‹ Jean de SalisburyChapitre 6 sur 17 · COMMENCEMENT DE SA DISGRACE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE SA DISGRACE

Lies Lettres de J. de Salisbury. — Ses ennemis à la cour d'Henri II ; cause de sa défaveur; sa réconciliation moiaentanée avec le roi. — Mort de Parchevêque Thibaud ; Thomas Becfcet lui succède ; premières relations de J. de Salisbury avec le nouveau primat ; sen influence sur lui ; sa nouvelle disgrâce ; son exd.

Nous venons de voir les principaux ouvrages que Jean de Salisbury avait composés sur le conseil du chancelier d'Angleterre et dans T espoir d'y trouver une utile diversion aux fatigues et aux dégoûts qu il éprouvait à la com\ Mais» suivant jusqu'au bout les prescriptions de Thomas Becket,. Jean ne se contentait pas d'écrire» il cherchait encore dans de nombreuses lectures uii remède à son ennui. Sa correspondance en fait foi. Dans plusieurs lettres datées de ces années, il prie l'abbé de Moûtier-la-Celle de lui envoyer des livres : tantôt c'est un traité de théologie, introuvable en Angleterre (1) ; taiitôt ce sont les lettres de saint Ber-

(I) Salisb.,.ep. 75, t. I, p. 101.

nai'd (1) : par où nous voyons qu'on en faisait déjà des recueils. Avec les lettres, il voudrait avoir « quelques fleui's des pensées » du bienheureux (2) : il appelait ainsi, on n'en saurait douter, des sentences extraites des ouvrages de ce Père, et pareilles à celles que l'édition de Mabillon nous présente à la suite des sermons, sous le titre de Flores seii sententiœ. Se défiant du goût des copistes, Jean prie son ami de diriger leur travail, de faire en sorte que dans leur choix ils aient égard au sens encore plus qu'au son; qu'ils ne recherchent pas l'éclat de la fleur au détriment de la saveur du fruit (3) .

De la part de Jean de Salisbury, faut-il le dire? de tels scrupules de goût ne sont pas sans nous surprendre. D'autant que ces traits de bel esprit, dont il sut trop peu se défendre dans les écrits qu'il destinait au public, il les a semés à pleines mains dans les lettres familières, qu'il adressait à ses amis. Envoie-t-il en présent à Pierre de Celle une salière d'argent, relevée d'ornements en or, il épuisera sa subtilité à démontrer les secrètes convenances d'un pareil choix : « Vous avez en abondance, » dit-il , « ce sel dont la loi nous ordonne d'assaisonner nos sacrifices. De plus vous offrez au Seigneur l'argent sans alliage d'une prière pm'e, et l'or de vos vertus reluit aux yeux de tous dans le miroir de vos discours et de vos œuvres. Enfin, par sa figure, cette salière, de forme ronde, n'est-elle pas l'emblème de votre

(1) Salisb., ep. 96, t. I, p. 143; ep. 97, 1. 1, p. 146.

(2) Id., ibid. : flores aliquotverborumejus, V. Hist, lUL, t. XIU, p. 195. Cf. Migne, PatroL, t. CLXXXIII, p. 1197 et sq.

(3) Ep. 96, t I, p. 143.

perfection (1) ? » A peine est-il besoin d'ajouter que ces enfantillages ne rencontraient en ce siècle que des admirateurs, et que Pierre de Celle ne tarissait pas à les louer dans un style qui renchérit encore sur T afféterie mystique de celui de son ami. Voici, par exemple, ce qu il lui écrivait un jour : « Ainsi qu'un voyageur altéré, au fort de la chaleur,. après avoir longtemps cherché de quoi reprendre des forces en étanchant sa soif, saisit avidement le breuvage qu'on lui offre, j'ai reçu vos lettres comme on ferait une coupe remplie d'une liqueur délicieuse, je les ai relues maintefois, ou plutôt je les ai bues à petites gorgées, y trouvant à chaque reprise un nouveau goût, et j'ai fini par tout épuiser, jusqu'à la dernière goutte. Le plaisir du lec* teur est doublé, triplé même lorsqu'au charme du sujet, au mérite du correspondant, se joignent les agréments du style et les grâces de la narration. Tout ce que vous écrivez est assaisonné du meilleur sel philosophique, paré des plus riches couleurs de la rhétorique, embelli des plus purs ornements de la morale; vous y ajoutez ce que l'Évangile a de plus solide, et, ce qui est particulièrement sensible à vos amis, la douceur d'un cœur affectueux. Cherchet-on de sages conseils, de l'érudition, la séduisante élégance de la diction; cherche-t-on l'utile ou l'agréable: tout cela se trouve en abondance dans vos lettres. C'est un navire sur lequel on aime à s'embarquer, un jardin de délices où l'on aime à se promener, une table chargée de mets exquis où l'on aime à s'asseoir, un lit où l'on re;:ose au milieu des fleurs, un gymnase où l'on peut philosopher h

(1) Salisb., ep. 75, t. J. p. 100.

