CHAPITRE IV
parti orangiste se tint prêt à faire servir cette élection au rétablissement du fils de Guillaume II dans les charges de ses ancêtres. Celte nouvelle coalition semblait menacer la Hollande des plus redoutables dangers. Mais elle fut promptement dissoute par d'inévitables divisions dont celle-ci sut profiter. En Zélande, la ville de Middlebourg se détacha du parti orangiste, dans la crainte qu'un changement de gouvernement ne rendît inévitable le renouvellement de la guerre contre FAngleterre, dont son commerce aurait eu à souffrir. « La plupart des partisans de la maison d'Orange, surtout dans cette province « , écrit-on dans une correspondance contemporaine ', ce n'ont fait que suivre le vent populaire; car à présent, le peuple se lassant de crier : Vive le prince! et s'occupant d'autre chose, les nouvelles disputes font oublier les vieilles. 5? Quant à la Gueldre, elle fut habilement satisfaite et désintéressée : les Etats de Hollande avaient déjà pris à leur compte^ la part de payements de celte province dans les subsides dus au roi de Danemark; ils lui offrirent le remboursement qui lui était le plus avantageux, en mettant à sa charge Pentretien de trois compagnies hollandaises, et lui donnèrent ainsi la disposition de plusieurs emplois militaires. Dans la province d'Utrecht, la ville « qui avait grande correspondance avec Amsterdam ^ yy se prononçait contre la noblesse , en faveur du gouvernement républicain. En Frise, « la jalousie de la noblesse et l'opiniâtre fierté des esprits w rendaient précaire l'autorité du prince de Nassau. Dans la province de Groningue, la rivalité de la ville et des campagnes, les Ommelandes^ dominait les grands intérêts des partis politiques et mettait aux prises l'animosité des passions locales. Enfin, dans l'Overyssel, la résistance de Deventer opposa aux Etals provinciaux réunis à ZwoU Tautorité d'une autre assemblée rivale dans laquelle certains membres de la noblesse et quelques députés des petites villes vinrent siéger. Le parti orangiste n'aurait pu désormais se rendre maître de la province qu'à l'aide d'une intervention militaire, et les États de Hollande s'empressèrent d'y mettre obstacle. Ils commencèrent par interdire aux officiers des troupes qu'ils payaient, de prendre aucune part à ces différends, et obtinrent des États généraux que la même défense
* Thurloe, State papers , 4 décembre 1653.
2 Résol. Holl., 4 novembre 1653.
2 Chaivut, Mémoire man., 1655 : Arch. aff. étr.
fût signiflêe aux commandants des troupes des autres provinces. La guerre civile était ainsi cantonnée et ne pouvait plus dès lors ni s'étendre, ni se prolonger.
A Taide de ces querelles domestiques et a moyennant les contentements qu'ils savaient donner * 55 , les Etals de Hollande se ralliaient de nombreux partisans. Les bourgmestres des grandes villes, entre autres celui de Deventer, Beck, et celui dXtrecht, Holck, se prononçaient en leur faveur : il en était ainsi des principaux députés de la Gueldre, tels que Dorth, Pun des plus riches de la province; Bronkhorst, c qui prétendait à la réputation d'être indépendant du prince et aimait mieux être renommé comme ami de la liberté i) ; Van Ghent, "qui, sans avoir grande fortune, menait un train assez coûteux, très-lié jusqu'alors avec la Princesse Douairière, mais se montrant disposé à changer de parti avec la fortune 1) : le grand pensionnaire de Witt avait fait donner à son fils aîné une compagnie d'infanterie et le rendait ainsi favorable aux intérêts de la Hollande ^. Dans la province même qui était le camp retranché du parti orangiste, en Zélande, a le pensionnaire de Middlebourg, Adrien Veth, se déclarait tout à fait dévoué à la liberté. C'était un homme honnête, incorruptible, hardi, éloquent, harangueur, qui trouvait d'utiles auxiliaires dans son frère et dans son beau-frère Reigersberg, l'un bourgmestre, l'autre conseiller de la ville ^ » : il avait toute la confiance du Pensionnaire delà province, Jean de Brune, qu'il devait remplacer quelques années plus tard '^ . u La Hollande est maîtresse de beaucoup de charges qui lui concilient les suffrages « , écrivait de la Haye le correspondant du ministre anglais Thurloë; a elle nomme à beaucoup d'ambassades, à de nombreux commandements de troupes; elle peut, comme Pon dit, distribuer en bénéfice des provinces entières, et elle a des appâts pour attirer à elle les renards qui savent flairer le profit ^ r^
De Witt s'employait avec une prévoyante sollicitude à cet habile maniement des intérêts privés dont les hommes d'Etat, même les plus austères , ne peuvent impunément se passer. Il avait entre les
1 Ghanut, Mémoire : Arch. aff. élr.
2 L. de Thou, 15 janvier 1660 : Archives aff. étr. 3 1658.
^ Relation d'Appelboom, Vreede, p. 142.
^ Thurloe, State papers, 16 octobre 1654.