‹ Jean de la ReoleChapitre 4 sur 27 · N DB LA RE0LI · texte numérisé non relu

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(•'•■lait beaucoup d'académiciens pour pou de chose. En ces temps-là, les discours académiques n'avaient ni la môme importance, ni mômes dimensions qu'aujourd'hui. On se contentait d'un compliment de quelques s; Richelieu jugea qu'il était suffisamment apte à cette besogne — orthographe à part — et, dès les premières lignes, il lira du jeu avec une parfaite bonne ■ : « Messieurs, dit-il. après tant d'éloges donnés dans vos assemblées au cardinal de lelieu, qui s'assura par votre établisseil l'immortalité qu'il cherchait par ses lux, le plus grand honneur que vous puissiez faire a sa mémoire était de montrer qu'il suffit de porter son nom pour être rire, parmi vous... »

Fût-ce l'amour qui le conduisit à la politique ? I >ans tous les cas, il n'y l'ut pas étranger. Richelieu s'attacha de bonne heure à Louis XV qui, pourses débuts et toujours grâce u nom, l'envoya à Menue comme ambasar extraordinaire. Là. dans ce poste assez difficile, il déploya un tact, une habileté, qu'on ait pas attendus de lui, et, par-des-

sus tout, un faste inusité jusqu'alors. Il avait décidé à l'accompagner un grand nombre de gentilshommes, et il avait emmené avec lui une maison considérable, tant en hommes qu'en équipages. Son entrée officielle fut splendide et eut mérité le pinceau d'un autre Mackart. Il y avait un défilé de soixante-quinze carosses doublés en velours de diverses couleurs : bleu, vert, rose, cramoisi, nacarat, gris-de-lin, jonquille, — et traînés par des chevaux bais, bruns, alezans brûlés, isabelle, gris pommelés. Les harnais étaient brodés d'or, surmontés de plumes et d'aigrettes. La suite était également éblouissante : douze heiduques portant des masses d'argent ; douze pages à cheval, cinquante valets de pied vêtus de draps d'écarlate, grande livrée de soie pourpre et argent ; enfin, vingt-quatre palefreniers tenant des chevaux de main.

L'histoire célèbre des chevaux ferrés d'argent, avec une maladresse préméditée et de façon à ce qu'ils perdissent leurs fers à chaque pas, cette histoire n'a rien d'une fable. Le peuple viennois, à qui l'on permet-

tait de se précipiter pour ramasser ces fers merveilleux, en a Longtemps gardé le souvenir. Ce fut une des moindres prodigalités de Richelieu : il donna dans son palais des diners de plus de cinq cents couverts, et comme plus tard, dans une autre ambassade a Dresde, il ouvrait ses portes à la foule et la laissait s'emparer des objets de service. C'était sa manière à lui de comprendre la diplomatie.

A ce jeu-là, il se ruina de fond en comble. 11 ne reçut pas de France l'argent sur lequel il avait compté, et les Allemands lui fermèrent impitoyablement leur caisse. Il dut engager sèment ses bijoux et écrire à ses belles-amies de Versailles pour les inviter à lui venir en aide, car il ne dédaignait pas de s'adresser aux femmes. Une d'elles, une duchesse, devenue veuve et maîtresse de sa fortune, lui fit tenir quatre lettres de change de vingt-cinq mille livres chai une. Il empruntait de tous côtés ; il emprunta même un jour à Voltaire quarante-cinq mille livres. — A Voltaire ! le fait est invraisemblable, quoique vrai.

Jusqu'à présent, j'ai montré dans Richelieu

le roué et le courtisan. L'homme d'épée devait le faire voir dans son jour le plus favorable et le plus honorable, celui où ses qualités les plus françaises devaien t se produire dans toute leur intensité. Tour à tour en Flandre et sur le Rhin, il joue un rôle qui. quoique secondaire, n'en est pas moins utile. Enfin, la bataille de Fontenoy resplendit sur toute l'Europe éblouie ; c'est dans cette journée qu'émule heureux de Maurice de Saxe, il s'affirme comme la plus brillante personnification du grand seigneur armé.

Et son poète ordinaire, Voltaire, de saisir sa plume et de chanter ainsi :

Maison du roi, marchez, assurez la victoire ! Soubise et Pecquigny vous mènent à la gloire. Phalanges de Louis, écrasez sous vos coups Ces combattants si fiers et si dignes de vous ! Richelieu, qu'en tous lieux emporte son courage, Ardent, mais éclairé, vif à la fois et sage, Favori de l'Amour, de Minerve et de Mars, Richelieu vous appelle, il n'est plus de hasards; Il vous appelle, il voit d'un œil prudent et ferme Des succès ennemis et la cause et le terme ; Il vole, et sa vertu secondant vos grands cœurs, Il vous marque la place où vous serez vainqueurs !

Très décoratif, Richelieu devait être pour cela très aimé des peuples méridionaux ; il

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fut appelé par Les Génois pour les proti contre les Anglais. Il y réussit à merveille. I iite, l'activité ôtanl son lot, il demanda à être nommé gouverneur de la Guienne, me il avait été déjà gouverneur du Languedoc. Mais L'expédition île Minorque, qui survint sur ces entrefaites, L'empêcha d'aller occuper son nouveau gouvernement; au

■ paisible que lui promettaient les riantes campagnes du Médoc il préféra 1rs turbu-

is glorieuses de la guerre. — C'est à >n que son valet de chambre prononça ce mot célèbre :

— A quelle odeur monseigneur fera-t-il campagne?

A quoi le duc de Richelieu répondit :

— Au musc les jours ordinaires... et les jours de bataille à l'essence d'iris.

Ce n'est pas tout : il ordonna l'assaut de Port-Manon au son dr> violons, — une idée bien française, celle-là !

Enfin, trois ans après, ayant mis toutes ses affaires en ordre, le duc de Richelieu, devenu le maréchal de Richelieu, alla prendre possession du gouvernement de la Guienne,

sans préjudice de ses fonctions de premier gentilhomme de la chambre du roi.

C'est cette période, l'une des plus curieuses et l'une des moins connues de sa longue carrière, que nous avons choisie pour cadre à notre récit. En même temps que les côtés inédits de cette biographie, on y trouvera la peinture fidèle des mœurs d'une grande capitale de la province avant la Révolution française. Qu'on nous permette donc d'entrer dans quelques détails sur l'arrivée et sur l'installation de Richelieu à Bordeaux, ainsi que sur les années qui précédèrent l'édification du Grand-Théâtre, — date monumentale que nous avons placée au début de ce livre.

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