TAN DE LA RJ
est ici, et il n'est pas le seul : il y a encore dans la salle les Gradis, Les Pereira, les Raba, toute une séquelle contemporaine de Barrabas... Et si l'on doit aujourd'hui à quelqu'un leur présence en cet endroit public, c'est assurément à votre Excellence.
— A moi ? se récria Richelieu.
— Eh! oui, monseigneur, à votre honte, à votre indulgence en matière de religion... Déjà, dans votre gouvernement de Langue- Montpellier, cette bonté s'appliquait
aux protestants ; ici, dans votre gouvernement «le Guienne, ici, elle s'étend aux Juifs... Ne vous en défendez pas, cela fait l'éloge de votre cœur.
— Je me souviens, ajouta malignement le duc d'Aiguillon, du temps où il n'aurait pas été permis aux fils d'Abraham de franchir les limites de la « Nation ».
On désignait ainsi le quartier particulièrement circonscrit par les rues des Augustins et La rue Bouhaut.
A voir l'attitude embarrassée de Richelieu, le duc et le président comprirent qu'ils [.•raient bien de changer de conversation.
Ce n'aurait pas été la première fois que la protection qu'il accordait aux Juifs aurait passé pour intéressée.
Cette soirée fut royale en somme ; le souvenir devait s'en perpétuer longtemps, et les correspondants de tous les pays en publièrent de magnifiques relations.
N DE I v REOLS
Al' voleur! au voleur!
Le lendemain de cette représentation, à la
première heure, une voiture, brûlant le
. s'arrêtait devant l'hôtel du maréchal de
Richelieu, situé sur l'emplacement qu'occupe
aujourd'hui la rue Vital-Carie et qui était
alors environnée de jardins épais et de mai-
- mystérieuses.
Depuis près d'un siècle, l'hôtel du Gouver-
lent de Guienne, témoin de tant de
sordres, était devenu un pensionnat de
demoiselles ; un vertueux badigeon avait re-
rert les peintures galantes et les sculp-
3 mythologiques. C'est en 1803, qu'en
:it la rue Vital-Carie, — partant du
cours de l'Intendance pour aboutir à la Cathédrale, — le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, découvrit cette résidence oubliée. Le cardinal, qui était un prélat mondain, mélange de Bernis et de Maury, sourit à l'idée de s'installer à la place du maréchal de Richelieu ; il mit dans le vieil hôtel une légion d'ouvriers qui eurent bientôt fait d'en opérer le dégagement et la restauration. Excepté la salle de bal, dont la décoration à la fois guerrière et erotique rappelait les doubles triomphes à Fontenoy et à Cythère, tout a été conservé. Le rez-de-chaussée contient le grand salon de réception, le petit salon et la salle à manger qui sont d'une hauteur rare et d'une coupe admirable. Près de cent mille francs furent appliqués à rendre leur éclat primitif aux boiseries heureusement intactes sous le badigeon. Quelque temps après, les attributs, les lacs d'amour, les guirlandes, les mai, les houlettes, les musettes, les chapeaux de bergère, se reprenaient à courir tout le long des panneaux; les colombes revenaient se becqueter au-dessus des portes.
JEAN DE LA REOLE -'il
fut au seuil de ce1 hôtel qu'une jeune femme descendait de voilure. Les vêtements el les cheveux en désordre. C'était la Clairville, l'héroïne du spectacle de la veille.
Elle se précipitait, plutôt qu'elle ne se dirigeait, vers un pavillon habité par un suisse herculéen, et demandait à être introduite immédiatement auprès du maréchal.
— Montame, monseigneur n'être bas en- Lefé,lui répondit le colosse barde d'un
immense baudrier.
— Je le suppose bien, mon ami, dit la comédienne en lui jetant une bourse à travers Le visage : mais il faut cependant que je le voie... que je le voie sans retard... Ce que j'ai à lui dire est de la plus haute importance .
— Imbossiple.
— Tu ne me reconnais donc pas, imbé-
— Oh si ! montame... Montame être venue souvent dans la bedide foidure de montsirlc maréchal... guand il faisait nuit... mais ça ne fait ririi, j'ai ma gonzigne.