Idsir (1). 9) ftous d' aurions plus les letti^s de Jean de Sa* listmry, ihris ne serions plus à même de contrôler le jugement deson ami, que, ioin de recommander à nos yeux un talent épistolaire si pompeusement vanté, de tels éloges nous incHoeraient à le mettre en doute. C'est un mauvais fflgne pour un recueil de lettres qu'on puisse les louer en ées tOTHies qui conviendraient à un Mvre, et parler de leur auteur comme on ferait d'un écrivain de profesâon. £n lisant cette page de Kerre de Celle, cm oonqH-emî que tes épîtres familières étaient taaues alors pour un gwîre littéraire où le^ plus sav'ants se piquaient d'exceller, et Ton devine qu'il y avait dès ce temps un art épfetdaire, qu'on réduisait en préceptes e^ dont on faisait des trsàiés (2) . Or, à notre sens, l'art épistolaire tue le genre. Si un œil sévère peut trouver jusque dans M"* de Sévigné quelques vestiges de précieux (3) , traces mal effacée de son rapide passage àîhôtd de Rambouillet, c'est que tout son bon esprit n'avmt pas suffi à protégé son amour-propre contre le succès de tant de charmants billets qu'on s'arrachait, qu'on citwt

(1) Pierre de Celle, ep. iv, ?• BibL max. Patrum^ t. XXIII, p. 859.

(î) V. M. Egger, f Hellénisme en France, xx« leçon, t. II, p. 153 : « VArs dietaminis^ ou Ars dictandif était un exercice favori dans les cloîtres latins. On y apprenait à écrire des lettres pour toutes les conditions et pour tous les devoirs de la vie publique ou ^vée. Gela était devenu une partie considérable des rkétoriques •. •— Cf., sur le grand nombre de recueils épistolaires qui appartiennent à cette époque, Hist. lut,, t. IX, p. 159.

(3) Duis une lettre à sa fiUe en date du 24 avril 1671, elle dit: « Vous ne me parlez pas assez de vous : j'en suis nécessiteuse comme vous l'êtes de folies ». (Éd. des Grands Écrivains de la France, t. H, p. 183). Cf. lettre dul*' avril 1671, t. Il, p. 139.

801» des titres spèciaiax (1) cômtfte «tte fable de L«i ttifMMé ou une épître de Boiteau ; c'«st (pe, portée à âo» îïfeift 3i«i rang d'auteur, elte avait voulu s'y soutemr <èl s'ëtrft ftiit 4 son usage une sort^ de rhétorique éprstoïaire, dont elte pwvait plus tarû ttàcaet les rtgles à sa fiïle (2) . Che^ Iff^de Sévigné, ces traits de coqwtterie sont rachetés pM* éfts qualités que personne, à œup sûr, ne is'avisewt de tlwsrther dws les lettres de Jean de SalislMîry. Gelte&-ci nrèritent cependant d'ïivoir encore des lecteurs, non-seulewïfent parce que l'tKmnne s' y montre souvent, sans mor^ pééfi^fHieâi^e^ sans affectation de bel esprit, dans kcksum^sDnte simplkilé ée son naturel aimable et bon (3) , mats suHjovH pwrt^ ^^m y trouve une mine abondante de renseignements sur l'é*^ poque, sur les événements dont il fiit témoin ou acteur, sur les personnages qu'il a connus et pratiqué», s*ir luimême enfin et sur tous les accidents de s» vie si active et «i remplie.

Dans une des lettres que nous citions tout à l'heure (4) , nous appi^enons par exemple que Jean n'avait pas «eulement trouvé à la cour des hommes vains et légers, dont le commerce lui était à charge, mais aussi des «nemis qui l'avaient desservi auprès du roi. Celui qui s'était signalé entre tous par sp(H) animosité conUie lui^ était AmouU évè-

(1) V. M«« de Coulanges à M«e de Sévigné sar les lettres du Cheval et de la Prairie; 10 avril 1673, éd. cit., t. III, p. 198.

(2) V. Sévigné, lettres du 28 juin 1671, t. Il, p. 256 ; du 9 mars 1672, t. n, p. 520; du 6 juin 1672, t. lU, p. 103; du 5 janvier 1674, t. m, p. 350.

(3) Voir entre autres Pép. 73, sur TAinitié, 1. 1, p. 96.

