CHAPITRE IV
vaient la laisser succomber, sans mettre en péril les intérêts de la république, et tout en ayant recours aux négociations diplomatiques \ ils reconnurent bientôt que pour la sauver, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Quoique le Grand Pensionnaire répugnât à la guerre par respect pour les traités, il n'en appuya pas moins une politique énergique. Une démonstration mililaire, proposée par les Etats de Hollande, fut décidée parles Étals généraux^; ils firent partir, sous les ordres du lieutenant amiral d'Obdam, une flotte de quarante-huit vaisseaux, qui débarqua à Dantzick treize cents hommes d'infanterie, dont le commandement avait été remis à Perceval, l'un des capitaines du régiment des gardes. Intimidé par cette assistance donnée à la ville assiégée, Charles-Gustave, qui craignait le soulèvement de la Pologne, se montra disposé à négocier les articles d'un traité, qui furent facilement réglés dans la conférence d'Elbing ^ Les Etats généraux renouvelèrent, à des conditions avantageuses pour leur commerce, leur ancienne alliance avec la Suède, et la ville de Dantzick garda la liberté de rester fidèle au roi de Pologne, mais en s'engageant à ne lui donner aucun secours. Le libre parcours de la mer Baltique restait ainsi assuré aux Provinces-Unies.
La témérité du roi de Danemark les exposa à des périls encore plus menaçants. Frédéric IIÏ, ne cherchait qu'une occasion favorable pour reprendre aux Suédois les dernières conquêtes qu'ils avaient faites sur son royaume *. Le retour offensif du roi de Pologne, Casimir Wasa, contre Cbarles-Gustave lui donna le signal impatiemment attendu. Non-seulement le roi de Pologne reprit au roi de Suède son royaume aussi rapidement que celui-ci Pavait conquis, mais encore il lui enleva l'alliance de l'électeur de Brandebourg, qu'il rattacha à sa cause, en le reconnaissant comme souverain du duché de Prusse ^ Ce brusque changement dans la fortune du roi de Suède enhardit le roi de Danemark, et sans calculer l'infériorité des ses forces, il déclara la guerre ® à son
1 Résol. secrètes Etats de Hollande, 16 décembre 1655; 26 février 1656.
2 Résol. Etats généraux, 7 juillet 1656.
3 11 septembre 1656.
* Traité de Bromsebro, 1645.
* Traité de Welhau, 1657. Voir Geffrov, Histoire des Etats Scandinaves, p. 257. « 25 juin 1657.
ambitieux \?oisin. Mais son invasion dans le duché de Brème fut suivie d'une prompte retraite, et il se vit bientôt menacé dans ses Etats, sans pouvoir les défendre. Vainement les Elats généraux lui avaientils adressé les représentations les plus pressantes, pour le détourner d'une conduite aussi inconsidérée, dont le Grand Pensionnaire signalait tous les périls *. Vainement lui conseillèrent-ils ensuite d'accepter les offres d'une paix qui lui laissait Tintègrilé de son royaume. Frédéric III fut assez imprudent pour chercher à gagner du temps, se flattant d'entraîner les Etats généraux à une rupture précipitée contre laquelle la prudence du Grand Pensionnaire les prémunit ^ Ses hésitations ne profilèrent qu'au roi de Suède, qui, rompant les négociations, acheva, dans une campagne de quelques jours, la soumission du Danemark et s'approcha de Copenhague à la tète d'une armée de 15,000 hommes. Cédant désormais aux conseils du désespoir, Frédéric III se soumit à toutes les conditions qiii lui furent imposées par le vainqueur, et lui abandonna la plus grande partie de ses Etats, en signant avec lui le traité de Roskild '. Pour conserver les droits de péage du Sund, il dut promettre d'interdire à toutes les flottes étrangères l'entrée de la mer Baltique. « J'en ai vu les clefs de bois dans le port d'Amsterdam i) , dit un jour fièrement au roi de Suède l'ambassadeur des Etats, Van Beuningen*, faisant allusion aux vaisseaux de la république, qui ne se laisseraient pas longtemps fermer le passage.
Quoique les Provinces-Unies ne perdissent pas moins que le Danemark à cette convention, les Etats généraux n'auraient peutêtre pas osé donner le signal d'une nouvelle guerre dont le Grand Pensionnaire de Witt les détournait % si le roi de Suède, prenant le rôle d'agresseur, neleur avait pas offert lui-même l'occasion qu'ils attendaient, pour recouvrer leur liberté d'action. Impatient de tenter un coup de main qui fît tomber en son pouvoir les derniers débris de la monarchie danoise, Charles- Gustave se plaignit que le traité de Roskild ne fût pas exécuté, et le déclara rompu. Toute résistance céda une fois encore devant son choc impétueux. Maître de toutes
^ L. de Witt à Van Bouningeii, 9 février 1657.
2 L. de Wilt à Vogelsangh, 22 septembre 1657.
3 3 mai 1658.
^ Van HareiV, Notes sur le poème des Gueux, p. 199. ^ L. de Witt à GraafC de Zuidpolsbroeck, 18 août 1658.