UNE NUIT DB NOBL
faites. Chaque jour le billot de la place Ste-Waudni comptait une sanglante entaille de plus ; la peur s'abritait derrière la délation, les lâches dénonçaient pour sauver leurs tètes. Tout ce qui pendant la défense de la place avait manifesté quelqu*éner* gie, quelque haine pour les bourreaux de la Belgique, était impitoyablement sacriGé.
Parmi les courageux patriotes dont l'énergie avait été funeste aux Espagnols, on pouvait surtout compter Jacques Rolland, doyen des armuriers, sa bouillante énergie, son empire sur la foule, le rendaient un adversaire trop dangereux pour que le tribunal des troubles ne se hâtât point de s'en délivrer. L'arrivée du duc d'Albe à Mons, avait donc été saluée par la plus agréable offrande qu'on pot lui faire, une condamnation à mort à signer.
Résigné .à son sort, Jacques Rolland attendait le bourreau, le prêtre était déjà venu. Cependant son mâle courage fléchissait en songeant à ses deux enfans qu'il ne devait plus revoir, alors des larmes bordaient sa paupière; sa fille surtout, belle et naïve créature de dix-huit ans, lui arrachait des sanglots ; sans autre appui désormais qu'un frère presqu'aussi jeune, il redoutait pour elle l'avenir qu'il assombrissait de toutes ses craintes de père. Échappé comme par oubli à la proscriptioD| Henri
socs PHILIPPE n. 87
Rolland avait accepté toutes les conséquences du fatal arrêt qui le faisait orphelin, tout entier an soin de consoler sa sœur, il semblait n'avoir pas d'antres pensées; tout à coup les premiers sons du beffroi qui jetaient à Tair pur du malin leurs notes d'agonie^ le firent tressaillir, son œil parut chercher une arme, puis se tourna vers le ciel avec un sourire de méprisant dédain.
— Et ils disent, leurs prêtres, que Dieu est juste, lorsque chaque jour la vertu et la vieillesse laissent de leur sang aux poutres de Féchafaud! s'écria l'impétueux jeune homme.
— Ne blasphème, pas frère ! et remercie-le de m'avoir inspiré la pensée d'aller nous jeter aux pieds du duc, implorer la grâce de notre père.
— Lui I le duc d'Albe, faire grâce ! Ta douleur t'égare, Hélène, autant vaudrait chercher à fléchir un tigre!
— Oh I tais-toi, Henri, tais-toi, c'est le ciel qui m'inspire; abandonner cette dernière chance de sauver notre père serait un crime ! s'écria la jeune fille la voix brisée de sanglots.
— Tu le veux, dit tristement le jeune homme, allons donc, et puisse Dieu t'entendre !
Et les orphelins s'acheminèrent vers le palais ducal) les sons du beffroi, rares et plaintifs, scm-
blaient leur apporter comme on râle d'agonie. A leur vue, la foule qui encombrait l'entrée de l'hôtel du duc se sépara, les sombres Espagnob eaxHnft* mes semblaient contempler avec respect cette sainte douleur filiale. Arrivés à l'antichambre du duc» ils furent arrêtés par les gentilshommes et les officiers du duc qui jouaient aux dés et aux cartes en attendant la venue du maître.
— Que voulez-vous, mon enfant? dit un vieux capitaineà barbe blanche, visiblement ému de la douleur efifra y ante qui se peignait sur la figure d'Hélène.
— Parler au duc, monseigneur! pour lui demander la grâce de mon père; oh I au nom de vos plus saintes affections, conduisez-moi au duc! n'entendez-vous pas les horribles sons de cette cloche! chacune de ses vibrations me glace le cœur! Monseigneur, vous êtes bon, n'est-ce pas? vous ne voudrez pas que mon père meure sans que j'aie parlé au duc, car il lui fera grâce, monseigneur, j'en suis sûre, c'est la main de Dieu qui m'a poussée vers lui I
— Calmez-vous, enfant, calmez-vous, j'ai quelque crédit auprès du duc, je vous jure de l'employer pour vous; mais quel est ce jeune cavalier qui vous accompagne?
— Mon frère, monseigneur, dont les prières se
90US PHILIPPE n. 89
joindront aux miennes pour bénir votre nom!
