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CHAPITRE PREMIER

graphie : les cartes du libraire Jean Blaës, échevin (rAmsterdam , étaient recherchées dans toute l'Europe. Les sciences mathématiques etnaturelles n'étaient pas restées en arrière : Huyghens, l'un des plus grands savants de son siècle , se faisait connaître par ses études de géométrie, ses découvertes mécaniques et ses recherches astronomiques, auxquelles Louis XIV lui-même décerna de solennelles récompenses ^ . La nature vivante semblait avoir livré ses secrets à la pénétration de Zwammerdam et de GraafF. Zwammerdam appliquait le microscope à Fétude des insectes, pour se rendre compte de leurs métamorphoses. Graaff faisait usage de Fanalomie, pour approfondir la loi du développement des germes et les mystères de la génération humaine. Les inventeurs n'avaient point fait défaut. « Un fondeur, François Hermong, trouvait dans la composition des métaux un procédé qui lui permettait de faire des cloches dont le son était doux comme celui des orgues, et dont on allait entendre l'harmonieux carillon comme une musique ^. w Un Français nommé Dessons, établi à Rotterdam, y montrait à l'ambassadeur de France, Chanut, un vaisseau à rouages qu'il avait construit pour aller sur mer, sans voiles, rames ni cordages, et avec lequel il se vantait de faire quinze lieues à l'heure. " Il avait mieux aimé » , disait-il, ce en venir faire Texpérience dans un pays libre, en état d'apprécier celte sorte d'ouvrage, que de le faire proposer en France, où les guerres civiles avaient ôté le goût qu'on aurait eu dans d'autres temps pour de pareilles raretés ^ 5? Peu s'en fallut que la découverte de la vapeur ne fût avancée de près de deux siècles.

La république des Provinces-Unies prenait ainsi une part active au mouvement des esprits encouragé par le brillant exemple de la France. Elle s'y associait avec une émulation sans cesse croissante. Les universités deLeyde, de Groningne, d'Utrecht, illustrées par les leçons de professeurs d'élite, le gymnase d'Amsterdam, l'école latine de Dordrecht réunissaient, pour les diverses parties de l'enseignement, une nombreuse et studieuse jeunesse. L'université que la ville de Leyde avait demandée et obtenue, en récom-

' Huyghens fut nommé par Louis XIV membre de l'Académie des sciences. ^ Mémoires du comte d' Estrades ^ 1663. Archives aff. étr. ^ Mémoires de Hollande, p. 159.

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pense de sa défense contre l'Espagne, comptait deux mille étudiants et avait acquis en peu de temps une célébrité européenne. Vingt-deux ans après sa fondation, le roi de France Henri IV, pour témoigner aux Etats généraux combien il était reconnaissant de Tappui que la république lui prêtait contre l'Espagne, déclarait dans son traité d'alliance avec les Provinces- Unies que les diplômes académiques donnés par les professeurs de l'université de Leyde seraient désormais admissibles en France, et que les titres de ses gradués y seraient également reconnus. A Dordrecht, les réunions littéraires faisaient partie des habitudes journalières de la vie sociale; elles étaient le rendez-vous de femmes jeunes et belles, d'un esprit élevé et d'un grand cœur, qui se signalaient par leurs essais poétiques et leurs études sérieuses, comme pour rivaliser avec les plus illustres Françaises du temps. Ce reflet lointain de l'éclat qui rayonnait à l'hôtel de Rambouillet donnait à une société bourgeoise ce prestige d'élégance dont la richesse ne tient pas lieu.

Indépendants, jouissant des bienfaits d'une civilisation féconde en ressources et en gloires de tout genre, les habitants des Provinces-Unies étaient restés fidèles aux traditions de simplicité et d'honnêteté qui font les peuples libres ou dignes de l'être. u Bien qu'ils soient éloignés de l'ancienne parcimonie de leurs pères, ils conservent encore une partie de la modération qui est si rare dans l'opulence : l'extrême frugalité des tables, le peu de nombre des valets, assez de modestie dans les meubles et les habits, le peu d'ambition de s'élever au-dessus de la qualité de marchands, la gratuité de la plupart des fonctions publiques rénumérées par des indemnités plutôt que par des traitements, enfin, l'esprit des Etats populaires qui rapproche la condition de tous ceux qui les composent, relient ensemble des richesses qui seraient bientôt dissipées dans le faste des cours , avec le désir d'élévation inséparable de ceux qui vivent dans les monarchies *. « Un tel témoignage donné par le marquis de Pomponne, ambassadeur du roi de France à la Haye et l'un des conseillers de la guerre déclarée plus tard par Louis XIV aux Provinces-Unies, est celui d'un juge aussi compétent qu'impartial.

* PoMPOXNE, Négociations manuscrites , Bibliolhèiiue de l'Arsenal, t. II, p. 19.

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