CHAPITRE IV
le capitaine général des troupes de leur province, n'avait, sauf en temps de guerre, en sa qualité de sergent de bataille ou chef d'étatmajor , qu'une charge lionorifique. Les principaux officiers que les Etats généraux employaient à leur service étaient François de l'Aubespine, marquis d'Hauterive , gouverneur de Bréda , qui , ce sourd et goutteux , s'était retiré en France , où il s'occupait des embellissements de sa maison de Montrouge, quoiqu'il préférât, disait-il, les divertissements de Bréda aux somptuosités et aux magnificences de Paris * « ; Winberge, te vieux et valétudinaire* » , qui avait obtenu à la mort du maréchal de Bréderode le gouvernement de Bois-le-Duc; Kircpatrick, Pugler, gouverneur de Schenk; Starrenbourg, colonel des gardes, et Perceval, l'un de ses capitaines, signalé dans un mémoire du temps ^ comme l'un des plus habiles ingénieurs pour la construction des fortifications. A côté d'eux, Dolman, Bampfield *, tous deux d'origine anglaise, avaient obtenu des régiments, en gagnant par leur dévouement la confiance du parti républicain, et entretenaient avec Jean de Witt une correspondance à la fois militaire et politique. Il suffisait aux Etats de désigner un colonel, quand ils avaient besoin de réunir un corps de troupes sous un même commandement; mais ils ne lui déléguaient ainsi qu'une autorité passagère qui ne pouvait dès lors être efficace. Le grand pensionnaire de Witt était trop prévoyant pour rester indifférent à cette impuissance militaire qui désorganisait l'armée. Sur sa proposition, les Etats de Hollande s'empressèrent de donner satisfaction aux plaintes du conseil d'Etat qui signalait la nomination d'officiers trop jeunes et inexpérimentés, l'abus des congés accordés par les Etats des provinces sans que le conseil d'État en fût instruit, et l'affaiblissement de la force numérique des compagnies ^. L'année suivante ", ils s'occupèrent également avec sollicitude de nouveaux règlements sur la constitution de l'armée, et demandèrent qu'on mît fin à la vente
1 Journal d'un voyage à Paris, p. 62.
2 L. Jean de Witt à Nieupoort, 19 novembre 1655.
3 Mémoire Chanut, 1655 : Archives aff. étr.
* Bampfield avait conduit le duc d'York en Hollande, au début de la révolution d'Angleterre, après l'avoir aidé à s'échapper du palais de Saint-James, où il était retenu captif.
^ Résolution, 5 avril 165T.
fi L. à Thurloë, 5 avril 1658. Thurloe, State papers.
des charges militaires par une interdiction générale qu'ils ne purent obtenir; mais ce n'étaient là que des palliatifs bien insuffisants pour guérir un mal qui s'aggravait chaque jour.
Toutefois, le danger était trop lointain pour éveiller les inquiétudes. Les Etats de Hollande n'avaient plus rien à craindre pour leur sécurité intérieure et pouvaient jouir à Taise du découragement auquel leurs adversaires politiques étaient réduits. La vacance de la charge de maréchal de camp succédant, à trois années de distance, à l'acte d'exclusion, enlevait au parti orangiste toute espérance d'une restauration. Les divisions des autres provinces livrées à des troubles sans cesse renaissants rendaient la Hollande l'arbitre de la confédération et lui permettaient d'exercer les pouvoirs des anciens stathouders. Aussi fut-elle chargée d'intervenir comme médiatrice entre les deux factions qui se disputaient le gouvernement de l'Overyssel. Pour répondre à leur appel \ le grand pensionnaire de Witt et le bourgmestre d'Amsterdam, Corneille de Graeff, seigneur de Zuidpolsbroeck, son oncle, furent désignés comme négociateurs, et firent accepter* un projet de pacification d'après lequel toute proposition pour la nomination d'un stathouder dans l'Overyssel serait ajournée jusqu'à la majorité du jeune prince d'Orange, ce Nous avons enfin prononcé notre décision 15 , écrivait de Witt à IVieuport % « en présence des intéressés dans l'assemblée de Leurs Nobles Puissances; elle sera publiée au nom de Leurs Nobles Puissances, et sous le nom de la Hollande, pour servir d'instruction aux Etats de la province d'Oieryssel. »
Ayant ainsi acquis la paisible jouissance d'une domination désormais incontestée, les Etats de Hollande se préoccupaient des témoignages de considération qui devaient leur être rendus, et des signes extérieurs qui pouvaient rendre en quelque sorte visible leur souveraineté. « Pour ne pas laisser manquer « , déclaraient-ils, ce aux titres qui convenaient à la dignité, au rang, à l'honneur, à la grandeur et à la souveraineté de la province •» , ils invitaient tous les ministres étrangers accrédités auprès de la république à faire adopter invariablement par leurs gouvernements la formule de
1 12 juillet 1657.
2 8 et 9 août 1657.
3 L. de Witt à Nieupoort, 24 août 1657.