Henri s*avança, calme et pâle, et tendant la main aa vieux castillan :
Seigneur José Pénarez, lui dit-il d*une voix tremblante d'émotion, si tous les Espagnols tous ressemblaient, la mission de votre maître serait plus facile, il n'aurait pas besoin de se donner pour collègue le bourreau !...
A ces paroles imprudentes, vingt dagues sortirent des fourreaux, un sanglant conflit allait s'élever, lorsque tout à coup les lourdes portières de damas s'écartèrent et un héraut pamt.
— Son altesse le d(ic, messeigneurs !
Yétu d'un pourpoint noir, sans omemens, le duc se tenait à l'entrée de la salle, sa Ggure osseuse et granitique décelait une volonté de fer. Sombre et farouche comme un moine de Zurbarran, il offrait le type de ce terrible catholicisme espagnol qui n'a vu du christianisme que son aspect austère; d'un regard il enveloppa les assislans et marcha droit vers Hélène qui sentit ses genoux trembler et la parole expirer sur ses lèvres.
Don José Pénarez prévint le duc.
— Si votre Altesse, dit-il d'une voix émue, fait quelque cas de mes longs services et de mon dé-
JBAR DE WEERT. 7
que : GrAcel poar mon père, mui ses idées, tous ses sentimens se r cri poussé avec un accent (ait marbre. Ses yeux noyés ^ km avec une horrible anxiété le rega représentant de TEspagne. Ses genoux qu'elle couvrait de pleui elle lui prodiguait les noms les Castillan demeura impassible.
— Qui est l'ofllcier de garde di t-il froidement.
— Raphaël Zéno, répondit rc protecteur d*Hélène.
— Don José, je vous charge d épée et de lui infliger huit jours laissé pénétrer ici cette jeune !
90II8 PHILIPPB n. 91
Dès les premières paroles, Hélène s'était sentie UQ froid mortel lui envahir le cœur, elle fléchit et roula pâle et sans vie sur le parquet : à cette vue une foule d'officiers se précipitèrent pour la relever, mais Henri les prévint tous, et s'élançant au devant d'eux, il re^ut sa sœur mourante dans ses bras.
— Arrière I arrière tousl s'écria-t-il d'une voix tonnante en jetant un regard dévorant sur le duc, ne souillez pas ma sœur, et puisse Dieu être sans pitié pour vous comme vous l'êtes aujourd'hui, puisse l'ange du mal assis sur votre lit de mort vous jeter pour dernières paroles des paroles de désespoir et de damnation. Tigres sans coBur qui portez une épée, qui souilleriez la main du bourreau et la corde du gibet; soldats du Christ qui vous baignez dans le sang et les larmes, vos trophées sont des échafauds et vos victoires des aoto-da-fé. Vous voulez faire de la Belgique une thébaïde espagnole,
monseigneur Alvare, mais le sol belge vous dévorera vous et les vôtres, mais votre nom y restera comme un souvenir de sang, et maintenant que le bourreau est prêt, que mon père attend, joins mon sang au sien, un assassinat de plus ne paraîtra pas sur ta renommée, une tête de plus te maudissant h ton chevet dans le silence des nuits, s'effacera dan» la foule de spectres qui hantent et enfièvrent ton sommeil de damné!....
9i DNB MDIT DB NOËL
Leduc recula deYant le regard du jeune homme, dont les paroles semblaient avoir un accent pro« phétiquC) mais bientôt surmontant son émotion, il fit un signe, un officier sortit de la salle, et un instant après un long et sourd murmure s'élevant de la place apprit à Henri que son père avait cessé d'exister; tout ce que la haine peut avoir de hideux venin se peignit dans le regard qu'il jeta sur le duc Celui-ci toujours calme s'adressa à don José :
Par San Jago! ce jeune homme est fou, Penarez I oser me menacer, moi 1
— Dieu est juste 1 Don Fernand est du sang de mon père, il écrit là-haut la sentence ; ma vengeance comme sa justice sera lente, mais inévitable et assurée.
— Votre Altesse a raison, dit don José, ce jeune homme est fou, le sort de son père a troublé sa raison, permettez que je le fasse sortir, ainsi que cette jeune fille qui n'est pas coupable, et a besoin de prompts secours...
— Qu'il soit ainsi que vous le désirez, Pénarez, surtout faites sentir à ce jeune homme insensé, que s'il sort vivant d'ici, après m'avoir osé menacer, c'est grâce à cette jeune fille dont il est désormais Tappui. Allez!
