CHAPITRE IV
devait pas être durable. Ce n'en était pas moins aux Etats généraux qu'appartenait le mérite d'avoir fait cesser cette persécution.
Le rétablissement des bonnes relations avec les grandes puissances était indispensable aux Provinces-Unies, pour leur permettre de retrouver au dehors leur liberté d'action, et de participer aux affaires de l'Europe. L'Espagne avait reconnu leur indépendance et était désormais trop affaiblie pour leur donner aucune alarme. Leur traité avec Cromwell, par lequel elles s'éîaient soumises aux exigences politiques du Protecteur, faisait de l'Angleterre leur nouvelle alliée. Il n'y avait que leur alliance avec la France qui fût compromise, et avant qu'elles eussent pu la raffermir par rhabile diplomatie de leur Grand Pensionnaire, elles furent exposées aux dangers d'une rupture.
La France, qui craignait d'être isolée dans la guerre qu'elle continuait contre la monarchie espagnole, n'avait cessé de reprocher aux Etats généraux comme une défection la paix de Munster qu'ils avaient conclue avec FEspagne. Elle trouvait un nouveau motif de mécontentement dans leur traité avec Cromwell, qu'elle aurait voulu retarder, pour obtenir d'y être comprise. Aussi leur avait-elle suscité des querelles maritimes, en prétendant exercer le droit de prise sur tous les bâtiments de la république qui transportaient des marchandises espagnoles, par application de la vieille maxime « que la robe d'ennemi confisque celle d'ami " . Vainement les Etats généraux, en demandant le renouvellement de leur traité de marine avec la France, avaient-ils voulu faire reconnaître que le pavillon couvre la marchandise, grand principe de droit maritime qui devait être l'une des tardives conquêtes de la civilisation moderne : les conférences du Grand Pensionnaire de Hollande avec l'ambassadeur Cbanut étaient restées inutiles. Loin de se relâcher, les exigences de la France devinrent plus impérieuses, quand Mazarin, comblant en quelque sorte l'abîme qui semblait creusé entre la plus vieille monarchie de l'Europe et une république régicide, eut obtenu, à force de concessions, l'alliance de Cromwell avec le gouvernement français contre l'Espagne \
Pour compléter cette coalition, Mazarin prétendit obliger les Provinces-Unies à s'y joindre, en leur imposant une alliance à la fois
^ 3 octobre 1655.
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défensive et offensive. Au lieu de leur tenir compte du bon vouloir qu'elles manifestaient ', il ne put supporter la résistance qu'elles opposaient à ses exigences, et entreprit d'en avoir raison par les plus injustes rigueurs. Ne se contentant pas de retirer aux sujets des Provinces-Unies les privilèges qui leur avaient garanti jusque-là l'exemption de certaines taxes onéreuses, le gouvernement français leur imposa ^ un nouveau droit, le droit de fret de cinquante sols ou d'un écu par tonneau sur tous les navires étrangers qui chargeaient ou déchargeaient des marchandises dans le royaume. En outre, il déclara de bonne prise tous les bâtiments qui transportaient une cargaison espagnole. Sous ce prétexte, les armateurs français capturèrent, sur toutes les mers, plus de trois cent vingt-huit vaisseaux appartenant à la marine marchande des Provinces-Unies, qui représentaient 20 à 30 millions, u On ne peut obtenir ici aucune justice w , écrivait de Paris l'ambassadeur des Etats généraux, Boreel % « et s'il arrive quelquefois qu'on l'obtienne, on ne peut faire exécuter les sentences. Lorsqu'il s'agit des Provinces- Unies, on regarde les crimes les plus évidents à travers les doigts, sans vouloir écouter les raisons les plus claires. Pourquoi cela, sinon pour nous forcer à faire ce qu'on veut ici, pour nous engager en guerre contre l'Espagne? Il n'y a pas jusqu'au consul hollandais à Marseille qui n'ait été attaqué à main armée et laissé pour mort sur la place, parce qu'il avait remis aux commissaires du roi plusieurs sentences favorables aux sujets de la république. «
Ne pouvant se résigner à subir de telles violences, les Etats généraux résolurent de repousser la force par la force. Ruyter, exécutant leurs ordres, s'empara par surprise de deux bâtiments qui venaient de piller des vaisseaux hollandais, et les envoya sous escorte à Amsterdam avec leurs équipages. Sans attendre ni admettre aucune explication, le gouvernement français répondit à cette prise par la confiscation de tous les vaisseaux et de toutes les marchandises qui appartenaient aux sujets de la république dans les ports du royaume *.
Les Provinces-Unies ne se laissèrent pas intimider. Une politique
' L. Chanut, 18 novembre 1655 : Arch. alf. étr. ^ Arrêt du conseil du 30 octobre 1656. 3 L. Boreel à de Witt, 23 mars 1656.
* Avril 1657.