— Quelle consigne?
— La gonziçne te monsir Gossimo.
M. Cosimo était le premier valet de chambre du maréchal de Richelieu.
— Eh bien ! va prévenir M. Cosimo, fit. la Clairville.
— Pur zela, che le feux pien, répondit le suisse.
— Dis-lui que c'est moi, et qu'il faut que je parle tout de suite à M. le maréchal!. . mais va donc, va donc vite !
Et elle poussait le gros homme par les épaules.
— Tiable te femme ! grommelait celui-ci en se dirigeant sans plus de hâte vers le perron de l'hôtel.
— Eh quoi! c'est vous, belle Clairville! s'écria M. Cosimo; à cette heure! D'où vous vient cet air bouleversé ?
— Ah! mon cher Cosimo! quelle aventure ! Vous ne sauriez vous imaginer... Conduisez-moi au maréchal, je vous en prie !
— La peste ! Vous en parlez bien à votre aise... Vous devez savoir que le maréchal ne permet à personne d'entrer dans sa chambre avant qu'il ait sonné.
— Pas même à vous, Cosimo ?
\N l'K LA RKOLK 43
— Pas même à •
Cosimo mentait en disant cela, niais il n'était pas pour rien le valet de chambre et le confident du premier courtisan de l'Europe.
— Je prends tout sur moi, mon cher Cosimo. dit la Clairville d'un accent suppliant : il faut que je le voie sur-le-champ ; c'est une
re des plus urgentes, croyez-moi...
— Je n'en doute, point, belle dame; mais la chose ne se peut pas ; revenez dans deux heu:
— Deux heures ! deux heures ! s'écria la comédienne en faisant les grands bras : il n'y a pas une minute à perdre. Cosimo ! laissezvous attendrir... Est-il seul ?
— Oui.
— Eh bien? alors...
— N'importe . fit le valet, il est intraitable sur la question de son réveil.
— Vraiment ? Mais quand vous lui aurez dit que c'est moi... moi... sa petite Clairville
— Raison de plus pour qu'il ne veuille pas se laisser voir en négligi
— Mais je le connais, son négligé! s'écria
la Clairville ; il est charmant, son négligé... il aurait bien tort de se gêner pour moi...
— C'est vrai... vous, sa préférée.
— Comment ! sa préférée ? Il en a donc d'autres ?
— Ah! madame, quelle ingénuité! Vous si spirituelle !
— Excusez-moi, Cosimo, je ne sais ou je suis... Vous avez raison, nous ne sommes pas ici pour dire des riens... L'important est que le maréchal soit seul. Il l'est. Laissezmoi pénétrer auprès de lui, je vous en conjure... Il vous en saura gré.
— J'en doute, dit le valet en hochant la tête.
— Impertinent!
— Ecoutez donc... Vous connaissez monseigneur, mais je le connais, moi aussi; je le connais à toutes les heures, tandis que vous. ..
— Cosimo !
— Que voulez-vous que je vous dise?...
En vous faisant entrer, je risque ma place.
— Oh ! non.
— Mais si, je vous l'atteste...
La Clairville le regarda fixement.
— Cosimo, demandez-moi quelque chose.
— Ali! sor.icrcî murmura-t-il.
— Eh bien ! fit-elle en frappant impatiemmenl du pied.
— Eh bien! lui dit-il à demi-voix et en regardant autour de lui, il y a un emploi vacant au secrétariat de la Cour des Aydes.
— Je vous comprends.
— Je le désire pour un de mes parents.
— Est-ce du ressort du maréchal? demanda ta Clairville.
— Tout est du ressort du maréchal.
— Vous l'aurez.
— Bien vrai?
Elle lui tendit la main.
— Entrez ! dit Cosimo en démasquant une portière.
Un formidable- juron sortit dulitbaldaquiné où reposait le glorieux héros.
Cosimo l'avait prévu.
\" .us renonçons à donner la formule de ce juron qui était un résumé de tous les blasphèmes connus.
La Clairville, si aguerrie qu'elle fût en demeura terrifiée.
— Qui va là? s'écria Richelieu en se dressant sur son séant, les yeux étincelants de colère.
