‹ Jean De WittChapitre 109 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Toutefois, la réduction des dépenses ne sufQsait pas pour mettre fin au déficit; il fallait, pour rétablir l'équilibre financier, tenter une mesure plus efficace dont la Hollande fut redevable à son Grand Pensionnaire. Les sommes qu'elle avait été obligée d'emprunter pour continuer la guerre contre l'Espagne, après l'expiration de la trêve de dix ans, avaient imposé à ses finances un poids trop onéreux. Sa dette s'était élevée à 153 millions de florins, dont MO millions empruntés à intérêts, qui exigeaient chaque année un payement d'indemnités montant à 6,907,700 florins. En réduisant ces annuités du denier vingt au denier vingt-cinq, c'est-à-dire du taux de 5 pour 100 au taux de A pour 100, Jean de Witt libéra la Hollande d'engagements qui épuisaient ses ressources.

Cette entreprise était difficile à faire réussir. Déjà, en 1640, les rentes de la Hollande avaient été converties du taux de 6 1/4 pour 100 au taux de 5 pour 100 \ sans que cette économie profitât à la diminution des dépenses, qui avaient même augmenté de 500,000 florins, par suite des frais de la guerre. Il pouvait sembler téméraire de renouveler, à quinze ans d'intervalle, une opération dont le but avait été manqué une première fois, et qui courait risque de détruire la confiance des prêteurs de l'Etat. Ceux-ci devaient d'ailleurs être peu favorables à une mesure qui leur enlevait une partie de leur revenu, et comme ils se recrutaient surtout parmi les régents des villes dont les députés des Etats étaient les mandataires, les projets du Grand Pensionnaire pouvaient être tenus en échec. Aussi, dès qu'il en donna connaissance, plusieurs villes , telles que Leyde et Alkmar , refusèrent leur consentement; d'autres, telles que Rotterdam, demandèrent que la conversion ne dépassât pas le taux de 4 1/2. Mais au bout de cinq mois, tous les membres de l'Assemblée , sacrifiant leurs intérêts particuliers à l'intérêt public, s'étaient laissé convaincre, et sur le rapport de Van Beuningen, le plan du Grand Pensionnaire était définitivement adopté *.

La Hollande y gagnait une économie annuelle de 1,400,000 florins d'intérêts qui représentaient un capital de 28 millions de florins. Les droits des rentiers n'étaient pas moins ménagés que les

* Principes et maximes politiques de Delacourt, p. 316. 2 Rcsol. Hollaûde, 29 juillet 1633.

intérôls du Trésor; un délai de deux mois leur était accordé ' pour demander leur remboursement, s'ils ne voulaient pas se soumettre à la réduction. Ce respect scrupuleux d'une république à l'égard de ses créanciers pouvait être avantageusement opposé aux procédés sommaires qui avaient cours en France, et dont Boileau se plaignait en ces termes :

plus pâle qu'im rentier,

A l'aspect d'un arrêt qui retranciie un quartier.

Enramenantle payementdes intérêts de 7 millionsà SjGOOjOOOflorins, lesElats de Hollande faisaient mieux que se tirer d'une difficulté présente ; ils prenaient leurs mesures pour l'avenir et s'assuraient un fonds d'amortissement ^. Ils y affectaient la somme d'intérêts de 1,400,000 florins, dont la réduction des rentes leur épargnait le payement, y ajoutaient 500,000 livres ou 250,000 florins qu'ils économisaient sur leur contingent ordinaire, par suite de la réduction de l'armée, et employaient ainsi, avec l'intérêt du capital amorti, environ 2 millions de florins^ au rachat successif de la dette qu'ils se flattaient d'éteindre entièrement dans l'espace de quarante et un ans. Pour mettre le crédit de leur province à l'abri de toute atteinte, les Etats de Hollande obtinrent des Etats généraux que leur exemple fut suivi pour la réduction de la dette fédérale, dont l'importance n'était pas considérable : en supprimant dans la confédération la négociation des fonds publics à 5 pour 100, ils empêchèrent que les rentes, qu'ils ne servaient plus dans leur province qu'à 4 pour 100, ne tombassent en défaveur. L'augmentation de ressources que la conversion de leur dette leur assurait, la sage destination assuréeà l'emploi qui en était fait, ne pouvaient que raffermir la sécurité de leurs créanciers, et les mettre eux-mêmes à l'abri de toute demande de remboursement. La tentative du Grand Pensionnaire obtint dès lors un plein succès; il appelait la conversion des rentes « la grande affaire à laquelle il avait appliqué ses forces pour gagner à la Hollande plus de considération au dedans et au dehors * « . Il avait ainsi mis avantageusement à profit les notions

i Résoi. Holl., 11 août 1G55.

2 De Pariku, Mémoire sur Jean de Witt. Académie des sciences morales et politiques, 1858, t. XLIII et XLIV, p. 373. ^ Maximes politiques de Delacourt, p. 318. * L. de Witt à Nicupoort, 13 août 1655.

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