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CHAPITRE IV

héritage à son cousin Charles-Gustave, prince amhitieux et entreprenant, qui, trouvant, à son avènement au trône, le trésor du royaume épuisé, était impatient de chercher dans les conquêtes de nouvelles ressources. Disposant d'une armée aguerrie commandée par l'un des grands hommes de guerre de son siècle, le maréchal Wrangel, il se croyait appelé à continuer l'œuvre de Gustave-Adolphe, son oncle, et voulait s'assurer la domination de la mer Baltique, dont il se proposait de faire en quelque sorte un lac suédois.

Une telle entreprise, si elle avait réussi, aurait instantanément tari les sources de la prospérité maritime des Provinces-Unies. C'était la mer Baltique qui leur fournissait leurs approvisionnements de blé et les matériaux nécessaires soit à la construction, soit à l'entretien de leurs navires : leur marine marchande employait à ce transport plus de cinq cents bâtiments. Aussi quand le roi de Suède, faisant brusquement irruption dans les Etats du roi de Pologne, Casimir Wasa, lui eut enlevé son royaume, «sans employer plus de temps qu'il ne lui en aurait fallu pour le traverser à journées réglées * w , cette invasion jeta l'alarme dans les Provinces-Unies. Elle justifiait les craintes du Grand Pensionnaire, qui écrivait à l'un des ambassadeurs de la république : a Voir le roi de Suède mailre de l'horizon est l'un des plus grands dangers pour cet Etat ^. » Le traité que les Provinces-Unies avaient conclu avec la Suède quelques années auparavant les empêchait d'intervenir pour mettre obstacle à une si redoutable extension de puissance. Aussi accueillirent-elles avec empressement les offres d'alliance inattendues que leur fit l'électeur de Brandebourg, qui craignait que les conquêtes du roi de Suède ne le missent bientôt lui-même à sa merci.

Frédéric-Guillaume, qui, par la persévérance de sa politique toujours supérieure à la mauvaise fortune, devint en quelque sorte le second fondateur de sa dynastie , et mérita d'être appelé le Grand Electeur^ avait recueilli depuis quinze ans^ un héritage appauvri : dépouillé de la Poméranie par la Suède, il n'avait même pas la possession indépendante du duché de Prusse, qui n'était

1 L. de Witt à Nieupoort, 23 août 1655.

2 L. de Witt à Van Dorp, 21 décembre 1657.

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qu*an fief de la Pologne. Elevé en Hollande, il avait épousé la fille aînée de la Princesse Douairière, Louise-Henriette, sœur du dernier stathouder Guillaume II, dont la piété a perpétué la renommée \ et dans laquelle il trouva, disait-il lui-même, le plus sûr de ses conseillers ^. Cette parenté Pavait rendu plutôt hostile que favorable aux Provinces- Unies, depuis le changement de gouvernement qui avait enlevé le pouvoir au prince d'Orange son neveu. Ses mauvaises dispositions à leur égard étaient d'ailleurs encouragées par son envoyé à la Haye, Weyman, «opiniâtre et passionné, qui avait commencé par exercer la profession d'avocat de village et y avait pris le goût de la chicane ^ » . Toutefois, la crainte de la domination suédoise domina les préventions qu'il entretenait à l'égard du parti qui gouvernait la république. Par le traité de la Haye conclu avec les Provinces-Unies ^, il s'engagea à secourir le royaume de Pologne moyennant les promesses qui lui furent faites et les subsides, montant à 40,000 écus, qu'il reçut comme à-compte. Cette alliance n'aboutit qu'à une prompte défection. Découragé par la rapide conquête de la Pologne, déconcerté par l'entrée dans ses Etats d'un corps d'armée suédois, il se hâta d'offrir sa soumission au roi de Suède, au risque de se faire accuser par les Etats généraux « d'une trahison que le grand pensionnaire de Witt attribuait à sa conduite vulpinante ^ » , lui reprochant ainsi de vouloir jouer au renard. Par le traité de Kœnigsberg ®, il fit cause commune avec Charles-Gustave, et cinq mois plus tard, par le traité de Mariembourg \ il joignit ses troupes à l'armée suédoise, pour achever d'écraser le roi de Pologne.

Le dernier boulevard de la résistance était la ville de Dantzick, le grenier d'abondance des Provinces-Unies, auxquelles elle fournissait 70,000 mesures de froment. Les Etats généraux ne pou-

* Voir Groen Van Prinsterer : Archives de la maison d'Orange, t. IV, c. cxr. Son cantique : « Oui, ce n'est qu'en toi seul, ô Jésus, que j'espère » , fait encore partie de la liturgie du culte évangélique en Allemagne.

2 Voir DE GuiCHE, Mémoires, t. II p. 5.

3 WlCQUEFORT, t. III, p. 63.

^ 27 juillet, 5 août 1655.

^ L. de Witt, 20 décembre 1655, citée par Vreede, Histoire de la diplomatie néerlandaise.

^ 17 janvier 1656.

"^15 juin 1656

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