(4) Ep. 96, t. I, p. 142.

que de Lisieux, qu'il appelle « un marteau d'iniquité, levé pour broyer r Église de Dieu (1). » On avait profité de son absence, à l'époque de son dernier voyage en Italie (2), pour le discréditer dans l'esprit d'Henri II. Quels griefs alléguait-on contre lui ? Il paraît que son penchant pour l'observation et la critique des ridicules avait porté ombrage aux courtisans, blessés de se reconnaître dans les peintures du Policratique^ dont quelques pages, nous l'avons déjà dit (3) , avaient été répandues , sans son aveu et à mauvaise intention, par l'indiscrétion d'un confident indélicat. Il semble aussi que quelques-uns aient vu avec dépit son intervention dans les débats du schisme, et l'aient accusé de s'ériger indûment en légat du Souverain Pontife (4) . Mais ce n'étaient point là les motifs principaux de sa disgrâce. Lui-même les cherchait ailleurs, et voici en quels termes il s'en explique, dans une lettre à son ami, l'abbé Pierre: a Notre sérénissime Seigneur, notre roi tout-puissant, notre invincible monarque s'est enflammé contre moi de la plus violente colère. Vous m'en demandez la cause. Peut-être lui ai-je été trop favorable , peut-être ai-je aidé plus qu'il ne fallait à son élévation (5) ; j'obéissais au plus vif désir de mon coeur : je le croyais banni par une injustice de la fortune ; je voulais que la miséricorde

(1) SaUsb., ep. 121, t. I, p. 169. Cf. ep. 108, t. I, p. 158.

(2) Ep. 115, t. I, p. 164.

(3) Ch. m, p. 144.

(4) Pierre de Celle, ép. rv, 4. Bibl. max, PP. t. XXUI, p. 858.

(5) On voit par là quel devait être, dès cette époque, le crédit et rinfluence de Jean de Salisbury.

divine le fit remonter sur le trône de ses pères. Dieu sans doute a résolu de punir l'indiscrétion de mes vœux. Telle n'est pas cependant la faute dont on m'accuse. Mais on dit que seul dans le royaume je porte atteinte à la majesté royale. Si quelqu'un en appelle au jugement de Rome, c'est àmoi qu'on s'en prend. L'Église d'Angleterre ose-t-elle réclamer, soit pour ses élections, soit pour l'examen des causes ecclésiastiques, seulement une ombre de liberté, c'est à moi qu'on l'impute : comme si l'archevêque de Cantorbéry et les autres prélats avaient besoin de moi pour connaître leur devoir (1).» oMon>attachement à la liberté de F Église et à la vérité,» écrit-il une autre fois à son ami, o voilà tous mes crimes. Professio libertatis^ veritatis defensio^ crimina mea sunt (2). » On reconnaît, dans les griefs du roi contre Jean de Salisbury, l'objet du grand débat qui ne tardera pas à s'ouvrir entre Henri II et saint Thomas Becket. DèSs lors Jean devançait le saint archevêque dans la voie de couTî^euse indépendance où il acquit un si grand renom et à la fin rencontra le martyre. Il s'en fallut de peu que, dès lors aussi, il ne le précédât sur le chemin de l'exil. « On croit, » disait-il encore à Pierre, « que je suis menacé de la peine du bannissement. S'il le faut pour le triomphe delà justice, je le supporterai, non-seulement sans faiblesse, mais avec joie. Je compte, après les calendes de janvier, quitter l'Angleterre, et, après avoir pris conseil de vous, séjourner quelque temps en France, pour me rendre ensuite à Rome (3) . » Il est permis de supposer, à voir avec

(1) Sab'sb.. ep. 115, 1. 1, p. 164.

(2) Id., ep. 96, p. 142.

(3) Id., ep. 115, t. I, p. 165.

qùd empressement il se soumet par avance au châtiment, que celui-ci ne lui aurait pas trop coûté. N'était-ce pas pour lui Foccasion ûe s'affranchir de }a servitude de la cour? Et<5ertes les nouveaux dégoûts dont il était abreuvé devaieïit lui faire sentir doublement le poids de ses chaînés, et le porter à ne rien négliger pour tes rompre. Aussi conjure-t-rl le chancelier Thomas Becket de ne s'opposer plus à son départ, de s'employer même à le faciliter, afin que, <( Hbre de s'adonner aux lettres ou à tout autre genre d'études, il we soit plus en butte à tant de soucis, de peines, d©^Mpçonset de dangers' (1) . ?> Mais la sentence d'exil ne fut pas prononcée; et, quoique Jean trouvât peu de séx^uritéen Angletene, il lui était impossible ou tout au moins fort difficile d'en sortir (2) . Il envoie donc une nouvelle lettre à Pierre, qui attendait sa venue, et lui annonce qu'il a dû abandonner ou du moins différer ses projets. « Ma sortie de l'île, » dit-il, « aurait l'air d'une fuite ; me soustraire aux regards de mes calomniateurs serait m' avouer implicitement coupable : le témoignage de ma conscience, la volonté du Souverain Pontife, l'avis de prudents conseillers, les sollicitations de mes amis, tout me fait une loi ée ï^ter, d'attendre ici l'instruction, le jugement de ma cause (3). » Au surplus la reine d'Angleterre, le chancelier hîi assuraient que l'orage commençait à se calmer et que ie roi prenait à son égard des sentiments plus favorables (â) .

