CHAPITRE PREMIER
et leurs banques, elle fait tout revivre autour d!elle, comme la représentation exacte et ressemblante du pays, sans avoir la moindre pensée de rien embellir. Voici Paul Potter qui, à vingt-trois ans, donne son chef-d'œuvre quand il peint le Taureau^; Backuysen et Van de Velde avec leurs marines; Wouvermans, Hobbema et le plus grand des paysagistes, Ruysdael, qui, peignant comme il sent, avec une simplicité naturellement émue, sait tirer parti de la lumière discrète et tempérée du Nord, pour éclairer une nature attristée et lui donner les charmes les plus attachants. Ils font cortège aux plus admirables peintres de portraits : Mettscher, Terburg, Metzu, Mieris, Van der Heist, Fran^ Hais, le plus élégant et le plus vivant de tous; à Van Ostade et Jean Steen , les peintres fidèles et quelquefois hardis de la vie populaire dans toute sa trivialité ; à Gérard Dow, dont les scènes d'intérieur les plus familières ont le fini du détail et jusqu'à l'expression pathétique; à Cuyp, dont l'œuvre est un complet répertoire de la Hollande au dix-septième siècle. Audessus de tous, trône à l'écart Rembrandt, penseur en même temps que peintre, dont la vie comme la peinture ofî're le contraste des vives lumières et des coins sombres, et qui, par la grandeur de l'inspiration comme par l'originalité du génie, ne ressemble à personne, ayant la gloire de n'avoir point de rival.
Dans les autres domaines de l'art, toutes les facultés de l'esprit sont également en éveil. Vondel ^, réformateur et presque créateur de la poésie hollandaise, qui lui est redevalde de sa pureté et de sa noble simplicité, donne un théâtre à son pays et mérite d'en être surnommé le Corneille; Cals, à la fois homme d'État et poète, charme ses contemporains avec ses vers faciles qui suppléent à l'inspiration par une grâce sans apprêts. La révolution qui avait fondé l'indépendance nationale trouve son historien dans Hooft. Wicquefort, chargé plus tard d'être l'historiographe des États de Hollande , prépare son grand ouvrage qu'il termina dans la persécution, et dont son savant livre sur l'ambassadeur et ses fonctions est le complément. Grotius, aussi renommé par ses mérites d'homme d'Etat que par ses talents de littérateur et de jurisconsulte, «l'homme
^ Mort en 1679, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.
le plus universellement instruit qui ait paru dans le monde depuis Aristote «, dit l'un de ses contemporains ^ victime des troubles civils et des ressentiments du stathouder Maurice d'Orange, est recherché à l'envi par les cours de Suède et de France, et lègue à la postérité son traité du droit de la paix et de la guerre, véritable code de la diplomatie de son temps. Spinosa ne recule devant aucun des problèmes de la philosophie et en hasarde les plus téméraires spéculations. Descartes, qui avait fait, comme volontaire, la guerre de l'indépendance, donne aux Provinces- Unies leur plus grande illustration littéraire, en s'y fixant pour y achever ses immortels ouvrages; c'est sous les ombrages du bois de la Haye qu'il trouve l'axiome de la nouvelle philosophie qui résume la pensée de tout un siècle : « Je pense, donc je suis. «
La théologie protestante n'était pas restée inactive. Elle avait repris avec Arminius et Gomar les controverses sur la grâce divine et la liberté humaine ; ses nouveaux docteurs, Voetius et Cocceius, tous deux chefs de sectes opposées, groupaient autour d'eux de nombreux disciples. La philosophie cartésienne, défendue par les uns, combattue parles autres, les avait divisés en deux camps ennemis.
L'antiquité éveillait le goût d'imitation des poètes et des prosateurs de Rome. Barlaeus, Heinsius, Juste-Lipse, Scaliger, avaient ouvert de nouvelles voies à Térudition. Isaac Vossius, l'un des correspondants de Saint-Evremont, vivait dans le commerce familier des livres hébreux, grecs et latins; les éditions de Virgile et d'Horace faisaient honneur au docte savoir d'Heinsius. Louis Elzevir, à Amsterdam, acquérait, par la beauté typographique des ouvrages sortis de ses presses, une célébrité qui dure encore. En même temps une longue renommée militaire avait fait des Provinces-Unies une école où se formaient les soldats et les capitaines. De nombreux étrangers étaient venus y apprendre, pendant les dernières campagnes de Frédéric-Henri, l'art d'assiéger les places et de les défendre. La stratégie et la science des fortifications donnaient Pessor aux talents d'ingénieurs militaires, tels que Ruze et Cohorn, le Vauban de la Hollande.
Les besoins de la navigation encourageaient Pétude de la géo-
* Du Maurier, Mémoires pou?' servir à l'histoire de Hollande , édition 1680, p. 393.