‹ Jean De WittChapitre 111 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Etats de Hollande étaient encore plus intéressés à profiter de toutes les occasions pour décourager les prétentions du parti orangiste. Aussi se montraient-ils opposés à toute concession, n'accordant au jeune prince d'Orange aucune exemption d'impôt, exigeant que les requêtes adressées en son nom fussent présentées sur papier timbré comme toutes celles de leurs sujets, et refusant de le désigner dans les actes officiels sous le titre d'Altesse qui leur semblait perpétuer les apparences du stathoudérat '. Ne voulant prendre aucun engagement en sa faveur, ils déclinèrent en outre les offres des Etats de Zélande et de la princesse douairière d'Orange qui leur proposaient de prendre part à son éducation ou à sa tutelle ^. Ils se contentèrent d'observer les égards dus à sa naissance et aux services de sa famille , en lui permettant d'habiter le palais de ses ancêtres, et en donnant Tordre de poursuivre les auteurs de libelles qui injuriaient la maison d'Orange.

Cette fermeté d'attitude imposait aux autres provinces. Résignées à cesser toute contestation avec les Etats de Hollande, elles consentirent ^ à reconnaître Beverningh comme trésorier général, sans tenir compte de l'opjDOsition persistante des députés de Frise, qui ne pouvaient lui pardonner Pacte d'exclusion, et elles cédèrent aux représentations du conseil d'Etat fédéral qui signalait comme préjudiciable à la république la vacance d'une charge aussi importante. La Hollande obtenait ainsi la réparation d'un mauvais vouloir prolongé depuis deux ans , et pouvait considérer ses adversaires comme réduits à la soumission.

La brusque tentative qu'ils firent pour reprendre l'offensive ne leur réussit pas et ne servit qu'à constater leur impuissance. Au commencement de l'année 1657, par suite d'une entente concertée entre les députés de la Frise et les députés de l'Overyssel, l'un des députés de la Frise, Epo Boetsma, profitant de la présidence de semaine qui appartenait à la province d'Overyssel, renouvela inopinément la proposition du choix d'un maréchal de camp, en demandant aux Etats généraux de ne pas se laisser arrêter par l'opposition de la Hollande, dans le cas où elle y persisterait. La

ï Résol. HoU. 9 janvier, 5 mai 1654 et 4 mars 1656.

2 Ibid., 17 juillet 1655, 4 août 1658.

3 Résol. Etats généraux, 20 décembre 1656.

récente nomination de Beverningh lui permettait de faire valoir des arguments décisifs : en effet, le choix d'un chef de l'armée était plus utile à la république que celui d'un trésorier général , et l'unanimité du vote des provinces ne pouvait être requise pour Tune de ces charges, quand la majorité des suffrages avait été trouvée suffisante pour l'autre. L'occasion semblait favorable à un vote par surprise : le grand pensionnaire de Witt était absent, et les Etafs de Hollande n'étaient pas réunis. Le député d'Overyssel, Mulart, qui présidait la séance des Etats généraux, fait aussitôt décider que la question sera résolue à la séance du lendemain \ A la suite de débats orageux et passionnés, la majorité des provinces s'étant prononcée, il déclare en leur nom que l'instruclion du maréchal de camp sera dressée sans aucun retard, afin de ne pas laisser plus longtemps en suspens une nomination aussi urgente. La proîestation des conseillers députés de la Hollande qui dans l'intervalle des sessions représentaient les Etats de la province, est vainement appuyée par le Grand Pensionnaire précipitamment revenu d'Amsterdam' : c'est à grand'peine qu'il parvient à obtenir un sursis de quinze jours.

Les Etats de Hollande en profitent pour reprendre leurs séances, et le Grand Pensionnaire réussit à empêcher qu'aucune dissidence ne se manifeste dans leur assemblée. Forts de leur union et résolus à ne pas se laisser faire la loi, ils se prononcent contre la nomination d'un maréchal de camp, à laquelle ils n'avaient précédemment consenti qu'en la soumettant à la condition d'un accord préalable sur le projet d'harmonie. Leur résolution mûrement préparée par un rapport de Jean de Witt est communiquée aux Etats des autres provinces, avec une lettre qui ne laissait plus aucun doute sur leurs intentions^. Us la terminaient en faisant savoir que dans le cas où l'on donnerait suite, malgré leur opposition, au choix d'un maréchal de camp, les troupes soldées par la Hollande, qui représentaient la plus grande partie de l'armée, n'obéiraient plus, au moins en temps de paix, qu'à un chef particulier dont ils se réservaient la nomination. Ils paraissaient disposés à inves

^ Résol. Etats généraux, 5 janvier 1657.

* L. de Witt à Nieupoort, 12 janvier 1657.

3 Résol. Étals de Hollande, 23, 24 janvier 1657.

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