Et, s'adoucissant à demi :
— Ah! c'est toi, Clairville? Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Comment es-tu entrée?
— Ah! monseigneur, pardonnez-moi! dit la comédienne ; si vous saviez !...
— Si je savais quoi ? prononça-t-il en se démenant au milieu de toutes ses dentelles.
— On m'a volé mes diamants, cette nuit.
— Tes diamants?
— Oui, monseigneur.
— Ah bah!
— Des diamants pour plus de quatre cent mille francs...
— Diantre! c'est un chiffre, cela, ma fille.
— Il y en avait qui venaient de vous, monseigneur.
— Crois-tu?... Tu m'étonnes... Les diamants, ce n'est pas mon fort.
Il disait vrai ; lui, le grand seigneur par excellence, n'était pas généreux ; c'était son vilain côté. Loin de donner aux femmes, il en recevait volontiers des cadeaux, et même
JHAN Dl l.V RJ&OUK »?
quelquefois de l'argent. Sa correpondance eu fournit des prem
— Et quand t'a-t-on volé ces diamants, mon cœur?
— Hier soir, pendant que je jouais au théâtre... Je les avais laissés cbez moi dans mon secrétaire.
— A propos, tu as été charmante dans le rôle 3 ; je te fais tous mes compliments....
— Il s'agit bien de Joas! Il s'agit de mes diamants, monsieur le maréchal.
— C'est juste, et tu me vois très chagrin de cette aventure... Il n'y avait donc personne chez toi? La maison n'était donc pas gardée?
— Mais si, monseigneur; il y avait mon portier, ma femme de chambre, mes cuisiniers. . . Je n'avais emmené avec moi au théâtre
mon cocher et ma coiffeuse.
— Et qui soupçonnes-tu?
— Mais je ne soupçonne personne, monseigneur.
— Alors, il faut faire arrêter tout le monde? dit Richelieu.
48 JEA>- DE LA REOLE
— Y songez-vous?... Je suis sûr de tous mes gens.
— On ne doit jamais être sûr de ses gens. . . Pareille chose m'arriverait que je jetterais tous les miens en prison, depuis le premier jusqu'au dernier, à commencer par mon factotum Cosimo et par mon valet de chambre Quimont.
— Les voleurs peuvent être venus du dehors.
— Tu supposes donc qu'ils sont plusieurs?... Ali! oui, la bande à Jean de la Réole.
— J'y ai pensé, monseigneur.
— Tu y crois donc, toi aussi, à cette fameuse bande?
— Ecoutez donc... après tout ce qu'on raconte !... Il y a trois jours, un négociant des Chartrons n'a-t-il pas encore été dévalisé?
— A ce qu'il prétend... Ces Gascons sont si vains qu'ils ne seraient pas fâchés d'avoir leur Cartouche. . . M. Jean de la Réole ! . . . cela vous a un air de noblesse... Ah ! que je ne le rencontre pas sur mon chemin, ce gentilhomme de galères, ce Jean-foutre de la Réole
ou d'ailleurs, je lui promets pour lui el pour sa bande un gibet qui lui fera terriblement êcarquiller les yeux !
— Oh ! monseigneur, que vous parlez bien ! Mais avant de le pendre, faites-lui rendre mes diamants! dit la Clairville.
— Tu as raison, Le maréchal sonna.
— Cosimo, courez avertir le directeur de la police. M. Lafargue, qu'il ait à se rendre ici sur-le-champ... dans quelque état qu'il soit.
— ( >ui, monseigneur.
Autant aurait valu dire à M. Lafargue de se rendre chez le diable que de lui dire de se rendre chez le maréchal de Richelieu.
Le directeur de la police, comme tous les fonctionnaires de Bordeaux, avait une peur bleue du gouverneur.
lait un petit homme tout rond, au physique comme au moral. Or, la rondeur n'est pas la principale qualité qu'on exige d'un chef de la police. Marié, père de famille, casanier. M. Lafargue manquait absolument du prestige indispensable à son emploi. Loin de
faire trembler les malfaiteurs, il tremblai! eux. Les délits l'effrayaient au lieu de l'irriter. Et puis il ri avait pas de nez, pour parler l'argot policier. Or, n'avoir pas de nez, dans sa profession, est un brevet d'incapacité.
