CHAPITRE IV
les places du royaume, il vint mettre le siège devant Copenhague, qu'il voulait raser, et où Frédéric Ilf s'était renfermé avec sa femme, la courageuse reine Sopiiie-Amélie, pour encourager la résistance des habitants. C'en était fait du Danemark, s'il n'était promptement secouru. Aussi l'ambassadeur de la république, Van Beuningen, après avoir vaillamment payé de sa personne dans la ville assiégée, s'embarqua-t-il à la hâte, pour venir invoquer une prompte assistance \
Dès son arrivée, les Etats de Hollande répondent au pressant appel du Grand Pensionnaire, dont les scrupules pacifiques étaient vaincus par la nécessité de la guerre; ils se rendent en corps dans l'assemblée des Etats généraux, auxquels ils représentent l'imminence du danger, en demandant que la violation du traité ne soit pas laissée impunie. L'armement d'une puissante flotte de guerre est aussitôt résolu ^. Pour en couvrir, les dépenses, les États de Hollande ont recours à l'emprunt et augmentent leur dette de 2,600,000 florins. Six semaines plus tard, Tamiral d'Obdam de Wassenaar ' faisait voile vers Copenhague, ayant sous ses ordres trente-cinq vaisseaux qui portaient à bord trente-huit compagnies. Il était muni d'instructions écrites qui lui recommandaient nonseulement d'assister le roi de Danemark, mais encore de ruiner la flotte suédoise'^.
Le combat naval ne se fît pas attendre. Quarante-cinq vaisseaux suédois* étaient en ligne; ils avaient été mis sous les ordres de IVrangel, à la fois feld-maréchal et grand amiral, et qui semblait devoir soutenir sur mer comme sur terre sa renommée militaire. Le roi de Suède, espérant qu'il pourrait éviter d'engager sa flotte, en ne lui laissant pas prendre l'offensive, ne l'avait pas envoyée à la rencontre de celle des Etats, à laquelle elle aurait pu disputer le détroit du Sund; mais elle n'en fut pas moins rejointe à l'entrée de la mer Baltique, et ne put se dérober à Tattaque ^ Le vaisseau de Tamiral suédois fut assailli tour à tour par le vice-amiral hollandais de With, qui commandait Pavant-garde, et par Pamiral d'Ob-
1 L. Van Beuningen à la régence d'Amsterdam, 13 août 1658.
2 Résol. secrètes, États généraux, 30 août et 4 septembre 1658.
3 D'Obdam était devenu seigneur de Wassenaar. ~ Résol. Hollande, 30 novembre 1656.
^ Résol. secrètes, États de Hollande, 13 septembre et 18 octobre 1658. — L. de Witt à d'Obdam, 19 octobre 1658.
s 29 octobre 1658.
dam, qui réussit aie désemparer, mais qui, tenu à distance par un brûlot, ne put s'en rendre maître. La lutte fut acharnée entre les vice- amiraux de With et Bielkœnstiern. Après avoir vaillamment défendu son bâtiment échoué sur des bas-fonds, le vice-amiral hollandais, atteint mortellement par un boulet, refusa de se rendre et se laissa engloutir. Le second vice-amiral, Floriszoon, partagea son sort, en trouvant également une mort glorieuse. D'Obdam, ne pouvant plus être secouru par ses lieutenants et entouré par sept vaisseaux ennemis, soutint leur feu pendant quatre heures, parvint à se dégager et rallia la flotte autour de lui pour un nouveau combat. L*amiral Wrangel, qui avait 'perdu huit vaisseaux, ne put lui fermer le passage : réduit à chercher un refuge dans le havre de Landskroon, il lui laissa la possession de la mer \ Copenhague était sauvée. Deux mille hommes y furent débarqués sous les ordres du colonel Pugler. Le roi de Suède dut renoncer à donner l'assaut, sans pouvoir se résigner à la retraite , et s'en tint à une siège régulier qu'il entreprit vainement de brusquer, en tentant pendant l'hiver ^ une surprise qui fut facilement repoussée. Peu s'en fallut que la diplomatie n'enlevât aux Etats généraux les avantages de leur victoire. L'Angleterre et la France, qui s'en montraient jalouses, étaient secrètement disposées à intervenir en faveur du roi de Suède et négociaient une convention pour mettre fin à la guerre du Nord. Le Grand Pensionnaire prit habilement les devants^ pour leur proposer une médiation, et il la fit accepter, sous la condition que les Etats généraux se joindraient aux deux puissances médiatrices contre celui des deux rois qui refuserait la paix. Les négociations se prolongèrent pendant plus de deux mois, et aboutirent à la convention de la Haye *. Les Etats généraux exigèrent la modification des clauses qui leur étaient préjudiciables dans le dernier traité conclu entre le roi de Suède et le roi de Danemark; ils obtinrent que le passage du Sund fût rouvert aux vaisseaux de guerre étrangers, faisant ainsi cesser l'interdiction qui était pour la marine des Provinces-Unies une menace et un danger.
^ De Jonge, Histoire de la marine néerlaiidaise, t. I, p. 363-365.
2 10 et 11 février 1659.
3 L. de Witt à Mieupoort, 21 mai 1659,
4 21 mai 1659.