CHAPITRE IV
Zuitipoisbroeck, Pun des principaux membres du conseil de la ville, qui était en même temps conseiller député de Hollande; André de GraëfF, successivement conseiller et bourgmestre, mettaient leuf expérience et leur autorité au service du jeune ministre de la province. Ils fortifiaient leur crédit en appelant à côté d'eux, dans le conseil de la ville, de nouvelles et jeunes recrues : Van Hoorn, l'un des confidents du Grand Pensionnaire, qui fut bientôt nommé bourgmestre ' ; de Groot, qui resta jusqu'au dernier jour l'un des plus dévoués partisans de Jean de Witt, et auquel la charge de pensionnaire de la ville ne tarda pas à être confiée^. Le parti républicain trouvait en eux des serviteurs d'élite qui lui donnaient la garantie d'une fidélité à toute épreuve et du concours le plus efficace. « Nous éprouvons, grâce à Dieu, de jour en jour davantage dans la province de Hollande, entre les membres de notre assemblée, plus de sympathie, d'harmonie et de confiance « , écrivait de Witt à l'un des ambassadeurs de la république ^
Cette entente assurait aux Etats de Hollande le libre exercice de leurs pouvoirs. Ils en profitèrent pour s'affranchir à l'égard des Etats généraux de toute dépendance. Deux incidents, le procès des conseillers du Brésil et la nomination de Beverningh comme trésorier général, suffisent pour donner la mesure de la résistance qu'ils opposaient à leur domination.
Après la perte du Brésil, reconquis par les Portugais sur la république pendant la guerre contre l'Angleterre, les deux conseillers de la colonie, Haëck et Schonenbourg, et le lieutenant général Schaep, qui sous leurs ordres commandait les troupes, avaient été mis en accusation : les Etats généraux les avaient renvoyés devant le conseil d'État de la confédération. Jean de Witt, à peine instruit de cette résolution, craignit que les Etats généraux ne s'en servissent pour étendre les attributions de leur juridiction, et entreprit de faire revendiquer par les Etats de Hollande, comme leur justiciable, l'un des deux conseillers du Brésil, Haëck, né Hollandais. Une transaction finit par être proposée et acceptée. Les Etats généraux donnèrent des juges à Haëck et à Schonenbourg; mais les juges qu'ils choisirent furent ceux qui appartenaient aux
ï L. de Thou, 15 mars 1660.
3 L. de Witt à Boreel, 13 avril 1655.
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provinces dont les deux conseillers étaient originaires. Haëck fut renvoyé devant la cour de Hollande; Schonenbourg, devant la cour de Groningue, et le jugement du lieutenant général Schaep fut attribué à un conseil de guerre. Le procès aboutit à un acquittement, et ce conflit de juridiction, qui mettait un fâcheux obstacle à l'action de la justice, fit échec à l'autorité du pouvoir fédéral \
Les Etats de Hollande ne se montrèrent pas moins soucieux de leurs prérogatives, en refusant aux Etats généraux le droit de faire une enquête sur l'ambassade de leur député Beverningh, qui était accusé d'avoir suggéré à Cromxvell l'acte d'exclusion. Pour l'obliger à leur rendre compte de ses négociations, les Etats généraux, sur la proposition des députés de Frise, avaient résolu^, lant qu'il ne se serait pas justifié, de ne pas lui laisser occuper la charge de trésorier général de la république, à laquelle il avait été nommé huit mois auparavant. Les Etats de Hollande, qui prétendaient être les juges de sa conduite, déclarèrent que l'acte d'exclusion n'engageant que leur province, ils avaient seuls qualité pour recevoir son serment solennel de justification. Pour témoigner aux Etats généraux que ceux-ci devaient désormais s'en contenter, ils décidèrent, surla proposition de leurGrand Pensionnaire, que jusqu'à sa nomination définitive comme trésorier général, Beverningh prendrait séance dans rassemblée fédérale comme député ordinaire de la province.
Les Etats de Hollande, ne pouvant oublier l'assistance que les Etats généraux avaient successivement donnée au stathouuer Maurice d'Orange, quand il avait fait condamner leur grand pensionnaire Olden-Barneveld , et au stathouder Guillaume II, lorsqu'il avait failli les rendre victimes de sa tentative de coup d'Etat, ne croyaient pas pouvoir prendre trop de précautions pour s'opposer à la suprématie de l'assemblée fédérale. Ils voulaient appliquer le système de gouvernement dont Jean de Witt avait fait son programme politique, et d'après lequel ce les Provinces-Unies, ne faisant qu'un seul Etat dans leurs rapports avec les souverains étrangers, n'en devaient pas moins rester sept Etats indépendants pour leurs affaires intérieures^ v.
* Résol. Etats généraux, 10 février 1655. 2 Résol. Etats généraux, 19/21 décembre 1654.
^ L. Van Haren au prince de JVassau. Voir : le Prince de Nassau, par Van SvPKSTEVN. — Geschiedkundige Bijdragen, t. I, p. 256.