Arraché de chez lui et amené, la perruque de travers, par Cosimo, M. Lafargue se sentait horriblement inquiet.
Il avait raison de l'être.
Introduit dans la chambre à coucher du maréchal, îa première chose qu'il aperçut fut La Clairville, que Richelieu avait fait asseoir sur son lit, en prétextant de sa surdité, d'ailleurs réelle.
Ce spectacle égrillard rassura un peu M. de Lafargue. Mais son assurance ne devait pas être de longue durée.
— Avancez, monsieur! lui dit le maréchal de la voix la plus propre à lui rendre toutes ses craintes ; avancez et répondez.
— Je suis très humblement à vos ordres, monseigneur.
— En votre qualité de directeur de la police, vous savez sans doute tout ce qui s'est passé cette nuit ?
;\ DE Là REOLS M
— A peu près, monseigneur. L'ordre n'a
é un instant de régner, j'ose m'en vanter, car la besogne n'ètail pas mince; ef à part quelques arrestations sans importe...
— Des .invstations?pour quel motif?
— Cinq ou six vauriens coupables d'avoir sré des cris séditieux.
— Quels cris, monsieur Lafargue ?
— Veuillez me dispenser, monseigneur, (\it le directeur de la police assez embarrassé.
— Mais non, mais non, je veux savoir...
— Ce sont des gens de peu... de la plus
extraction.
— Qu'est-ce qu'ils criaient?
— Cela ne vaut pas la peine d'être répété à monseigneur.
Et sur un geste d'impatience de Richelieu :
— Ils criaient : A bas le gouverneur! A le maréchal ! Tout fait supposer qu'ils
le vin.
— Cela est probable, dit Richelieu en souriant : le vin est si bon et à si bon marché à Bordeaux!... Mais ces manifestations me
laissent indifférent... Et puis, c'est un genre de popularité comme un autre... Ainsi, monsieur le directeur, voilà, selon vous, tout ce qui s'est passé cette nuit ?
— Oui, monseigneur.
— Vous ne savez rien de plus ?
— Rien de plus. Les rapports de mes agents s'arrêtent là.
— Vos agents sont des imbéciles, mon sieur!...
M. Lafargue sentait venir l'orage.
Richelieu continua :
— Et vous, monsieur Lafargue, vous n'êtes qu'un aveugle.
Et comme le directeur restait ébahi, Richelieu tirade dessous son oreiller des tablettes qu'il lui fît passer devant les yeux.
— Voici mes rapports à moi, dit-il; écoutez et apprenez.
Il parcourut rapidement quelques feuillets.
— Savez-vous que dans le premier entr'acte du prologue à la tragédie, le chevalier de Lastic s'est pris de querelle avec M. de Verthamont, et qu'une rencontre a été convenue pour ce matin dans un enclos de Terre-Nègre ?
JEAN DE LA Rï 53
— Non, monseigneur, balbutia M. Laforgue.
— Savez-vous que La petite mercière du coin il»- la rue Corbina été enlevée du magasin'de son père, Au Nœud d'épée, par des inconnu-
— Est-il possible?
— Savez-vous que son Éminence, l' arche véque, n'est pas rentré cette nuit à son hôtel?
— Non, monseigneur, dit le directeur de la police, de plus en plus confus.
— Enfin, interrogez mademoiselle, dit Richelieu en montrant la Clairville.
M. Lafargue s'inclina le plu» galamment qu'il put.
— Elle vous apprendra que cette nuit même on lui a volé tous ses diamants.
— Ah ! mon Dieu ! s'écria le pauvre homme.
— Oui, monsieur, à la barbe de vos agents !
— Hélas! je les avais tous massés sur la place de la Comédie et aux alentours.
— Et vous laissiez les faubourgs dégarnis.
— Mais comment cela a-t-il pu se faire? disait M. Lafargue en se désolant.
— Comment? Ah! comment!... Clairville,
mets M. le directeur de la police au courant de ce qui se passe quand il veille ; raconte-lui ton aventure.
