CHAPITRE IV
tir de ce commandement Louis de Nassau, seigneur de Beverwaert, dans lequel ils comptaient trouver un général « estimé des gens de guerre * et qui ne leur marchanderait pas son obéis-
sance * " .
Toutefois, ce n'était pas sans inquiétudes que de Witt prévoyait de telles extrémités qui mettaient en péril la confédération des Provinces-Unies; il s'alarmait d'un choc violent entre la Hollande et les autres provinces qui ne paraissaient pas disposées à céder (c Ce que je crains 15, écrivait-il à l'un de ses parents, son confident habituel, M. de Zuidpolsbroeck ', « c'est que les autres provinces, avec leur chef nommé, ne se rendent maîtresses des frontières situées en dehors de la province et ne mettent la Hollande dans la nécessité de se soumettre. Peut-être j'exagère; mais c'est mon caractère d'envisager les affaires importantes sous leur jour le plus sérieux, afin d'être toujours prêt et en garde pour tout événement qui peut survenir, m
Dans ces circonstances, tout dépendait de la conduite plus ou moins pacifique qui serait tenue par le prince de Nassau. Il ne pouvait se montrer indifférent à sa propre cause. Les démarches de Jean de Witt n'avaient pu obtenir de lui le désaveu de ses partisans, ni empêcher qu'il ne s'adressât aux Etals de Hollande pour leur demander de consentir à sa nomination. Mais ceux-ci étaient d'autant moins disposés à tenir compte de sa requête, que Cromwell, dont il s'était toujours déclaré l'ennemi implacable, avait de nouveau pris l'éveil *, au sujet de la bruyante tentative faite en sa faveur. En outre, les rares partisans que le jeune prince d'Orange conservait, au lieu de faire cause commune avec lui, ne cessaient de lui témoigner des sentiments de jalousie et de défiance ^ Aussi n'avait-il pas tardé à reconnaître que toute mesure précipitée pourrait lui être préjudiciable, la charge de maréchal de camp n'ayant plus pour lui aucun avantage, si le contingent des troupes hollandaises était mis sous les ordres d'un chef particulier. Craignant que les Etats de Hollande ne fissent choix de Beverwaert, son
1 L. Ghanut, 9 mars 1657.
2 L. de Witt à Nieupoort, 27 août 1655,
2 L. man. de Witt à Zuidpolsbroeck, 1^^ février 1657.
^ L. Nieupoort, 14 janvier 1656.
S Thurloe, State papers , 2 février 1657.
rival, il préférait attendre roccasion d'une guerre étrangère qui ne permettrait plus de prolonger la vacance des pouvoirs militaires. Il espérait que cette patiente modération lui laisserait l'accès ouvert au commandement de l'armée, en lui assurant, pour le moment opportun, la reconnaissance du parti hollandais et du Grand Pensionnaire. Sa politique de ménagements déjoua les dispositions belliqueuses des autres provinces et les empêcha de donner suite à leur entreprise. Les Etats de Hollande étaient ainsi encouragés à persévérer dans leur politique de résistance. Sous l'impulsion de Jean de Witt, ils publièrent un manifeste destiné à la justifier, dans lequel ils reprenaient la défense de la souveraineté de chaque province, même au risque de l'exagérer, et déclaraient ci que leur résolution de s'opposer à la nomination d'un maréchal de camp était désormais irrévocable » .
Témérairement provoqués par l'agression des autres provinces, ils avaient renoncé aux sages projets d'accord qui auraient pu être facilement conclus; mais c'était au détriment des intérêts de la république qu'ils s'y étaient opposés. L'armée, n'étant plus commandée, était condamnée à un affaiblissement inévitable. Toute direction militaire ayant cessé, pour n'être plus exercée que par le pouvoir civil, les commandements qui subsistaient restaient indépendants les uns des autres. Le prince Guillaume-Frédéric de Nassau, en sa qualité de grand maître de Tartillerie, le prince Jean-Maurice de Nassau et le rhingrave de Salms, l'un comme lieutenant général, et l'autre comme commissaire général de la cavalerie \ n'avaient aucune autorité sur les autres corps de troupes. L'infanterie, qui comprenait 26,000 soldats', n'avait plus de chef, a Déjà Tavant-dernier stathouder et capitaine général, Frédéric-Henri, avait peu à peu supprimé les charges des officiers supérieurs, afin de ne souffrir même au-dessous de lui aucun partage de son autorité, et il s'était contenté d'un maréchal de camp. La charge de maréchal de camp étant devenue vacante, il ne restait plus que des colonels pour exercer le commandement '. » Beverwaert, dont les Etats de Hollande auraient été disposés à faire
^ La cavalerie était d'ailleurs réduite à 3,000 hommes.
2 Ces 26,000 soldats étaient divisés en 390 compagnies fortes de 66 hommes.
^ Mémoires du comte de Guiche, p. 13S, 139.