José, craignant une nouvelle explosion de colère
du jeune homme, se hêla d'accomplir la volonlé du duc; en ce moment Hélène reprît ses sens.
— Henri! Ilenril et notre père I s'écria- t-elle.
— Là haut fit le jeune homme, il prie pour l'aRranchissement de son pays; viens, Hélèue, il te reste i toi un frère, et au pays un vengeur. ..
foelqoes mois s'étaient écoulés depuis la mort tribun montois; de nouveaux massacres juridis avaient jeté Teffroi dans toutes les âmes, le seil de sang, juge à la fois des cas d'hérésie et \xni, de rébellion, envoyait les hérétiques au her, les insurgés au bourreau. Une muette et rde terreur affaissait les plus mâles courages, le nce était suspect, la parole criminelle. La pensée
96 UNB NDIT DE NOKL
d*extermination du duc d'Albe semblait planer comme un noir vautour sur cette malheureuse cité, qui se laissait froidement décimer et tendait sans mot dire le cou aux égorgeurs catholiques. Un seul homme osait rêver la vengeance et songeait à délivrer son pays du tribut de sang qu*il payait à l'Espagne^ — cet homme c'était Henri Rolland.
Surveillé de près par les affidés du ccmseil des troubles^ Henri avait senti la iiéccssitc de cacher ses projets sous un voile d'indifférence et d'oubli; tout entier aux soins que nécessitait l'état de sa sœur> il semblait avoir e^blié ses sermens de vengeance; mais qui eût pu lire dads tes profondeurs de son âme, y eût vu la ténébreuse haine préparer le piège destiné à envelopper son ennemi, et s'élaborer la lave qui devait le dévorer.
Frapper le duc au milieu dessiens, était une folle et stérile entreprise dont nul ne fût sorti vivant : toujours entouré de ses fidèks, il n^y amit guère de chance pour qu'un poignard trouvât le défaut de la cuirasse tolédane qui ne le quittait que trèsrarement. 11 aillait donc attendre une oeoaaîoD où le duc se trouvât presque seul et dépouillé do son pourpoint de fer. Après deux mois d'une mortelle attente, cette circonstance s'offrit enfin aux désirs de Henri, il ne songea plus qu'à tovt préparer pour en proûier.
. sous FHILIPPB II. 97
L'intérêt que les Montois portaient à Jacques Rolland, donna bientôt à Henri une dizaine de hardis compagnons résolus à suivre sa fortune et à partager les périls de son audacieuse entreprise.
Après deux mois de séjour à Bruxelles, le duc venait de retourner à. Mons où il comptait passer les fêtes de Noël; les conjurés convinrent de proGter du moment où le duc irait comiaunier à Tabbayc de Sainte-Lucie, située à deux lieues de Mons, et où il avait Tbabitude d'accomplir ses devoirs de chrétien lorsqu'il se trouvait en cette ville. La hardiesse de ce projet faillit d'abord faire avorter le plan de flenri, mais bientôt ses compagnons chassèrent leurs craintes et ne s'occupèrent plus que de tout assurer popr la réussite de leur mission de vengeance!
L'abbaye de Sainte-Luoie était un gothique monument d'architecture sarrasine riche, dont les voûtes élancées et frêles s'épanouissaient en rinceaux hardis; le cloître et Tcglise rappelaient souvent au duc des souvenirs de sa poëtique Espagne. Quelques moines seulement peuplaient cette solitude chrétienne, à loquellc don Fernand avait fait de riches et nombreuses donations. Souvent il lui était arrivé de partir brusquement de Mons accompagné seulemoit de quelques écuyers et de venir y retremper
98 ONB NUIT DB ROBL
dans la prière et les macérations, ses aomiNres et terribles croyances; toujours il sortait de cette retraite plus austère, et sa formidable propagande catholique se montrait plus que jamais impitoyable et farouche.
Ce ne fbt qu'à force d'or et d'adresse que H^ri parvint à savoir le jour du départ du duc, et à connaître la force de l'escorte qui devait Taœcompagner. Elle se composait de six gentilshommes de sa chambre, tous vaillans capitaines, bronzés aux gigantesques batailles du xvi* siède.
Les conjurés purent à peine contenir leur joie en apprenant que le hasard leur livrait d'un seul coup tous leurs ennemis.
