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CHAPITRE IV

ministre auprès des États généraux. A peine arrivé à sa résidence, il inaugura cette politique de chicanes et de contestations dont il ne devait plus se départir. « Ne se fiant ^^ , d'après le témoignage d'un contemporain qui l'avait beaucoup connu *, « qu'à la fourberie dont il se faisait même gloire et qui ne lui rapportait pas grand profit, il n'avait pas assez de probité ni de prudence pour se persuader qu'il n'y a pas de ministre qui trompe plus sûrement ni plus agréablement que celui qui ne trompe jamais. »

Les États devaient donc se tenir sur leurs gardes pour éviter toute cause de mésintelligence entre les deux gouvernements et pour ne donner prétexte à aucune récrimination. Aussi la Hollande, qui avait acheté la paix avec TAngleterre au prix de Pacte d'exclusion du jeune prince d'Orange, en sa qualité de neveu du dernier roi d'Angleterre, se montrait-elle empressée à ne tolérer aucune conspiration des fils de Charles I", et pour rassurer le Protecteur, elle leur interdit son territoire. En retour de ces complaisances, Cromwell, sans accorder aux Etats généraux la conclusion d'un traité de commerce qu'ils ne cessaient de réclamer, se montra conciliant à leur égard, en renonçant au droit de visite qu'il prétendait exercer sur leurs navires, pour les empêcher de faire aucun trafic de marchandises espagnoles. Les Etats généraux n'en craignaient pas moins que l'exemple des mesures de violence prises par la cour de France ne détournât le Protecteur de la politique de modération à laquelle il s'était rallié; mais leur ambassadeur leur rendit confiance. " Sur les appréhensions que je témoignais au secrétaire d'Etat Thurloë, à l'égard de la conduite de son gouvernement 5) , écrivit Nieupoort à de Witt ^^ « celui-ci m'assura que les intentions qu'on paraissait supposer à la Haye n'étaient ici dans l'esprit de personne, et n'y seraient jamais, en ajoutant qu'il fallait avoir confiance l'un dans l'autre. ^^ Préoccupé de se faire nommer roi et de fonder une dynastie, Cromwell ne se souciait pas de provoquer des conflits extérieurs. La guerre contre l'Espagne, qu'il reprit avec une nouvelle activité, quand il fut obligé d'abandonner ses ambitieux projets, et qui lui valut la possession de Dunkerque, aurait pu, il est vrai, exposer les Provinces-Unies

^ WicQUEi'ORT, Traité de l'ambassadeur et de ses fonctions , p. 202. * L. Nieupoort à de Witt, 21 avril 1656.

à de nouvelles contestations au sujet de leur neutralité. Mais elles leur furent épargnées par sa mort \ qui suivit de près sa nouvelle conquête. Les événements dont elle fut le signal, et qui enlevèrent bientôt le pouvoir à son fils, pour le faire passer aux autres chefs du parti républicain incapables de le conserver, ne pouvaient manquer d'être favorables aux Provinces-Unies, en mettant TAngleterre hors d'état de prétendre à aucune domination au dehors. ce Nous n'avons « , écrivait de Witt, « rien à redouter du Parlement d'aujourd'hui, qui aurait plutôt besoin de nous pour éviter de faire naufrage. 15 La lente dissolution d'une république expirante rendait aux Etats généraux la plus complète sécurité et semblait même mettre à leur merci leur ancienne rivale.

Dégagés désormais de toute inquiétude vis-à-vis de la France et de TAngleterre, ils en profitèrent pour continuer la guerre contre le Portugal, et pour sauvegarder leurs intérêts dans le Nord par une intervention armée. Ne pouvant obtenir du Portugal la restitution de leur importante colonie du Brésil, qui leur avait été enlevée pendant qu'ils étaient obligés de se défendre contre l'Angleterre, provoqués en outre par la saisie de leurs bâtiments de commerce, ils résolurent de se faire rendre justice par la force. Une escadre commandée par Ruyter vint bloquer Lisbonne, et obligea le gouvernement portugais à faire des propositions de paix qui ne furent pas agréées. Les Etats généraux retardèrent à dessein la conclusion des négociations, pour laisser continuer la guerre dans les Indes : les Portugais, successivement expulsés de File deCeylan et de Tîle des Célèbes ou Macassar, perdirent leurs dernières colonies. Ces conquêtes profitaient à la Compagnie des Indes orientales et dédommageaient les Provinces-Unies de la perte du Brésil.

Les événements survenus dans le Nord imposaient encore plus impérieusement aux Etats généraux l'obligation d'intervenir, pour conserver intacte leur puissance maritime : ils allaient s'assurer ainsi vis-à-vis du [Brandebourg, du Danemark et de la Suède, une suprématie glorieusement conquise.

La Suède les menaçait d'une dangereuse rivalité, en voulant reprendre le rang que la guerre de Trente ans lui avait donné. La soudaine abdication de la reine Christine venait de faire passer son

^ 3 septembre 1658.

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