‹ Jean De WittChapitre 110 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'économie politique qui étaient l'objet de ses persévérantes études, et emprunté à la science financière des combinaisons prévoyantes avec lesquelles les autres États de l'Europe n'étaient encore pas familiarisés.

Garantis contre l'agression des autres provinces par leur accord avec le prince de Nassau, trouvant des gages de sécurité intérieure dans la bonne administration de leurs finances, u qui leur conciliait la faveur populaire et les mettait mieux en état qu'aucun monarque de faire la loi à leurs sujets Vîj , les Etats de Hollande se préoccupaient sans relâche de toutes les mesures favorables à la conservation du gouvernement républicain. Dans cette vue, ils prirent leurs garanties à l'égard de l'armée et à l'égard du clergé. Pour prévenir tout mouvement militaire qui pourrait mettre en péril leur autorité, ils réformèrent le régiment des gardes qui restait en résidence à la Haye, et le divisèrent en quatre compagnies dont les commandements furent donnés aux capitaines sur lesquels ils pouvaient compter. En outre, une subordination rigoureuse fut exigée des troupes, non-seulement par la défense faite aux chefs de corps de prendre part à aucune manifestation ^, mais encore par la prohibition des duels militaires ^

Les Etats de Hollande étaient également soucieux d'imposer le respect de leur pouvoir aux ministres du clergé calviniste, dont quelques-uns se montraient disposés à encourager par leurs prédications les plus criminelles violences. Ils ne pardonnaient pas au grand pensionnaire de IVitt son opposition à l'avancement du prince d'Orange. « L'un d'eux, Goethals *, ayant rencontré un jour ^ deux de ses collègues, osa bien leur demander s'il ne serait pas permis de lui couper la gorge, opinant avec l'un d'eux pour l'affirmative. Mais Stermont, pasteur de la Haye, détesta ce sentiment, et dit que son âme n'entrerait pas en leurs conseils, ajoutant que l'homme de sang ne parvenait pas à la moitié de ses jours ^ » Pour calmer l'irrita-

' Thurloe, State papers, 3 novembre 1656.

2 Résol. Holl., septembre 1655. — L.Ghaniit, 16 septembre 1653: Arch.aff. étr.

3 Résol. Holl., juillet 1655 et murs 1657.

^ Goethals avait été le prédicateur attitré du stalhouder Frédéric-Henri. H mourut en 1673.

6 Gedenkwaerdige stukken toegevogd aan Haagsche Broedermoord , p. 48 Bibl. royale de la Haye.

lion des pasteurs contre Pacte d'exclusion , de Witt leur représentait avec insistance l'attachement de Cromwell à la cause protestante' ; mais ils se laissaient difficilement persuader, et c'était par les injonctions les plus rigoureuses d'obéissance au nouveau gouvernement' que leurs écarts devaient être contenus. Toutefois les Etats de Hollande se croyaient obligés de les satisfaire, en faisant au moins des concessions à leurs exigences d'intolérance religieuse. Après leur avoir refusé l'expulsion des prêtres de la religion romaine ', ils se prêtèrent à des lois d'exception qui rendaient les catholiques incapables d'exercer les charges municipales, et ils leur interdirent de faire par testament aucune libéralité en faveur des ministres ou des établissements de leur religion*. C'était un triste démenti donné aux principes de la liberté religieuse, dans un pays qui se glorifiait de l'avoir conquise et qui se dispensait quelquefois de la respecter. Les querelles théologiques qui menaçaient de renaître et qui n'auraient pas manqué d'entretenir l'effervescence des prédications, s'imposaient également à la sollicitude des États de Hollande, et rendirent nécessaire leur intervention. Vingt-cinq ans auparavant, elles avaient coûté la vie à leur grand pensionnaire Oldcn-Barneveldt, quand il avait pris parti contre le stathouder Maurice d'Orange, dans la lutte des Arminiens contre les Gomaristes, qui était celle des novateurs contre les orthodoxes. Elles remettaient aux prises les mêmes passions à l'occasion de la philosophie de Descartes, qui était défendue par les disciples du professeur Coccéius et attaquée par ceux du théologien Voétius. Malgré la préférence des principaux députés de Hollande et du grand pensionnaire de Witt pour les opinions de Coccéius, les États de Hollande ménagèrent les Voétiens qui avaient l'appui du clergé calviniste. Dans l'espoir de pacifier ces différends, ils entreprirent de conclure entre la théologie et la philosophie un traité de partage qui leur assignait « les bornes et les limites dans lesquelles elles devaient se renfermer, sans empiéter l'une sur l'autre, afin d'éviter toute confusion et tout désordre^ » .

' L. man. de Witt à Beverningh et Nieupoort, 28 août, 11 septembre 1654. 2 Résol. Holl., 18 juin, 16 décembre 1654. ^Ibid., 17 mars 1656.

4 Ibid., 28 et 29 juillet 1654, 4 mai 1655.

5 Ibid., 23 juillet et 30 septembre 1656.

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