(1) Salisb., ep. 113, 1. 1, p. 162.

(2)ld.,ep. 108, t. I, p. 158.

(3)Id.,ep 96, 1. 1, p. 143.

(4) Id., ibid.

Quelle fut l'issue de cette première rencontre d'Henri H avec le clergé de son royaume sur ce terrain des libertés ecclésiastiques , renccmtre où l'avantage des aimes était si peu du côté du roi (1) , où l'enjeu du combat lui tenait tellement au cœur, qu'un simple prêtre s^ffisait à soulèvera ce point son indignation et sa colère: comme s'il eût pressenti dans ce premier engagement la grande lutte de l'avenir, et devioé, derrière Jean de Salisbury, le fwmidable antagoniste avec lequel il allait se mesurer bientôt ? Il semble que Jean rentra en grâce auprès du roi, que cdui-ci du mmns consentit à oublia son ressentiment. Il n'est pas besoin pour cela de supposer que Jean dut désavouer sa conduite ou ses par<fes, ni même renoncer à soutenir les droits de l'Église. Ne se peut-il qu'Henri, voyant Thibaud proche de sa fin et jetant déjà tes yeux pour le remplacer sur son , fiivori Thomas Becket (2), ait ajourné l'exécution de ses dessdns, pour lesquels il avait tout lieu de se promettre l'adhésion, le concours du futur archevêque ?

D'ailleurs la cause de Jean fut plaidée devant le roi par des voix influentes. U avait ctmservé l^affection de ses deux plus puissants protecteurs, le chancelier et le vieux primat. Ce n'est pas que le roi, paralt-il, n'ait essayé de le noircir à leurs yeux et de lui ravir leur confiance (8) . Mais nous

(1) Voir à ce sujet les considérations et les exemples présentés par un protestant, le D* Giles. Vie de saint Thomas Becket y trad. par MgrDarboy, ch. xv, t.I, p. 427 etsq.

(2) Les intentions du roi à cet égard étaient connues longtemps avant Télévation de Thomas. V. Willelm. fil. Steph., Tit S. Thomœ. Migne, PatroL, t. CXC, col. 118.

(3) Salisb., ep. 121, t. I, p. 170.

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l'avons vu, au pms fort de sa disgrâce, recourir sans crainte à Thomas, et en recevoir des conseils et des encouragements (1). Quant à Thibaud, il ne cessa, jusqu'à sa dernière heure, de lui donner les marques d'un attachement tout paternel. Sentant venir la mort, il lui fit écrire, sous sa dictée et en son nom, une lettre où il le recommande au roi dans les termes les plus pressants. '< Dernièrement, >* lui dit-il, «je vous ai recommandé, il m'en souvient, tous mes serviteurs. Aujourd'hui je vous en recommande un seul par-dessus tous les autres, parce que plus que tous les autres il s'-est consumé à mon service. Il n'a preque rien reçu de moi en retour de son affection et de son dévouement. Je me jette à vos pieds, et je vous supplie ardemment de le prendre sous votre protection et de me remplacer auprès de lui quand je n'y serai plus. Plaise à votre bonté qu'après m'avoir perdu, il se console en retrouvant en vous la tendresse d'un père. Ce serviteur, c'est Jean de Salis* bury : je le recommanderais à un autre, si j'avais un ami, un maître plus puissant que vous (2) » . Lorsqu' après la mort de Thibaud, on lut ses dernières volontés, Jean de Salisbury figurait parmi les exécuteurs testamentaires : il était chafgé de distribuer les aumônes de son maître (8).

De la part du nouvel archevêque, Jean reçut les mêmes témoignages de confiance et d'affcetion que lui avait donnés

(1) Salisb.,ep. 113, t. I, p. 162; ep. 96, p. 143.

(2) Salisb., ep. 64, t. I, p. 80.

(3) Id., ep. 57, t. 1, p. 60. Cf. An§lia sacra, t. Il, p. xj, prœf. « Johannem Theobaldus archiepiscopus testamenti sui suprenii curatorem constituit. l'estamentum in archivis EcclesiaB Gantuariensis exstat. »

Thibaud, et qu'il devait attendre de l'ancien chancelier, à qui l'unissait « une liaison de vieille date, une amitié dès longtemps éprouvée (1). » Thomas, après sa consécration, l'envoya notifier au Pape, depuis peu réfugié^ à Montpellier. Jean de Salisbury, le représentant habituel de l'Angleterre à la cour pontificale, faisait partie de l'ambassade. C'est lui qui fut chargé par Alexandre de remettre au nouvel élu le pallium, insigne de la dignité archiépiscopale (2). Becket vint le recevoir dans la plus humble attitude, le front incliné, pieds nus, par respect pour les mystères dont cet ornement est l'emblème. De retour à Cantorbéry, Jean ne tarda pas à reprendre la plume de secrétaire, sur les ordres et pour le service de son nouveau maître. Un concile allait bientôt s'ouvrir à Tours. Thomas Becket dési^ rait y introduire la cause de la canonisation de son prédécesseur Anselme. A cet eflet, il chargea Jean de Salisbury

