‹ Jean De WittChapitre 114 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

correspondance ainsi conçue : a Aux Nobles^, Grands et Puissants Seigneurs les Etats de Hollande et de IVest-I'Yise ' . w Pour rehausser par (le brillanls dehors Téclat de leur pouvoir, ils occupèrent dans l'ancien palais des comtes de Hollande une nouvelle salle de séances qu'ils firent magnifiquement orner ^ De leur côté, les magistrats d'Amsterdam avaient pris possession d'un nouvel hôtel de ville, imposant édifice dont la construction avait duré sept ans, que les premiers peintres du siècle venaient de décorer, et dont la dédicace, célébrée avec une grande solennité % servit de sujet à une médaille commémoralive, avec cette fière légende : Salutem et cives servare potens. (ce Assez puissants pour défendre le salut de l'Etat et les citoyens de la ville. 55)

Jean de Wilt avait ouvert aux Étals de Hollande cette voie de prospérité dans laquelle il les guidait avec autant de fermeté que de prévoyance. Quoiqu'il ne fût chargé que d'exécuter leurs ordres, il avait su prendre une telle autorité, que ceux qu'il appelait « ses maîtres )) étaient librement et docilement soumis à sa direction. C'était sans le flatter que l'ambassadeur Nieupoort lui écrivait ^ : « Vous qui avez la connaissance intime des choses qui se passent dans cet Etat, vous pouvez le mieux juger ce qui doit être fait ou n'être pas fait, ce à quoi moi et les nôtres n'aurons qu'à nous conformer. » « Jean de Witt » , écrivait l'ambassadeur Chanut ^, a est le plus considérable de tout l'Etat par le pouvoir de la Hollande sur les autres provinces, et par celui qu'il a sur les dix ou douze principaux chefs du parti gouvernant. »

Il n'en évitait pas moins soigneusement toutes les apparences de la domination. Quand ses pouvoirs de Grand Pensionnaire furent légalement expirés, ils les remit aux États de Hollande, en leur écrivant avec la plus humble déférence la lettre suivante *' : a A pareil jour, il y a cinq ans, vous m'avez confié ma charge; je viens aujourd'hui la déposer entre vos mains, en vous remerciant de la longue patience avec laquelle vous avez supporté mon service

ï Résol. HolL, 30 novembre 1656.

3 Août 1655.

* L. de Nieupoort à de Witt, 20 août 1655. ^ Mémoire Chanut, 1655 : Arcli. aff. étr. 6 30 Juillet 1658.

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imparfait; je puis vous assurer que si j'ai commis les fautes inséparables de la faiblesse humaine, je ne l'ai jamais fait avec préméditation, ni volontairement. J'espère que votre piété et votre grâce m'en accorderont le pardon que je demande à l'asseml^lée en général, et à chaque membre en particulier. Si je pouvais obtenir décharge de mes fonctions, je n'aurais pas de plus grande récompense à désirer, comme fidèle serviteur du pays. 15

Les Etats de Hollande étaient trop intéressés à lui continuer leur confiance pour renoncer à ses services, et ce fut par un vole unanime qu'ils lui renouvelèrent Tinvesliture de sa charge ^ En outre, pour lui garantir par avance la récompense qu'ils lui réservaient, ils s'engagèrent à lui donner un siège dans Tune des cours de justice, lorsqu'il cesserait ses fonctions de Grand Pensionnaire^. Cette seconde élection, en lui continuant ses pouvoirs, le faisait jouir du succès de son œuvre. Depuis le jour où il avait pris possession delà charge de premier ministre, chaque pas qu'il avait fait dans une route entrecoupée d'obstacles avait été un pas en avant. Réduit, au début de son ministère, à défendre son parti contre les tentatives d'une restauration qui, en livrant le pouvoir à un enfant, pouvait faire craindre les dangers inséparables d'une minorité, il s'était trouvé en outre obligé de préserver les Provinces-Unies des dangers d'une guerre avec l'Angleterre, qui les ruinait et pouvait les perdre sans retour. Il avait heureusement traversé ces épreuves. Sa politique intérieure venait de garantir l'indépendance de la Hollande contre toute atteinte, et de lui assurer la suprématie fédérale. Sa politique étrangère n'avait pas été moins habile ni moins heureuse; elle avait valu à la république, naguère isolée et humiliée, les alliances, les victoires et les traités.

Les divisions intérieures, succédant aux malheurs de la guerre d'Angleterre, avaient affaibli et discrédité les États généraux au dehors. Le ministre des Etats généraux auprès de la cour de France, Boreel, ne cessait de s'en plaindre dans sa correspondance avec de Witt ^ u Chacun s'imagine », écrivait-il, " que l'Etat est dans une situation où l'on peut impunément l'insulter. » Le

i Résol. Holl., 2 août 1658.

2 Ibid.^ 6 août 1658.

3 L. Boreel à de Witt, 15 mars, 19 juillet, 14 août 1654; 17 décnibre 165î»,

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