‹ Jean De WittChapitre 103 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mains tous les ressorts du gouvernement. Dominant lui-même les Etats de Hollande par son autorité de premier ministre, il allait réussir à mettre dans leur dépendance l'assemblée des Etats généraux, les grands commandements militaires, les cours de justice, et assurer ainsi à la bourgeoisie hollandaise, déjà maîtresse du pouvoir dans les conseils de villes, la suprématie politique dont elle lui fut redevable.

Le greffier des Etats généraux, Nicolas Ruysch \ qui partageait avec le Grand Pensionnaire de Hollande les principales attributions du gouvernement dans rassemblée fédérale^, était l'un des partisans les plus dévoués de sa politique. Il avait remplacé Musch, gendre de l'ancien grand pensionnaire Cats, dévoué aux intérêts du prince d'Orange et qui, habitué à se mettre aux gages de tous les gouvernements qui le payaient % avait été obligé de prendre sa retraite pour n'être pas condamné comme coupable de vénalité^. De Witt lui avait sliccédé comme pensionnaire de Dordrecht, avant d'être élu Grand Pensionnaire de Hollande. Ils étaient ainsi tous deux rapprochés par la communauté d'origine et par la tradition des mêmes emplois tour à tour occupés. Leurs liens de famille et d'opinions prolongèrent entre eux une intimité de vingt ans qui ne fut jamais troublée. Tant que durèrent les fonctions de Ruysch, qu'il remplit jusqu'à sa mort, son fidèle concours permit à de Witt de prendre et de garder la direction des Etats généraux.

La flotte et l'armée étaient passées en outre sous la domination du parti hollandais. Tandis que les pouvoirs d'amiral en chef„ restés vacants après la mort de Tromp, étaient exercés par l'amiral Wassenaar d'Obdam, qui n'avait épargné aucune avance aux nouveaux maîtres du pouvoir \ le feld-maréchal de Bréderode avait sous ses ordres les troupes de terre. Jean de Bréderode, qui descendait des anciens comtes de Hollande, s'était signalé sous le stathouder Frédéric-Henri par ses brillants services militaires, en

^ Il était fils de Gonrard Ruysch et de Maria Van Beveren, et avait épousé Maria Paats, fille du bourgmestre de Leyde.

2 Voir l'instruction du greffier des États généraux, i^^ septembre 1646 : AiTZEMA, t. VI, p. 245.

^ Dép. de la Thuilerie à Mazarin , 11 juin 1646 : Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 156.

^ Décembre 1650.

û Voir p. 148.

récompense desquels il était devenu le premier lieutenant du capitaine général. Les fonctions du capitaine général n'étant pas remplies depuis la mort de Guillaume II, le commandement en chef lui appartenait. Marié en secondes noces à la sœur aînée de la Princesse Douairière, Louise-Christine de Solms ' , devenu ainsi par alliance le grand-oncle du jeune prince d'Orange, il avait rompu avec éclat ses engagements de famille, en votant Pacte d'exclusion. Cette défection lui avait fait perdre l'estime publique. " Un jour de fête populaire à la Haye , il voulut offrir du vin aux passants devant son hôtel; les uns refusèrent, les autres acceptèrent sans le saluer^. » Quelques mois plus tard, ayant accompagné en voyage le prince de Nassau et la Princesse Douairière, il entendait murmurer à ses oreilles, comme un cri de réprobation, le surnom de Cromwell qui lui était donné ^ Jaloux de se ménager les bonnes grâces du parti républicain afin d'obtenir, en cas de nomination d'un capitaine général, la succession du pouvoir militaire de Guillaume II, il avait fait à Jean de Witt une cour assidue. " Si, dans notre province, et principalement dans notre corps de la noblesse », lui écrivait-il*, «l'on hésite à la moindre chose, je vous prie de déclarer tout haut que je donne ma voix, selon votre bon et juste sentiment, w II était ainsi pour le Grand Pensionnaire un auxiliaire dévoué et docile. La vacance successive des deux présidences des grandes cours de justice avait également permis au parti hollandais de favoriser ses protégés. Quoique les deux cours fussent communes à la Hollande et à la Zélande, la Hollande, par le nombre de ses conseillers et les tours de présidence qui lui avaient été attribués, s'était facilement assuré la prééminence. Le président de la cour provinciale, le sieur de Wyngaerden, ayant été déclaré indigne de continuer ses fonctions, les Etats de Hollande désignèrent pour le remplacer l'un de ceux qui avaient gagné le plus de titres à leur confiance, Jean Dedel ^ Ils le firent agréer par les États de Zélande et obtinrent qu'on procéderait d'un commun accord à son installation. Deux ans plus tard, le président du grand conseil, Corneille Haga, qui venait

1 Elle mourut en mars 1669.

2 L. Ghanut, 28 mai 1654 : Arch. aff. étr.

3 L. man. Jacob Ruyscli à son cousin Jean de Witt, octobre IGS'i'. ^ L. Bréderode à de Witt, 14 avril 1654.

5 Résol. Holl., 28 octobre 1653.

Page 1