(1) Salisb., ep. 113, 1. 1, p. 161 « Si qua est aiitiquœ familiaritatis memoria, si spectatae amicitiae fides ». — Cf. Baylo, DicL crit., t. V, p. 55 : « 11 reçut de gi'andes marques d'estime de Thomas Becket, grand chancelief du royaume. Ce chancelier gouvernait alors l'esprit de son maître Henri II ; et, comme il avait besoin de secours dans une charge si pesante, il se voulut servir des conseils de Jean de Salisbur^^ principalement pour la nourriture du fils aîné du roi et de plusieurs autres jeunes seigneurs d'Angleterre, qu'il avait entrepris d'élever dans les bonnes mœurs et dans les belles sciences. Il le pria encore d'avoir soin de sa maison tandis qu'il serait au voyage de Guyenne avec le roi son maître »*

(2) Guillaume fils d'Etienne, Vita S, Thomœ, ap. Migne, Pa/ro/., t. GXC, col. 123 et 124 : « Pallium pro aurea lamina est institutum, in qua Summus Pontifex in lege nomen Domini tetragram-» maton in fronte sua praeferebat inscriptum. Duœ lineae propenden-» tes sunt duae loges, Christi passionem prœferentes ; spinulœ sunt clavi, quibus corpus Christi crucji figitur».

de tracer ^i quelques pages l'histoire des vertus de cet illustre et saint personnage (1) . Il existait déjà une vie de saint Anselme, ouvrage de son conseiller intime^ le moine Edmer. Jean ne fit que l'abréger, comme il nous en prévient dans sa préface (2) . Au reste, son écrit, pieuai et tou?chant, put bien édifier les lecteurs comtemporains ; mais il n'eut point, pour la gloire de saint Anselme, l'efiet que s'en promettait Thomas Becket. On était à la veilte du grand débat qui allait partager la catholicité «attre le re» d'Angleterre et le primat de Cantorbéry. Tout entière ai» soin d'accorder les vivants, la cour (te Rome n'avait guère le loisir de songer à la mécaoire des morts. Trois siècles devaient encoie s'écouler avant qu'Alexandre VI ouvrît à Anselme le catalogue des saints (3) . Cependant Jean de Salisbury faisait chaque jour de nouveaux progrès dans la confiance de son maître, et tel fut bientôt son crédit, son ascendant sm' lui, qu'un contemporain l'appelle «l'œil et le bras droit de l'archevêque (4) ». Ces expressions ont été

(1) Anglia sacra, t. II, p. xj, prœf.l «Constat... Thomam Papae in Goncilio Turonensi an. 1163 obtulisse librum de vita et miraculis Anselmi> eo usum consilio ut Anselmus Sanctonim albo inscribi obtineret. »

(2) Salisb. op., éd. Giles, ti Vj p. 306. — Cf. An^ia sacra, loc. cit. : « Librum, Thoma jubente, Johannes conscripsit, qui fere integrum ex Eadmeri libris de vita Anselmi et de miraculis ejus consarcinavit; iisdem etiam verbis plemmque usus ».

(3) Anglia sacra, loc. cit. : « Orto brevi post Concilium Turonénae inter regem et Thomam dissidio, Anselmi canonisatio in medio relicta est. Eam demum perfecit Alexander VI Papa, buUa ad Johanmem Cantuariensem Archiepiscopum, an. 1494 ».

(4) PieiT© de Blois, ep. 22 : Vos qui estis manus Archiepîscopi et oculus ejus ». BibL maix Patruvdj t. XXIV, p. 962.

souvent citées (1). Peut-être n' ont-elles pas été assez présentes à la pensée des écrivains qui ont recherché les causes de la conversion de Thomas Becketet qui n'ont tenu aucun compte de rinfluence de son secrétaire (2) . Nous croyons la reconnaître dans l'esprit tout nouveau qui régit dès lors la conduite et inspira les actes du célèbre Primat.

Sa conversion fit grand bruit, et, au rapport des charoni^ queurs qui en fm*ent témoins, elle trompa les appréhen* sions des ims, les espérances des autres, en même temps qu eUe fut pour tous un sujet d'étonnement (3). A la vérité, il n'eut pas à revenir de fort loin, ni à réparer une vie marquée par de scandaleux désordres. Les comtemporains rendent tout d une voix hommage à la gravité constante de ses mœurs (4) . Mais des habitudes toutes mondaines, un extérieur, mi train de maison qui annonçaient le courtisan.

