noire, ria Loupiac.

— Prenons garde ! ditmadame Peyrecave, rendue méfiante, car Loupiac lui avait tout confié, autant par le besoin de confidence qui

il tout misérable que par la nécessité d'un complice.

La belle cabaretière l'avait aidé à cacher les diamants, et pour cela elle lui avait prêté i\i\ ce qui expliqur Les fréquentes visites que Loupiac y faisait dans un double motif.

A présent, il fallait s'attendre à ce que in vint redemander son « dépôt » à Lou- . Ce fut dans cette attente pleine d'angoisse que celui-ci passa la nuit entière. Au matin, Loupiac avait son plan combiné aposé.

25 ô JEAN DE LA RE0LE

A l'heure convenue, Jean de la Réole se présentait de nouveau au Repos des Navigateurs; il y rencontrait cette fois Loupiac. qui lui sautait au cou en l'apercevant.

— Cadédis ! que je suis aise dé té hoir !

— Mordious !. mon plaisir est égal au tien !

— Mon cher Jean !

— ■ Mon cher Loupiac !

— Madame Peyrecave m'a annoncé ton arrivée. Asseyons-nous.

— Volontiers.

— Et trinquons !

— Trinquons comme autrefois !

— Comme toujours !

La bouteille d'usage apportée, les deux amis s'attablèrent, et causèrent tout en s'observant.

— Excuse-moi, Loupiac, de n'être pas venu plus tôt chercher de tes nouvelles... j'étais en voyage.

— Et moi aussi.

— Comme cela se trouve !

— J'étais dans le Bas-Médoc.

— Et moi dans lé Haut-Médoc. J'abais été

déguster une partie dèbinspour lé compte «le madame Peyrécavé.

— A ta santé !

— A la tienne !

Le moment était venu de commencer les hostilités.

Jean ouvrit le l'eu.

— Ainsi, tu n'es pas venu me voir plate Saint-Rémy?

— Non.

— Non ?

— Non, répondit Loupiac; cela ne m'a

possivle.

— C'est singulier ! murmura Jean de la 'le; on m'avait dit... j'aurais cru...

— < Mi t'a trompé. Je n'ai pas mis les pieds chez toi dépuis quinze jours.

— Bien vrai ?

— Vien brai !

— Ainsi, j'y rentrerais aujourd'hui que j'y retrouverais tout en place?

— 'Je l'espère, dit jésuitiquement Loupiac, sans s'engager davantage.

— Tout?... répéta Sernin.

El après quelque hésitation :

— Même mes diamants ?

— Tes diamants ! s'écria Loupiac avec une candeur admirablement jouée, qu'est-ce que tu chantes-là ? Tu abais des diamants, toi ?

— Moi-même.

— De brais diamants ?

— Assurément, Loupiac. Mais, en vérité, tu le sais aussi bien que moi. Abrégeons. J'y suis rentré aujourd'hui, chez moi.

— Eh bien?

— Eh bien ! mes diamants m'ont été volés...

— Tu radines ? dit Loupiac, employant une locution bordelaise entre toutes.

— Et volés par toi !

Loupiac bondit à ce mot.

Puis un regard terrible fut échangé entre ces deux hommes.

— Tu parles sérieusement, Jean?

— Sérieusement, Loupiac.

Jean se leva et fit quelques pas en long et en large dans le cabaret.

— Je comprends que ce coup t'ait tenté, dit Jean, un vrai coup d'amateur.

— Cesse ce jeu.

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l'avoir regardé en silence pendanl quelques minute

— Ainsi, tu nies toujours? dit Jean.

— Toujours.

— Voyons, Loupiac... décidément?

Et il ajouta:

— Loupiac, ta femme est du complot; je la ferai parler...

— En es-tu sûr? dit Loupiac dont le front se plis

— Je la ferai parler ou disparaître.

A un moment donné, on vit briller comme un éclair d'acier aux mains de Loupiac.

— Oh! ça? dit Jean avec un sourire munit.

— Si c'est le seul moyen?

— Je te croyais un garçon d'esprit.

— J'ai mes jour-, répondit Loupiac devenu soin].

— Eh bien! puisque tu me «lis ce que tu is homme à faire, je vais te dire à mon

tour ce que je ferai, moi, car ne complc pas je renonce à mon trésor et que je me

condamne à l'inaction. A partir d'aujourd'hui, ûs te di'-norffeerà La bande de Jean de La

Réole, comme ayant volé l'argent commun, l'argent de tous, l'argent qui est sacré. Réfléchis-y bien, Loupiac. Ce n'est pas peu de chose d'être mis à l'index de la bande à Jean de la Réole ; c'est une inquisition autrement sérieuse que l'autre. Ne crois pas y échapper. Tu as eu tort d'entreprendre une lutte où tu es seul et où tu succomberas fatalement. Le ciel m'est témoin que je t'ai prié, adjuré, supplié. Prends garde, Loupiac. Une fois sous la surveillance de la bande dont tu as fait partie, tu vas être filé du matin au soir, depuis le moment de ton réveil jusqu'à l'heure de ton coucher. La bande à Jean de la Réole aura pour auxiliaire la police municipale et la police du gouvernement, avec moi pour chef. Au cas où ta résistance se prolongerait, on peut te séquestrer dès demain et te prendre par la famine. Loupiac, ce verre de vin est probablement le dernier que nous échangions ensemble. Nous allons suivre deux voies opposées. Ennemis désormais! J'aurais pu commencer aujourd'hui le combat; j'ai ton mandat d'amener en poche, et six hommes à la porte. Mais je veux te laisser jusqu'à demain

le temps de la reflexion. Tu es averti, ta femme aussi, — qui nous écoute derrière cette porte.

A présent, Loupiac, adieu.

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