‹ Jean De WittChapitre 128 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

France en profita pour intervenir entre elles comme médiateur, et se fit remettre la lille par le comte Frédéric de Dohna, neveu de la Princesse Douairière, qui en était le gouverneur, s'engageant seulement à la restituer, lorsque le prince d'Orange serait devenu majeur ^ Toutefois, l'éducation du fils de Guillaume II n'avait pas souffert de la mésintelligence des deux princesses. Ne voulant pas le rendre témoin de leur désaccord, elles s'étaient entendues pour lui faire commencer ses études % en le conduisant à Leyde dès Tàge de neuf ans, et elles communiquèrent leur résolution aux États généraux, qui les remercièrent de leur message. Elles donnèrent pour gouverneur au jeune prince son oncle , Frédéric de Nassau , seigneur de Zuylestein, fils naturel du stathouder Frédéric-Henri, qui l'avait reconnu, « et dont la réputation était celle d'un homme de cœur et d'esprit ' w . Il témoignait à la maison d'Orange un attachement passionné, et à la naissance du jeune fils de Guillaume II, « il avait fait tapisser le portail de sa demeure d'écriteaux tirés de l'Ancien Testament, dans lesquels il lui appliquait tout ce que les prophètes avaient prédit du Messie* « . La direction de l'éducation du^ eune prince fut confiée au ministre calviniste Corneille Trigland, qui, reçu docteur à Leyde, s'était fait connaître comme prédicateur à la Haye ^ et devait justifier le choix maternel par ses enseignements religieux aussi bien que par ses conseils patriotiques. Il écrivit pour son élève Vidée ou le Portrait du prince chrétien^ de même que plus tard Fénelon fit de TéUmaque le manuel d'éducation du duc de Bourgogne. Il vécut assez longtemps^ pour le voir rétabli dans le pouvoir de ses ancêtres, et, dans une dernière lettre qu'il lui écrivit avant de mourir®, il put l'exhorter à en faire un bon usage. Les meilleurs maîtres furent associés à l'œuvre de Trigland. Le professeur Bornius fut nommé directeur des études du jeune prince; un Français appelé Chapuyzeau, « qui avait fait quelques comédies, et qui possédait la langue latine aussi bien que la langue française' » , devait l'assister en qualité de précepteur;

1 20 mars 1660.

2 4 novembre 1659.

3 L. de Thou, 13 février 1659 : Archives aff. étr. * Mémoires de Hollande, p. 25 et 63.

5 II mourut le 20 août 1672.

6 Cette lettre appartient à la collection de famille de M. Hoog. "^ L. de Thou, 13 février 1659 : Archives aff. étr.

266 JEAIW DE WITT.

Tancien secrétaire du prince d'Orange, Huyghens de Zuylichem, père du savant Huyghens, s'était chargé de renseignement de la littérature hollandaise. La maison du jeune prince fut montée avec autant de cérémonial que s'il eût conservé les charges de son père, les emplois de premier gentilhomme, de premier écuyer et de premier maître d'hôtel furent remplis auprès de lui par les fils de MM. de Heenvliet, de Renswoude et Boreel, appartenant tous trois à des familles nobles de la république. La diplomatie se préoccupait des dispositions de cet entourage, en prévision des destinées qui pouvaient attendre le jeune prince, et Tambassadeur de Louis XIV à la Haye, de Thou, recommandait au gouvernement français de n'épargner aucune gratification ce pour acquérir son gouverneur et ses maîtres ^ ^ . Le jeune prince était ainsi préparé par son éducation à profiter d'un retour de fortune qui tôt ou tard était inévitable.

L'agonie de la république d'Angleterre, en préparant comme un dénoûment inévitable le rétablissement de la royauté, avait déjà fait reconnaître au parti républicain la nécessité de ménager la maison d'Orange. Dès l'année précédente, les régents d'Amsterdam, à l'occasion du mariage du prince d'Anhalt avec Henriette-Catherine, seconde fille de la Princesse Douairière, invitaient la famille du jeune prince à une fête splendide. Aussitôt après la restauration de Charles H, ils firent une réception solennelle à la Princesse Royale ainsi qu'à son jeune fils. Le Grand Pensionnaire donnait lui-même, par d'habiles avances, le témoignage des dispositions les plus conciliantes '. Un mois avant le rappel du roi d'Angleterre, il prenait part à un repas de corporation auquel assistaient plusieurs serviteurs de la maison d'Orange, et ce fut son père, l'ancien prisonnier du stathouder Guillaume H, qui porta le premier la santé du jeune prince '.

Une fois Charles ÏI rétabli sur le trône, les bonnes intentions ne pouvaient plus suffire et devaient être suivies d'actes. De Witt était favorable aux concessions, en voulant néanmoins les limiter. Il se proposa de ménager au neveu du roi d'Angleterre la protection des Etats, en faisant de lui, comme il aimait à le déclarer, « l'enfant de

1 L. de Thou, 17 juin 1660.

2 L. de Thou, 24 juin 1660 : Archives aff. étr. s L. de Thou, 29 avril 1660.

Page 1