‹ Jean De WittChapitre 126 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

escorté par cinq cents gentilshommes anglais à cheval. Les compagnies bourgeoises et le régiment des gardes formaient une double haie jusqu'à l'hôtel du prince Maurice de Nassau , qui avait été préparé pour le recevoir. Dès le lendemain ', les Etats généraux et les États de Hollande vinrent lui offrir leurs félicitations, et le Grand Pensionnaire harangua en français Thôte royal de la république : il invoqua habilement dans son discours la fidélité des Provinces-Unies à leur alliance avec TAngleterre , afin de faire ainsi excuser la conduite qu'elles avaient tenue avec Cromwell. «IVous en faisons » , ajouta-t-il, « un intérêt d'Etat au plus haut degré; même nous devons avouer que, depuis quelques années, cet intérêt d'Etat fait violence à notre inclination naturelle, puisque ce n'était pas en votre auguste personne que nous trouvions l'image de ce pays, et c'est par là, Sire, que Votre Majesté jugera avec quelle affection et zèle nous chérirons et entretiendrons à l'avenir l'union et Pétroite correspondance entre votre royaume et cette république, puisque , voyant présentement Votre Majesté rétablie, notre inclination naturelle et l'intérêt de PEtat se trouvent unis. « La réponse de Charles II fut d'abord assez laconique, mais les compliments qui lui furent adressés pour le remercier de sa courtoisie le firent sortir de sa réserve. « Je suis résolu i? , dit-il, « à faire une alliance bien étroite avec cet Etat, et c'est pourquoi, messieurs, je serais jaloux si vous vouliez préférer l'amitié et Palliance d'aucun prince à la mienne. » — « Cette alliance » , répliqua de Witt, « doit être aussi étroite que possible et la première de l'un et de l'autre Etat. » Pour ne laisser aucun doute sur ses pensées, Charles II finit ainsi l'entretien, dont tous les termes ont été fidèlement reproduits dans les résolutions secrètes des Etats de Hollande* : a Je considère bien que vous avez été forcés de traiter avec ces gens qui, s'étant soulevés contre mon père, se sont aussi obstinés contre moi; mais à présent, vous aurez à faire avec des gens d'honneur. îî Ceux qu'il proclamait des gens d'honneur étaient les mêmes qui, plus tard, devaient faire regretter à la république, par leur duplicité, l'intraitable rudesse du Protecteur.

Les festins succédèrent aux visites et aux députalions. Indépen-

» 26 mai 1660.

2 Résol. secrètes Etats de Hollande, t. II, p. 253. '

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damment de deux repas solennels qui furent offerts à Charles II par les États de Hollande, les dépenses de sa table furent magnifiquement défrayées. Cinq députés étaient chaque jour ses convives, u en quoi " , dit malignement un contemporain * , " ils se faisaient bien autant d'honneur el de plaisir qu'au roi :) . Charles lï ne pouvait se montrer indifférent à la somptueuse réception qui lui était faite, ni aux témoignages de respect qu'il recevait. Il était d'ailleurs jaloux d'assurer au jeune prince d'Orange les bonnes dispositions des États généraux et des États de Hollande. Dans cette vue, il tint à se rendre lui-même dans leurs assemblées, après s'être ménagé plusieurs entretiens avec le Grand Pensionnaire.

Dans la semaine qui suivit son arrivée à la Haye *, des commissaires délégués par chaque province vinrent le chercher à l'hôtel du prince Maurice de Nassau et le conduisirent dans la plus grande salle du palais^ où les membres des Etats généraux s'étaient réunis pour le recevoir. Le président de semaine, Jacob de Veth, député de Zélande, lui céda sa place, et Charles II se tint debout, chapeau bas, sous le dais royal qui avait été dressé dans l'assemblée où siégeaient les représentants d'une république. Il renouvela aux députés ses protestations d'attachement, u J'aime plus les Provinces-Unies m , leur déclara-t-il, « que ne le font ensemble les autres rois*. » Les députés de Hollande, qui étaient venus l'attendre à sa sortie de la séance des États généraux, raccompagnèrent ensuite jusqu'à la salle de leur assemblée pour y recevoir, à leur tour, sa visite. Il les remercia de leur hospitalité, les assura de son amitié et leur recommanda les intérêts de sa famille. Pour donner plus d'importance à cette recommandation, il remit au Grand Pensionnaire une déclaration signée de lui et conçue en ces termes : a Messieurs, d'autant que je laisse ici entre vos mains la princesse ma sœur et le prince d'Orange mon neveu, deux personnes qui me sont extrêmement chères, je vous prie de vouloir bien prendre à cœur leurs intérêts et leur faire ressentir les effets de votre faveur, dans les occasions où la princesse ma sœur vous en priera, vous assurant

1 WlCQUEFORT, t. II, p. 653.

2 le' juin 1660.

• C'était celle où la grande assemblée de 1650 avait été réunie.

* Voir relation citée par Wicquefgrt, t. II, p, 647, d'après Aitzema, t. IV, p. 585-603.

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