CHAPITRE IV
qu'on ne vous avait représenté à moi; car je n'ai rien trouvé en vous qui ne fût honnête, droit et juste. .Fespère que vous m'aurez trouvé aussi bien diflerent des rapports qui vous avaient été faits de moi, étant de tout autre humeur et de tout autre maxime, point dominant ni ambitieux, mais aimant la justice et la modération. )) Le procès de Ruyven et de Messen ne pouvait que le confirmer dans les sentiments favorables qu'il témoignait, en lui faisant reconnaître qu'il avait entretenu contre de Witt d'injustes préventions. Le Grand Pensionnaire profita de ces dispositions pour se ménager avec le prince de Nassau des entrevues assez fréquentes, a dont les plus hardis républicains commençaient à s'inquiéter » . 11 lui fit comprendre les avantages d'une entente réciproque et traita secrètement avec lui pour la charge de maréchal de camp. Assuré de son assentiment, il fît aisément accepter par les Etats de Hollande une proposition qui fut soumise aux Etats généraux sur le rapport de Van Ghent, député de Gueldre, et à laquelle le nom de Projet d'harmonie fut donné '. Aux termes de cette transaction, les Etats de Hollande s'engageaient à nommer le prince de Nassau, feld-maréchal, pourvu que cette charge fût déclarée incompatible avec celle de slathouder. Toutefois, le prince de Nassau était autorisé à rester stathouder des provinces de Frise et de Groningue, et ne devait renoncer qu'à la lieutenance du stathoudérat de FOveryssel; mais il était tenu, d'autre part, de s'engager par serment à observer le traité de paix conclu avec Cromwell, et à ne rien entreprendre contre l'acte d'exclusion *. :) La dépossession du fils de Guillaumell était ainsi ratifiée, et suivant la fine remarque d'un contemporain, « ce qui n'avait été encore que peintà l'eau était maintenant peint à l'huile^ i) . En outre, cette séparation du pouvoir civil et du pouvoir militaire, dont le Grand Pensionnaire fit le but persévérant de sa politique, permettait de donner un chef à l'armée, sans exposer la Hollande à subir la domination d'un maître, et elle la garantissait ainsi contre le danger d'un changement de gouvernement, c; Le projet d'harmonie témoigne votre grande prudence et votre sagesse w , écrivait à de Witt l'un de ses oncles^, et de
1 Résol. Etats généraux, 27 novembre, 3 décembre 1655.
2 L. man. Jean de Witt à son père, 3 décembre 1655. ^ L. à Tburloë, 31 décembre 1655.
^ L. de Zuidpolsbroeck à de Witt, 15 décembre 1655.
22t> JEAN DE WITT.
Witt, ne dissimulant pas son contentement, le manifestait ainsi à son père : « Je ne peux désirer mieux que je n'ai obtenu \ v
L'opposition du parti orangiste, qui ne pardonnait pas au prince de Nassau sa condescendance, mit obstacle à Texécution de ces conventions. Les provinces de Zélande, de Frise et de Groninguc refusèrent obstinément de prendre les engagements qui leur étaient demandés. Mais la Hollande gagna à ce mauvais vouloir, plutôt qu^elle n'y perdit. Pour la rendre favorable à sa nomination comme feld-maréchal, le prince de Nassau se démit de sa lieutenance du statboudérat d'Overyssel, et il s'aliéna ainsi les partisans d'une restauration : ceux-ci, ne comptant plus sur ses services, laissèrent prolonger la vacance de la charge qu'ils lui destinaient. Cette désunion désarmait le parti orangiste, et les Etats de Hollande n'avaient plus, pour le moment, rien à craindre de ses entreprises.
Ils profitèrent de cette sécurité pour afFermirleurgouvernement. Ils avaient déjà donné tous leurs soins à la bonne administration de leurs finances, et s'étaient ainsi assuré les ressources nécessaires pour acquérir la prépondérance politique qui devait les rendre maîtres de la confédération. Les charges que le budget de leur province supportait dépassaient chaque année les recettes, et faisaient ressembler la Hollande à un bel édifice brillant au dehors, mais dont les fondements étaient creusés et ruinés ^. Le Grand Pensionnaire se mit à l'œuvre avec la plus vigilante sollicitude, pour rétablir, par la régularité et l'économie la bonne gestion des revenus publics. Il fit décider tour à tour la suppression des privilèges pour exemption d'impôts, la révision des pensions accordées arbitrairement, le retranchement des allocations superflues dont les traitements militaires bénéficiaient % la répartition plus égale entre les provinces des dépenses diplomatiques, élevées de 79,154 à 237,462 florins'^, mais qui, au lieu d'être supportées presque exclusivement par laHollande% furent mises désormais à la charge du budget fédéral.
* L. Jean de Witt à Jacob de Witt, 3 décembre 1655. ^ Maximes politiques de Delacourt, p. 314. ^ Résol. Etats de Hollande, 17 mars 1655.
^ En 1663, le Grand Pensionnaire fit augmenter œs dépenses jusqu'à 258,399 florins, malgré l'opposition de quelques provinces. ^ Résol. Etats de Hollande, 21 décembre 1655.