Le soir de l'exécution de son projet, Henri réunit ses amis dans une taverne située sur la route par où devait passer le duc; en voyant le Jeune homme, l'hôte tira une clé de son pourpoint et leur fit signe de le suivre. Après avoir traversé une longue pièce obscure, ils arrivèrent à une dbambre inhabitée donnant sur une cour vaste et déserte.
— Vous serez en toute sûreté ici, messires,.et l'oreille de l'inquisition, quelque fine qu'elle soit, n'a jamais ouï une des paroles de haine qui s'y sont proférées contre l'Espagne.
— Merci, Pierre, tu es un brave et fidèle ami»
tous paiLiPPB II. 99
toi I mais toat est-il prêt? les robes, les dagues et les haches?
— Toat, messire Henri! dit le tavernier en oa- ▼rant nn vaste bahut d'où il tira successivement dix robes de franciscains, autant de poignards et de haches d'armes. Voici de quoi faire passer aux maranes une joyeuse nuit de Noël, voyez comme ces dagues et ces haches ont bonne mine, conmie elles ont l'air d'attendre un baptême de sang espagnol I
•^ Mes amis, dit Henri à ses compagnons occupés à passer leurs robes de moine et à s'armer, je vous demande une grâce; parmi tous ces hommes qui dormiront tantôt du sommeil éternel, il en est un que je voudrais sauver, un qui a intercédé pour mon père, et dont les paroles de paix ont plus d'une fuis arrêté le fer sur la tête des nôtres.
— Quel est cet élu de ton cœur, cet honnête homme fourvoyé parmi les bandits? demanda l'un des conjurés.
— Don José Pénarez, dont la bienveillante amitié nous a sauvés ma sœur et moi.
— flfais comment le reconnaître? dans la mêlée, le fer peut s'égarer et aller au cœur de ton protégé aussi bien qu'à celui du Moloch espagnol !
— C'est le seul avec le duc qui porte la Toison d'or. *- Mais si tu le faisais prévenir, Henri?
Mite nuit, dit Henri.
— Alors deux moU poor 1 1
Vhôte. Je me charge de les lu de l'abbaye.
Henri traça à la hâte que quelles il demaodait au cornu
dez-vous pour minuit, en aW cation de U plus grande imp
au nom de sa sœur de ne pas
qui, disait-iLéUit pour elle
vite. Puis ayant scellé le bill
Tu es sûr au moins à'»
le reconnaître? dit Henri.
Par saint Georges, i«
mille, grand, mince, barbe
l'air sévère.
9008 PHILIPFB II. 101
Quelques secondes plus tard on entendit le galop un cheyal brûlant le pavé.
Henri et ses compagnons s*habi]lèrent à la bâte, ; après avoir assuré leurs armes dans leurs ceinires, ils sortirent de la taTerne, se dirigèrent vers ibbaye par un sentier qui leur permettait d'arver presqu*en même temps que les cavaliers.
*air vif et froid de la nuit repercutait au loin le ruit de leurs pas, le ciel semblait s*être paré de »utes ses splendeurs nocturnes, quelques nuages uves sur lesquels la lune était curieusement ac- >udée, comme sur un balcon d*or, se dessinaient mis sur Tazur profond d'un ciel italien. Çà et là *s oiseaux de nuit troublés dans leur solitude prclient leur vol à l'approche des conjurés montois. out était calme, repos et lumière, les arbres dé- )uillés de leurs feuilles accusaient vigoureuse-lent leurs noires silhouettes sur le fond blanc de imière qui inondait tout le paysage.
— Par le nombril du grand diable I dit Hubert 3 Wargnies, l'un des conjurés, — voilà un temps lus propice à faire l'affût du sanglier qu'à traquer ^ maranes, qu'en pensez-vous, enfans?
— Que tu as raison, Hubert, et qu'on y voit mjours assez pour frapper un ennemi I
Tout à coup les sons argentins d'une cloche vin- ?nl frapper leur oreille.
10S CNB ifcrr db mobl
-— Silence, dit Henri, nous approchons, — séparons-nous ici, amis, afln de ne pas éveiller des soupçons, qu'à Téglise chacun soit à son poste: toi, Hubert, au signal donné tu éteindras les lampes; vous, soyez tous chacun auprès d'un Espagnol, la prière sur les lèvres et la main sur vos dagues, prêts à frapper; toi, Philippe, avec moi derrière le duc pour me soutenir au signal ; le mot d'ordre sera : Liberté et saint Georges I Et maintenant, amis, hourrah pour la libre Belgique!
