D APRES UN PASTEL
Louis-François-Armand du Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, pair et premier maréchal de France, chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, son lieutenant général, gouverneur de la haute et basse Guienne, noble Génois, membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences, etc., etc., etc., avait, à l'époque de notre récit, quatre-vingt-quatre ans sonnés ; — mais sans aller aussi loin que ses flatteurs, on peut affirmer qu'il réussissait parfaitement à en dissimuler... une douzaine.
La taille commençait à se voûter, mais la
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tète avait gardé toute son expression de nobles»' et d'esprit, — d'esprit surtout. Il y avait du Voltaire dans ce nez pointu, dans ces yeux perçants, dans cette bouche sarcashque.
Né ."i sepl mois, il avait été élevé littéralement dans une « boite à eoton ».
On peut dire qu'il a vécu toute sa vie dans celte boiti'-là. Sa jeunesse et son éducation furent celles d'un prince Charmant; à quaans, il était beau comme Adonis. Présenté à la cour, il commença déjà à y exercer cette puissance de séduction qu'il devait conserver si longtemps. Madame de Maintenon, qui s'en était endiablée, écrivait à son père : « Votre Gis plaît au roi et à toute la cour ; il fait très bien tout ce qu'il fait; il danse très bien, il joue honnêtement, il est à cheval à merveille, il n'est point timide, il n'est point hardi, etc., etc. »
Heureux père! dira-t-on en lisant ce portrait tiare d'un pinceau si caressanl par la vieille prude ; et l'on se trompera du i<mt au tout, car au bout de quelque temps, le père inquiet de cette trop grande et si précoce fa-
veur, sollicitait lui-même et obtenait de Louis XIV une lettre de cachet pour son fils et il enfermait bel et bien à la Bastille le nouvel Adonis. On trouva le père bien sévère et le vieux roi bien bourru ; mais qu'attendre de ces barbons? Le jeune Richelieu profita de son séjour à la Bastille pour apprendre à lire Virgile couramment ; en revanche, son précepteur qu'on avait enfermé avec lui, ne put jamais lui apprendre l'orthographe.
Il ne quitta la Bastille que pour le champ de bataille ; l'apprenti courtisan se fît apprenti soldat, et il ne perdit point à cette transformation. Il assista à la prise de Fribourg et il eut le bonheur d'être blessé, ce qui lui valut d'être envoyé par Villars au roi Louis XIV en personne pour lui annoncer la reddition des forts. Le roi voulut bien féliciter son prisonnier de la Bastille, qui s'en montra vivement touché et demeura depuis constamment fidèle à sa mémoire. Il ne retrouva pas les mêmes sentiments pour le Régent, en qui il ne voulut voir qu'un rival en amour et qu'un adversaire en politique, et contre lequel il conspira à la fois étourdiment et ridiculement.
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Rien n'aurait été plus facile a Philippe que de se venger, el terriblement; mais par sa gêné- », il >.' montra supérieur à Richelieu. i >n se ferait difficilement une idée de L'existence dissipée de celui-ci pendant cette période :
C'était la Régence alors,
Et, sans hyperbole, Grâce aux plus drôles de corps,
La France était folle.
Le plus drôle de ces corps, c'était incon-
iblement Richelieu. Le nombre de ses
maîtresses était incalculable ; le chœur en
était mené par mesdemoiselles de Valois et
de Charolais, les deux propres filles du
■ut ; — et par la princesse de Conti,
la maréchale de Villars, la duchesse d'Al-
bret, madame d'Averne, la propre maîtresse
l'hilippe d'< Irléans.
Qui citait-on encore? Madame de Clagny, madame d'Alincourt, madame d'Anceny, madame de Parabère, madame de Duras. C'était La fureur des paris, et Richelieu était heureux à lous les jeux. Il parie d'avoir madame de liriant, sage alors, et il gagne la gageure
dès La première semaine. En même temps qu'à madame de Guèbriant, il cherche à plaire à madame de Villeroy, qui était ce qu'il y avait de plus joli à la cour, et cela lui coûte peu d'efforts, car M. de Villeroy délaissait sa femme et lui laissait recevoir une jeunesse brillante, tandis que lui s'en allait « manger un gigot avec des filles de comédie ». Peu de temps après, Richelieu cède madame de Guèbriant à Charlu et lui enlève madame de Duras. Mais ce qui mit le comble à sa réputation, ce fut le duel qui eut lieu pour lui, en plein jour, dans le bois de Boulogne, entre madame de Polignac et madame de Nesle.
Entre temps, il lui prit la fantaisie d'entrer à l'Académie française ; il pensa que cela lui ferait honneur auprès de ses maîtresses. Les académiciens, de leur côté, se regardèrent comme trop honorés de le recevoir. Il avait alors vingt-quatre ans.
On a prétendu que trois académiciens, Fontenelle, Destouches et Campistron, s'étaient offerts pour lui composer son discours de réception. Richelieu trouva que