(1) BisL litL, t. XIV, p. 95. — t^ univ., t. XXVI,

(2) Il faut excepter cependant M. Hauréau {Biog. wiii)., loc. cit.) : « Il n'est pas douteux qu'il ne l'ait encouragé dans sa résistance aux volontés du roi ». — M. de Pastoret {Hist^ litt.i t. XIV> p^ 95) s'était contenté de dire : a II partagea les sentiments d'opposition que le nouvel archevêque montra ». — Ni Lingard, dans son Bistoire d'Angleterre ; ni Augustin Thierry, dans son Histoire de la Conquête ; ni le D"" Giles, dans sa Vie si consciencieuse de saint Thomas, n'ont fait jouer à Jean de SaUsJjury le rôle qui lui revient, selon nous, dès le début do la querelle.

(3) Guillaume fils d'Etienne, Viia S. Tkomœ CmL, ap. Miguej Patrol.^ t. GXC, col. 126 : « Contra spem régis et omnium itas»culum deseruit, ita repente mutatus est... ut omnes mirarenr tur » — Cf. Giles, Saint T/iomas, trad. cit., ch. x, t. I, p* 358

et 359.

(4) Willelm. fil. Steph., éd. Migne, col 115; Willelia. Gaat.,

ibid., col. 235.

r homme de guerre, nullement l'homme d'église (1), tout c^la ne présageait guère les vertus austères d*un épiscopat couronné par le martyre, et ne justifiait que trop les espérances qu'Henri II fondait sur l'élection de son brillant favori. On ne saurait plus expliquer ce brusque changement par la naissance de Thomas Becket, ni avancer que, le lendemain de son sacre, il sentit se réveiller en lui son patriotisme saxon , à la vue de la nouvelle dignité dont il était revêtu, de l'autorité qu elle lui conférait et qui lui permettait de s'ériger en protecteur, en champion de ses frères conquis et opprimés (2). Thomas était Normand d'origine: deux historiens du temps l' affirment formellement (3) : il

(1) Willelm.fil. Steph., éd. Migne, col 115-116. Id., ibid., coL 120-121.

(2) V., sur les corrections qu'Augustin Thierry se proposait do faire à son célèbre livre IX de V Histoire de la Conquête, la note mise par les derniers éditeurs au n" 1 des Pièces justilicatives de ce livre, t. III, p. 301.

(3) Willelm. fil. Steph^, éd. Migne, col. 112: Prœfatus Gilhertus cum domino archiprœsule de propinquitate et génère loquebatur ; ut ille ortu Normannus : — Passio sancti Thomœ, auct, anonymo Lambet/iiensi, Migne, même vol., col. 278: Gilhertus quidam ^cognomento Bccketj palria Rothomagensis^ — V. Giles, Saint Thomas Becket, trad. cit., ch. i, t. I, p. 262. Le D** Giles est lé premier qui ait démontré le peu de solidité de la thèse d'Auçustin Thierry.— Ajoutons que Lingard (Hist. d^AngL,éd, cit., t. II, p. 318) semble regarder Thomas comme étant d'origine normande. Il dit en effet de son père qu'il était « le compatriote et l'ami de Thibaud ». Or nous venons de voir sur ce dernier l'assertionde Guillaume fils d'Etienne. Elle concorde avec la mention que Duboulaifait de ce prélat au catalogue des académiciens du douzième siècle {Hist, Univ. Paris., t II, p. 775), où il l'appelle iVbrmani^cwa. Nous ne comprenons donc pas les scrupules de l'auteur de l'article sur Thibaud, dans V Histoire littéraire y t. XIII, p. 309, lequel article commence par ces mots : « Thibaud, né d'une famille noble (on ne dit pas qu'elle était cette famille ni si elle était normande)... »

ne devait donc éprouver pour les Saxons vaincus que cette compassion, cette sympathie, que l'esprit évangélique met au cœur d'un prêtre et d'un évêque pour les classes souffrantes et persécutées.

Dira^-t-on qu'en embrassant d'im cœur si ferme et d'une volonté si résolue tous les devoirs de son ministère, Thomas, loin de se démentir, restait fidèle aux principes de loyauté , d'honneur, qui l'avaient toujours gouverné et qui respiraient dans ses paroles, lorsqu'aux prédictions de ses amis touchant son avenir, il ne craignait pas de répondre : « Je sais en Angleterre trois pauvi'es prêtres dont je souhaite la promotion mille fois plus que la mienne : car pour moi, si jamais je deviens archevêque, il me faudra perdre les bonnes grâces du roi mon maître, ou bien, ce qu'à Dieu ne plaise, sacrifier le service du Seigneur (1). » Becket avait, dans le caractère, beaucoup de droiture et d'élévation ; mais il était faible. On le vit bien à l'assemblée de Clarendon, où il fléchit un moment devant l'exaspération d'Henri IL Pour qu'il reprît pleine possession de son courage et recouvrât la claire vue de ses devoirs, il lui fallut les remontrances de ses' clercs et les reproches plus zélés que respectueux de son porte-croix, lequel l'accusa d'avoir trahi sa conscience et déserté la bonne cause (2). D'ailleurs cet homme de cour, après avoir si longtemps vécu à l'écart de l'Église, en dehors de ses idées comme

(1) Willelm, fiL Steph., éd, Migne,col. 118.

