UNE NUIT DE NOBL
que l'aile de quelque gigantesque démon s'était in-terposée entre la terre et le ciel pour lui cacher le sanglant sacrilège qui allait souiller la maison du Seigneur. An-dedans la voix des moines chantait lente et solennelle le septième psaume^ et le duc se sentit frémir à ces paroles qui semblaient être un avertissement d'en haut :
« Dieu est un Dieu juste, et le Dieu fort s'irnlc chaque jour contre l'oppresseur! »
Une voix du fond de l'église répondit :
« L'éternel lui prépare des armes mortelles et il tirera contre lui ses flèches ardentes. )»
Il y eut un moment de solennel silence, les moines reprirent leur chant prophétique.
« Car il a fait une enquête des meurtres et il s'en souvient, il n'oublie point le cri des affligés. »
La voix du fond reprit :
(c L'éternel sauvera le peuple affligé et abaissera les yeux des superbes! »
Don Fernand se dressa pâle, la main sur sa dague, son regard semblait vouloir illuminer l'ombre poar y découvrir l'audacieux qui lui jetait ainsi la sentence de sa conscience.
Les moines du chœur continuèrent :
u Le méchant plein d'audace ressemble au lion
sous PHILIPPE II. 107
qui ne demande qu'à déchirer, mais la droite du Seigneur s'appesantira sur lui. i»
Une horrible convulsion morale parut bouleverser les traits de don Fernand, il ferma son missel et fit signe à ses officiers de le suivre.
Soudain une formidable clameur retentit dans la chapelle, les lampes brisées jonchent le chœur et du sein des ténèbres surgit Teffrayant cri de guerre de : Les gueux! les gueux! hourrah! tue! tue les Espagnols!
Alors, dans l'ombre eut lieu une de ces atroces et sourdes boucheries, où les armes deviennent inaflles, où l'on s'étreint avec des étreintes de tigre, où les ongles et les dents- remplacent la dague et l'épée. Toutefois la hache des confédérés faisait merveille, et ne se relevait que sanglante; la tuerie s'arrêta enfin devant un groupe de cavaliers espagnols défendant avec acharnement la porte d'un cloître, seul endroit où la retraite fût possible, les autres issues ayant été closes par les conjurés; les dagues luisaient dans l'ombre comme des éclairs sanglans, les haches- s'ouvraient sourdement un passage à travers les crânes, les cris des blessés, des mourans tombant dans les ténèbres sur les dalles funéraires, les hourrahs des confédérés etdes Castillans, tout faisait de celle scène uniableau infernal.