‹ Jean De WittChapitre 124 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

venant s'y embosser, la foudroie par ses batteries et la réduit à se rendre à discrétion avec les onze régiments qui y étaient enfermés. Cent pièces de canon, cent dix drapeaux ou étendards restent entre les mains des vainqueurs \

Charles-Gustave, qui s'était tenu éloigné de son principal corps d'armée pour continuer le siège de Copenhague, fut accablé sous le poids de ce désastre et n'y survécut que quelques mois. Sa mort^, qui faisait passer son héritage à un roi de cinq ans, et qui rendait le sénat maître du gouvernement, laissait la Suède exposée aux embarras d'une minorité. Les ministres de son fils Charles XI reconnurent dès lors la nécessité de consentir, sans plus longs retards, aux conditions de médiation et complétèrent la pacification du Nord parle traité d'Oliva, conclu avec le roi de Pologne'. Ils surent gré aux Etats de ne pas céder aux pressantes instances du roi de Danemark, qui était impatient de recommencer la guerre, dans des conditions plus favorables. D'ailleurs, ils ne voulaient pas compromettre le sort de la flotte suédoise bloquée dans le port de Landscroon par l'escadre de Ruyter, et dont l'ambassadeur de France, le chevalier Terlon, réclamait vainement la libre sortie. Dès qu'elle lui eut été accordée, la paix entre le Danemark et la Suède fut définitivement conclue à Copenhague, sous la garantie des puissances médiatrices *.

Le Danemark laissa à la Suède presque toutes ses conquêtes ; néanmoins, outre la partie de la Norwége qu'il avait perdue, il recouvra, avec le château de Cronenbourg, la clef du passage du Sund, dont les revenus lui furent également rendus, moyennant une somme de 35,000 écus par an. Enfin, le traité d'Elbing, qui dès le début des entreprises belliqueuses de Charles-Gustave avait été destiné à garantir les intérêts des Provinces-Unies , reçut une ratification jusqu'alors tenue en suspens. Les clauses d'interprétation, désignées sous le nom à'élucidation, qui le rendaient plus avantageux encore à la république , y furent insérées sans aucune réserve.

Les Etals généraux recueillaient ainsi la récompense d'une poli-

* 24 novembre 1659.

2 23 février 1660.

3 19 mai 1660,

* 6 juin 1660.

tique à la fois énergique et modérée. ïls empêchaient la Suède d'établir dans le Nord une prépondérance qui leur aurait été funeste. Ils l'obligeaient à laisser ouverte Feutrée de la mer Baltique dont ils restaient les maîtres, sans qu'aucune autre marine pût leur en disputer la domination. La supériorité de leur flotte, la valeur de leurs troupes de terre, Thabileté et la fermeté de leur diplomatie, avaient fait reconnaître le prestige de leur gouvernement. Affaiblis et humiliés dans leur dernière guerre avec l'Angleterre, ils s'étaient replacés au rang des grandes puissances. De Wilt déclarait, d'après une relation contemporaine \ que, pendant la guerre du JVord, " il avait toujours eu devant les yeux, comme deux fanaux, l'honneur et la réputation de l'Etat, ainsi que l'intérêt et la sécurité du commerce 5? . Il pouvait à bon droit se glorifier de les avoir suivis, sans s'écarter de sa route. C'était le port que ces deux fanaux lui avaient montré, et ils l'avaient heureusement guidé pour y entrer.

ï AiTZEMA, Staat en Oorlogh, t. I, p. 413.

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