(2) Fleury» BisUeccL, LXXl,\, U XV, p. 150; Lingard,éd.cit., t. II, p. 349; Augustin Thierry, Histoire de la Conquétefliv. IX, t. m, p. 97 ; Griles, Saint Thomas Becket, trad. cit., ch. xvn, t. I, p^ 462, — Cf. Salisb., ep. 193, t. II, p. 10; ep. 225, t. n, p. 82.

de ses mœurs^ n'était-il pas un peu dépaysé daiib le rôle qui lui était si i^temmënt échu 1 ne pouVfUt-il douter par instants de lui-faiême et sentir son regard se troubler, au milieu de tant de contestations épineuëes^ toutes les fois qrfil ne rencoiltt'ait pas Tappui tfun fidèle et prudent conseller?

Celui qui| plus que tout autw»} dut éclairer Thomas et affermir ses pas au début de sa nouvelle carrière^ ce fut sans nul doute Jean de Sèlisburyt Plus d'une fols nous le voyons donner des avis à son maître du toh de douce autorité, de paternelle afltefctioni i^servé^ semble-t-il^ aux directeurs de conscience daHs leurs rapports avec les ftities qu'ils conduisent. Jean^ qui passe^ aux yeux de quelques-uns^ pour avoir été le confesseur d'Un Pape^ le devint-il plUs tard du saint archevêque de Gantorbéry ? Nous U' avoué garde de rien éfiîrmer sur ce point ; il l'eût été cependant^. qu'il n'aUrait Hèn eu à changer aux exhortationà qu'il adresse au PriiUat dans la lettre suivante : n Mort avis^ mon désir ^ ce que je vous demande avant toùtj c'est de Vous tomiier vers Dieu^ de mettre toute votre confiance dans la prière. Il est écrit au livre des Proverbes : ,T Un rempart inexpugnable, c'est le nom du Seigneur 5 « quiconque s'y abritera^ sera sauvé de tout péril. » Oublier pour un temps les autt^ préoccupations^ autant du moins qu'il est en vous: Elles sont^ je l'avbuë, très-^lmpoi-tâutes ; celle que je vous engage à leur préférer, l'est beaucoup plus encore* Les lois, les canons ont leur utilité^ mais, croyezmoi^ vous n'en tirerez, quant à présent; aucun proflti

^en fVoc istn iibi tempm speclatulia poscit.

a Ce sont choses qui entretiennent moins la dévotion que la curiosité; Il est écrit, Tavez-vous oublié? que, dans les malheui-s publics, les prêtres avec leurs ministres se tiendront entre le vestibule et l'auteU pleurant et disant : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple. Je descendais en moi^ ajoute uti prophète, je scrutais ma conscience au jour de la tribulation, eU tendatit les mains^ je cherchais Dieu. Nous Voyons par là que les exercices spirituels ^ l'examen de notre âme en vue de la purifier, détournent la colère et attirent la miséricorde de Dieu. Quel est celui qui^ au sortir de l'étude des lois ou des canons, s'est senti touché de compôhctioîi ? Je dis plus : les exercices de l'école, en augmentant la science, enflent le Cœur; mais jamais, ou peu s eti faut, ilé ne ravivent la t>iété. J'aimerais mieux vous voir approfondir les Psaumes ou feuilleter les sermons de saint Grégoii*e, qtie de Vous ëtitendl^ë phitosdphef à la manière scolastique. Mieux vaudrait conférer sur la morale avec quelque homme spirituel, dont l'exemple vous porterait àiibieh, que dé vous perdre en tontrbverses, en discussions subtiles sur des sujets profanes. Dieu sait le • zèle, l'attachement qui me dictent ces paroles. Vous en ferez le cas qu'il vous plaira. Mais» si vous en tenez compte dans votre conduite, Dieu vous sera en aide, et vous n'aurez rien à craindre des machinations de vos ennemis. Il n'ignore pas que, dans notre détresse présente, aucun secours ne peut nous venir de la part dés hommes (1 ) . » Cette lettre datée de l'èxîl, Jean l'adresse à son archevêque, exilé lui aussi. Mais auparavant, lorsque Becket était encore

(l) Salisb., ep. 138, t; I, p. 195.

chancelier, dans tout Téclat de la faveur et de la puissance, son futur secrétaire le prenait déjà volontiers avec lui sur le ton du confident et du conseiller. Thomas, en devenant chancelier d'Angleterre, était demeuré archidiacre de Cantorbéry ; du moins il conservait le titre et les avantages temporels de sa première charge (1) , mais sans s'astreindre aux fonctions ni à la résidence qu elle suppose. Il semble que Thibaud ait parfois souffert de son absence. Nous avons deux lettres signées de lui, Tune au roi, l'autre à Thomas (2) , où il réclame son archidiacre et met tout en

(1) V. Giles, Sam/ Thomas Becket, trad. oit, ch. viii, t. I,p. 336, et ch. xr, t. I, p. 370.

