‹ Jean De WittChapitre 117 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de représailles fut énergiquement conseillée par les Etats de Hollande, ce Je crois «, écrivait de Witt à Nieupoort ', « qu'il serait bon de prendre la résolution de donner ordre au vice-amiral d'attaquer les vaisseaux français, tant de commerce que de guerre, de s'en rendre maître, et de continuer ainsi résolument jusqu'à ce que l'embargo ait été levé par ordre du roi de France. 15 Les Etats généraux, plus réservés, mais également décidés à se faire rendre justice, se contentèrent d'ordonner l'armement de quarante-huit vaisseaux. En même temps, leur ambassadeur Boreel, devançant leurs instructions, se rendait ' à l'audience du jeune roi, auquel il représentait avec une fierté hautaine l'iniquité des ordres qui avaient été donnés. « Jamais ambassadeur n'a parlé aussi librement à cette cour 1), lui dit Mazarin, « et vous pourrez vous en repentir ^ ^ Boreel dut s'en tenir, pour toute réponse, à la déclaration que les plaintes des Etats seraient transmises à l'ambassadeur français qui venait de partir pour la Haye.

Le négociateur dontMazarin avait fait choix était Auguste de Thou, appartenant à Tune des grandes familles parlementaires du royaume, dont le père s'était illustré comme homme d'Etat et comme historien, et dont le frère, François de Thou, avait été l'une des victimes de la politique implacable de Richelieu. Assisté de Gentillet, lieutenant-colonel au service des Province-Unies, que Mazarin employait comme l'un de ses agents, il entreprit de gagner la confiance des Etats, en se montrant conciliant, quoique ses instructions lui défendissent « de faire le premier pas « . — « Ces gens-ci « , écrivait-il*, « ne veulent être ni gourmandes ni pressés, mais traités avec douceur et loisir, w Reçu en audience solennelle le 28 avril 1657, de Thou invita les Etats généraux, avec de pressantes inslances, à désavouer et à réparer la conduite de Ruyter. Mais ils persistèrent à refuser la restitution des deux bâtiments français capturés, tant qu'ils n'auraient pas obtenu la mainlevée des saisies faites à leur préjudice *. Le gouvernement français se refusant à leur accorder cette satisfaction préalable, les mesures de rigueur proposées par

1 L. de Witt ù Nieupoort, 13 avril 1657.

« 12 avril 1657.

3 Voyage en France, 1657-1658, p< 117 et 118.

* L. de Thou, 6 mai 1657 : Arcli. aff. étr.

* Résol. Etats généraux, 14 juin 1657.

244 JEAi\ DE WITT.

les États de Hollande leur parurent justifiées : ils défendirent l'entrée des marchandises françaises dans les Provinces-Unies, donnèrent Tordre de faire le blocus de tous les ports du royaume , et finirent même par déclarer ^ que tous les vaisseaux français rencontrés en mer par leurs escadres seraient de bonne prise.

La France n'avait pas à sa disposition les forces navales qui lui permissent de braver impunément un tel péril : pour le conjurer, de Thou se montra disposé à donner aux Etats généraux des garanties de satisfaction qu'il s'engagea à faire ratifier '. Les termes d'un accord furent débattus et agréés, grâce à la pressante intervention du Grand Pensionnaire, de Beverningh et de leur ami commun de Groot, qui obtinrent ainsi l'heureux dénoûment d'une négociation laborieusement prolongée. Les Etats généraux se firent promettre la levée de l'embargo mis sur leurs navires et leurs marchandises, l'exécution des arrêts de justice rendus en faveur de leurs sujets, la conclusion prochaine d'un traité de marine, et jusqu'à ce qu'il fût conclu, la jouissance provisoire de tous les privilèges accordés aux habitants des Etats les plus favorisés. Moyennant ces engagements souscrits par de Thou, les Etats généraux se prêtèrent sans plus de retarda la réparation qui leur était demandée. C'était là le triomphe d'une politique à la fois ennemie des faiblesses et des aventures, bien fixée sur ses prétentions qu'elle ne dépassait jamais, belliqueuse par nécessité, mais pacifique par inclination. « Nous ne demandions qu'à garantir la considération de l'Etat et la tranquillité de ses sujets trafiquant sur mer » , écrivait de Witt à Nieupoort % « et il nous semble que nous sommes maintenant arrivés à nos fins. 55

Le mauvais vouloir de Mazarin traîna, il est vrai, en longueur la ratification de cet accord, malgré les objurgations de l'ambassadeur de Thou*, qui ne cessait de représenter que ces faux-fuyants affaiblissaient et ruinaient le crédit de la France. Ne voulant pas être les dupes de leur confiance , les Etats généraux fixèrent ^ un délai de dix jours, après lequel la résolution qu'ils avaient prise pour exercer leurs représailles serait irrévocablement mise à exécution.

• Résol. États généraux, 14 juin 1657.

^ Résol. Etats généraux, 16 juin 1657.

» L. de Witt à Nieupoort, 22 juin 1657.

* L. de Thou, 19, 24 juillet 1657 : Archives aff. étr. ^ Résol. secrètes, Etats généraux, 2 iioùt 1057.

Page 1