Les conjurés étaient arrivés en ce momeot en vue de l'abbaye, des cavaliers y descendaient, Henri en s'approchant vit à la lueur de la lune, Pierre le tavernier, remettre son message à un des cavaliers déjà parvenu sous le porche de l'église où régnait l'obscurité la plus profonde. Tranquille sur ce point, le tavernier allait rejoindre ses compagnons, lorsqu'il entendit la voix du cavalier s'adresser à l'un des pages et lui ordonner de serrer le message dans son missel; à cette voix brèfc et incisive, Pierre reconnut le duc d'Âlbe. De stature pareille à celle du comte de Pénarei, le duc portait comme ce dernier un pourpoint noir par-dessous une capeline fourrée, la Toison d'or brillait sur sa poitrine, l'obscurité, la foule, avaient trompe le malheureux Pierre, et maintenant le
801» raïupra II. 103
dac se trouvait en possession d'un terrible secret, dix tètes étaient suspendues au fil du caprice qui lui ferait feuilleter son missel, ou lui ferait ouvrir le message; à cette horrible pensée sa tète se Irou- Ma et sa raisOn fut prête à l'abandonner. Toutefois il conserva assez de force pour s'approcher de Henri, agenouillé dans l'ombre derrière don Fernand, et de lui murmurer à l'oreille :
— Une horrible fatalité m'a fait remettre au duc la mission destinée au comte de Pénarez, tuezmoi ! je suis un misérable I
Henri sentit son sang se glacer à ces terribles paroles; de laides gouttes de sueur froide roulèrent de son Hront. Il fit signe au tavcrnier de garder le silence et se rapprocha de son ennemi la main sur sa dague nue sous sa robe, prêt à le poignarder sans merci au moindre signe qui prouverait l'intoition de lire la missive. Pendant quelques minutes ce fut une horrible torture pour le jeune liomme. — Enfin don Fernand prit son missel des mains de son page, le posa sur son prie-Dieu, et parut absordé dans une contemplation profonde; puis, il releva la tête et reprit le missel dont les agrafes d'or cédèrent difficilement. Henri fit un pas en avant caché par l'ombre de la colonne auprès de laquelle se trouvait le duc; tout à coup un
f\fWV «tf« «<• «»«•
CBapeieis ^m» u t>a/-v< (holiqueS) dont Lather avait déjà f pable commerce; au chapelet d'fl< par hasard une petite miniature s sentant la Virgen de Los Dohres; Tcn détacha et s*approcha d'un aîi cnfironnécn ce moment de ses ge
— Monseigneur, dit-il, d'une vo mise, je suis un pauvre moine < grâce à demandera Votre Altesse, lui être agréable, c'est de voulo sainte image de Notre-Dame-delxbé le Saint-Sépulcre, votre zèle p espérer que Votre Altesse recevr avec reconnaissance.
— Mon révérend père, dit le d
sous PHILIPPE II. 105
— La tâche est grande et Thérésie y a de profondes racines, murmura le duc avec un soupir.
En cet instant les chants des moines s'élevèrent, leiaux pèlerin tendit la main vers le missel du duc qui le lui remit courtoisement, puis Henri s*étant Hiis à genoux parut prier avec ferveur, enfln il se leva et remit le missel à don Fernand.
— Puisse cette sainte image garantir toujours Votre Altesse de tout danger!
— Amen! mon père, fit le duc avec reconnaissance.
La messe de minuit commençait.
L'église où allait se passer le dernier acte de ce drame était par sa nature très-favorable aux desseins des conjurés. Quelques lampes jetaient leur terne et fumeuse lumière sur les rares chrétiens agenouillés sur les marbres tumulaires du chœur. Les ailes de Téglise plongées dans la plus complète obscurité permettaient à peine de distinguer un ami d'un ennemi. Au-dehors le ciel s'était cnténébré et de larges et noirs nuages avaient jeté leurs mornes crêpes sur la lune, tantôt si coqueUc et si blanche.
De sourdes raffales de vent éveillaient toutes les voix du vieux clottre et prêtaient des murmures cl (les gémissemens à la pierre, aux arbres. On eût dit