M. Lafargue écouta, dans le plus profond recueillement, le récit syncopé de la comédienne.
Quand elle eut terminé :
— Eh bien ! qu'en pensez-vous, monsieur? dit Richelieu.
M. Lafargue avait réfléchi, et prenant une pose solennelle, comme s'il croyait se tirer d'affaire :
— Je pense, monsieur le gouverneur, qu'il y a du Jean de la Réole là-dessous.
Rien ne pouvait être plus maladroit que cette parole dans la circonstance actuelle.
Elle détermina une nouvelle explosion de colère chez le maréchal, excédé de ce nom depuis quelque temps.
— Ah! ça! s'écria-t-il, ce n'est donc plus moi qui gouverne ici? c'est M. Jean de la Réole! Ma ville de Bordeaux est au pouvoir de Jean de la Réole ! Il y vit, il s'y promène, il y agit en toute sécurité. Il y viendra bientôt voler chez moi ! En vérité, c'est une
w DB I.A RÉ0L1
•. in drôle de la plus vulgaire espèce,
— Hélas 1 monseigneur, c'esl ce qui vous trompe, repondil M. Lafargue. Si ce malfaiteur effronté a échappé jusqu'ici à ma police.
qu'il sait au besoin jouer l'homme de qualité.
— Quel est son signalement?
— Nous ne le possédons pas encore d'une manière bien exacte.
— Il esl jeune, voilà ce qu'on en sait... leste, robuste, habile à tous les déguisements.
Le maréchal haussa les épaules.
— Ah ! comme La Reynie aurait eu vite fait de me débarrasser de ce coquin !
Et, de son ton le plus impératif :
— Ecoutez bien, monsieur Lafargue... Si à huit jours vous n'avez pas mis la main
sur Jean de la Réole, et si vous n'avez pas retrouvé les diamants de Clairville, jedemanderai votre remplacement à Paris.
M. Lafargue se courba sans mot dire, et il allait s'éloigner, lorsque le maréchal eut pide lui et le rappela.
— Eh bien ! monsieur, lui dit-il, voyons, qu'allez-vous faire ?
— Ce que je vais faire, monseigneur?... je vais... je vais me recueillir.
— Superbe idée ! dit Richelieu en éclatant de rire ; allons, monsieur Lafargue, je veux bien vous épargner cette peine et faire pour un instant votre métier.
— Oh ! monseigneur, que d'obligations !
— Vous allez envoyer immédiatement des courriers dans toutesles directions, sur toutes les routes, au cas où les diamants seraient déjà sortis de la ville...
— Oui, monseigneur.
— Pour le cas contraire, c'est-à-dire pour le cas où, comme je le suppose, les diamants seraient encore à Bordeaux, employez une partie de vos agents à fouiller les repaires des brocanteurs, et surtout ces obscures boutiques de la rue du Mirail, de la rue Tombel'Olly... Pendant ce temps-là, faites mander dans vos bureaux tous les propriétaires de grands et de petits hôtels... N'oubliez pas non plus les sérails (il se servit d'un autre terme); c'est important ; allez-y vous-même, allez
chez la Baronne^ chez l'Araignée) chez la Hollandaise, chez la Jolie-Blonde... allez-y de ma part...
— oh ! monseigneur! fil .M. Lafargue.
— uni, nui... (.-Iles me connaissent bien... «■Iles m'appellent leur père... Eh bien ! ditesleur que Leur père ferji fermer leurs maisons si elles s'avisent de ne pas vouloir dénoncer
coupables... Allez, et que tout cela soit fait dans un jour... N'oubliez pas aussi de passer chez Clairville ; rendez-vous compte de la disposition de ses appartements et des murs environnants... Monsieur Lafargue, à bientôt !
La Clairville était émerveillée; elle voyait déjà ses diamants retrouvés, et, dans son enthousiasme :
— Ah ! monsieur le maréchal, quel génie vous avez :
Richelieu daigna lui sourire et les congétous deux du geste.
Il allait procéder à son lever et à sa toilette, cérémonie de la plus haute gravité, à laquelle :it convoquées chaque matin la Chimie et la Peinture.