DEPART
Stupeur bien justifiée du couple Loupiac- Pey recave!
Que devaient-ils faire?
Devaient-ils renoncer aux quatre cent mille livres qui étincelaient au fond de leur cave ?
Loupiac aurait été tenté de dire oui, devant les menaces de Jean de la Réole, — mais madame Peyrecave disait non et prétendait risquer le tout pour tout.
L'important était de transporter de la cave à bord de la goélette les tonnelets remplis de bijoux et jouant les fûts d'alcool,
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subterfuge renouvelé des Mille et une Nuits Ce transport ne pouvait s'effectuer que la
nuit, au moyeu d'un canot discret, monte par des hommes fidè
11 n'y avait pas de temps à perdre, car il était probable que Jean de la Etéole, piqué au jeu, allait déployer toutes les ressources de son esprit. Déjà même Loupiac se sentait considérablement gêné par les agissements publics ou secrets des agents mis à ses trousses. Comme Jean le lui avait promis, ses émissaires ne le perdaient pas de vue un seul instant, et il ne pouvait faire un pas sans les sentir à côté de lui.
On attendit donc et l'on choisit une nuit bien ténébreuse, imprégnée d'un de ces brouillards épais à couper au couteau. Tout avait ete habilement prépare ; les passeports avaient ete [iris pour Amsterdam, sous deux faux noms.
Donc, après minuit, l'évasion des deux complices fut résolue, à l'heure où, le Long • le- quais, les surveillants et les gens de douane cèdent au sommeil, blottis dans leurs capotes d'uniformes.
C'était un spectacle fantastique que de voir cette embarcation filer comme une flèche sombre à travers cette forêt de vaisseaux immobiles. On n'entendait pas le bruit des rameurs. A l'arrière, Loupiactenait la belle cabaretière enveloppée dans un vaste manteau. Ils n'échangeaient aucune parole. On eût dit des ombres ne trahissant leur existence que par des mouvements confus et se dirigeant vers un pays invisible.
On toucha à la goélette où personne ne semblait veiller, et où cependant il se trouva du monde pour recevoir la riche et mystérieuse cargaison soigneusement dissimulée.
On était au petit jour quand la Tulipe Noire appareilla.
Les deux fugitifs avaient passé le reste de la nuit la tête de l'un sur l'épaule de l'autre, — en proie à une inquiétude qui allait s'évanouissant à mesure qu'ils s'éloignaient de Bordeaux.
Le soleil qui se leva sur les larges eaux de la Garonne dissipa les dernières transes qu'ils pouvaient éprouver. Maintenant il leur pa-
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raissail impossible d'être poursuivis. Et cependant ils tressaillaient et se cachaient comme malgré eux. Involontairement, lorsqu'on passa près du phare de Cordouan, ils se réfugièrent dans l'intérieur du navire, connue s'ils craignaient d'être reconnus à distance.
Dès ce moment, le voyage se fît le plus heureusement du monde. Avec la sécurité, le repos était revenu; et, avec le repos berceur les beaux projets d'avenir, les rêves irisés et flottants. Certains d'être inconnus, ils allaient pouvoir se défaire impunément de leurs bijoux, — la Hollande n'était-elle pas le pays par excellence des riches vendeurs Israélites, dos brocanteurs à bonnets fourrés, des alchimistes, des marchands à la mode de de Rembrandt, des orfèvres brodés d'or sur toutes les coutures?
rendant qu'ils voguaient ainsi vers la Venise du Nord, que se passait-il à Bordeaux après le départ de la Tulipe Noire? Jean de la Réole avait été frappé comme d'un coup de foudre de la double disparition de Loupiac et de madame i ive. L'humiliation qu'il
en ressentit fut cruelle et profonde ; son prestige allait s'en trouver sensiblement amoindri. Et toute la bande à Jean de la Réole qu'il avait inutilement dérangée, et qu'il fallait renvoyer à présent ! Et ce Loupiac qu'il avait calomnié ! Fanfaronnade ! Mensonge ! — Comment Sernin allait-il oser sereprésenter devant le maréchal de Richelieu ? Pourrait-il jamais sortir d'un pareil imbroglio?
Jean ne renonça pas cependant à la découverte de la vérité. Il erra sur plusieurs voies qui retinrent trop longtemps son. attention ; il aurait mieux fait de consulter les registres de la navigation, ce dont il s'avisa trop tard. Il y aurait appris la date du départ de la Tulipe Noire pour Amsterdam, emportant à son bord deux passagers inscrits sous les noms de « M. et madame Giraud ».
Enfin, un des premiers jours de mai 1780, la goélette la Tulipe Noire fît son entrée dans le port d'Amsterdam. La matinée s'annonçait comme une des plus belles du printemps. Au moment où M. et madame Giraud, gais et souriants, mettaient le pied sur la terre
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hollandaise, ils virent se dresser devant eux un jeune homme qui semblait les attendre depuis quelque temps avec impatience.
< l'était J»-an de la Réole.