(2) Salisb., ep. 70, t. I, p. 93; 71, t. I, p. 94. Ni l'une ni l'autre de ces lettres ne se trouvent citées, que nous sachions, par les historiens qui ont parlé de saint Thomas. Nous ne conservons néanmoins aucun doute sur leur objet, encore que la première porte pour suscription ces mots seulement : Ad regem, et la seconde ceux-ci, qui nous semblent une erreur de copiste : Ad R, arckidiaconum. Voici nos preuves. On ne peut élever aucun doute sur le destinataire de la lettre 78 (t. I, p. 105), qui porte comme suscription : Ad cancellarium Angliœ, et présente d'ailleurs dans sa teneur des indications assez claires sur le correspondant de Jean ; témoin ces phrases : Rex et tota curia adeo pendent de consilio ves' tro, ut nec spespacis immineat^ nùieam vestraprudentiaprœfiyuret. .. In aurc et ore vulgi sonat vobis esse cor unum et animam unam, vel ur^ gente familiaritatis amicœ stimulo idem velUf et idem nolle necesse sit vobis. Or, 1* celte lettre désigne assez nettement les deux précédentes dans cette première phrase : Litteras domini mei ad dominwn regem et vos sub ea aiictoritate conceperam, ut vobis redeundi festinata nécessitas indiceretur, nisi crimen inobedientiœ malletis in* eurrerCf et cum pœna anathematis dispendium bonorum, quœ a Cantua^ riensi Ecclesia fiabetiSf sustinere. 2" On Ut vers la fin (p. 107) : Ipse {Theobaldus) domino régi scribitj nihil ulterius petiturus at, La lettré 70 au roi se termine par ces mots : Audite si placet quod in isto tam offectuose postulamus articulo, fortasse nihil amplius petituri, 3" Enfin les trois lettres n'ont qu'un seul et même objet et ne peuvent concerner qu'un seul et même personnage.

œuvre pour obtenir son retour, depuis les prières jusqu'aux menaces. Ces deux lettres, Jean de Salisbury les avait nonseulement écrites de sa main, mais composées lui-même; son témoignage en fait foi (1) : il les rappelle peu après au chancelier, lui écrivant en son propre nom ; il s'étonne de sa résistance aux désirs d'un père, aux volontés d'un maître ; il n'ordonne pas, menace moins encore, mais il conseille: «Faites-moi connaître,» dit-il en teiminant, «ce qu'il vous a plu de résoudre ; mais sachez-le bien, il vous importe à tous égards de revenir avant la mort de l'archevêque notre maître (2) . »

Nous trompons-nous? mais il nous semble que celui qui, dans ces différentes occasions, parlait comme on l'a vu, se croyait en droit de donner des avis et assez en crédit pour qu'on y déférât. En entrant dans le palais primatial de Ciantorbéry, Thomas sans doute voulut voir tout d'abord le confident de son prédécesseur, et s'entretenir avec lui de ses nouveaux devoirs. Au surplus, est-il si téméraire de supposer qu'il ait réglé sa conduite sur les conseils de Jean, puisqu'il sut si bien la conformer à ses exemples ? On n'a pas oublié la disgrâce momentanée de Jean de Salisbuiy : elle précéda de bien peu le conflit que les mêmes causes soulevèrent entre Henri II et son ancien favori ; elle ne fut que le prélude de la nouvelle défaveur que Jean lui-même ne tarda pas d'encourir. Nous ne sommes pas le premier à reporter en partie sur le secrétaire la glorieuse responsabilité de la résistance de son maître. Le roi ne s'y trompa

(1) Salisb., ep. 78, t. I, p. 105.

(2) Id., ibid., p. 107.

point. U année qui suivit le sacre de Thomas Becket (1) , un an avant que celui-ci prît le chemin de Texil, Jean de Salisbury fuyait devant le courroux royal prêt cette fois à sévir contre lui (2), et revenait banni, persécuté, dans cette France où, vingt-cinq ans plus tôt, il débarquait jeune, plein tf ardeur, ouvert à l'espérance et confiant dans l'avenir.

(i) En 1163. V. Giles, Saint Thomas Becket, trad. cit., c. xvr,

(2) Salisb., ep. 136, t. I, p. 193,

fiH4PîTp y|i.

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