CHAPITRE V
la Hollande " , et en lui rouvrant Faccès aux charges paternelles, que l'acte d'exclusion lui avait fermé \ Mais, d'autre part, il ne voulait laisser disposer en sa faveur, ni des pouvoirs de stathouder, ni même des commandemenis militaires que ses ancêtres avaient exercés, tout en déclarant que la charge de capitaine et amiral général ne pourrait manquer de lui appartenir à l'époque de sa majorité. Il trouvait bien préférable de l'obliger ainsi à la reconnaissance envers les Etats, au lieu d'encourager son ambition princière, en lui attribuant un droit à l'héritage paternel. Une restauration faite au profit d'un enfant lui paraissait rendre inévitable la domination du parti orangiste, qui pourrait ainsi satisfaire à l'aise ses ressentiments politiques et ses complaisances pour le roi d'Angleterre. Cette insurmontable défiance dont Jean de Witt faisait luimême Taveu *, le détourna d'une tentative plus hardie, le rétablissement immédiat du fils de Guiîlaumeïldans les charges paternelles, sous la direction des Etats qui se seraient attribué la régence jusqu'à la majorité du jeune prince. En scellant ainsi l'alliance de la liberté républicaine et du pouvoir du prince d'Orange, de Witt aurait pu trouver le dénoûment de toutes les difficultés qu'il avait à surmonter, et sous le poids desquelles il dei^ait finir par succomber. Il se contenta d'expédients et prit une transaction pour une solution.
Les premières offres d'entente lui furent adressées par la Princesse Royale, au sujet de la proposition faite aux Etats de Gueldre ^ par les députés de Nimègue, pour nommer le jeune prince capitaine général. Afin de gagner le Grand Pensionnaire à la cause de son fils, elle eut recours à l'entremise de l'un de ses conseillers intimes, Laurent Buysero, qui lui servait de greffier, et qui a tenu le curieux registre de toutes les négociations dont il fut chargé ^. Mais, dès les premières conférences % de Witt, ne voulant pas encourager ses espérances, déclara que la proposition des députés de Nimègue lui
* L. Jean de Wîtt à Beverwaert, 23 juillet 1660, et Conférences de Buysero, 10 juillet. Voir de Grovestiivs, t. I, p. 371.
2 Conférences de Buysero, 10 juillet 1660. =» 17 juin 1660.
* Le journal de ces conférences, déposé aux archives de la maison d'Orange, a été publié dans l'ouvrage de M. de Grovestins, ayant pour titre : Guillaume III et Louis XIV, i. I, p. 370.
^ Conférences, 8 et 10 juillet 1660.
paraissait inopportune, et que Tenfance du prince ne permettait pas de lui donner Théritage du pouvoir paternel.
Toutefois, pour laisser ouverte la voie des négociations, il lit entendre qu'il pourrait disposer les États de Hollande à se charger de Téducation du jeune prince, ainsi que de l'administration de ses biens, en lui assurant une pension considérable \ « Si les Etats l'adoptent comme leur pupille ^ , déclarait-il ^j ^ ils lui donneront la meilleure preuve de l'intérêt qu'ils lui portent. ^ La Princesse Royale se trouva déçue plutôt que satisfaite par de telles offres. Elle s'en expliqua ^ avec de Witt, qui était venu la trouver à sa maison de campagne de Honsholredyk, et lui représenta qu'elle avait dû prendre le conseil du roi d'Angleterre, qui avait pour son fils d'autres prétentions*. Dix jours après, elle se rendit à la Haye, pour lui donner connaissance de la réponse que Charles II lui avait adressée. K Cette réponse insiste pour la désignation anticipée du jeune prince aux grandes charges de l'Etat» , écrit le Grand Pensionnaire \ « Son Altesse m'a déclaré que c'est un commandement dont elle n'ose pas se dispenser. « Elle croyait pouvoir compter sur les magistrats d'Amsterdam, et en particulier sur l'oncle de Jean de Witt, Corneille de Graelf de Zuidpolsbroeck, avec lesquels elle avait engagé des pourparlers *^; mais détournés de tout compromis par les pressantes démarches de Jean de Witt "^j ceux-ci finirent par refuser leur concours à la mère du jeune prince *.
Irritée de cette résistance, elle entreprit d'obliger les Etats de Hollande à lui donner satisfaction, en leur faisant craindre le mécontentement du roi d'Angleterre et le soulèvement du parti orangiste. Elle leur adressa un message qu'elle communiqua également aux Elals généraux, pour leur annoncer qu'étant à la veille de se rendre auprès du roi son frère, elle leur offrait ses bons services, a Mais » , ajouta-t-elle, « j'espère emporter l'assurance que mon fils obtiendra les charges civiles et militaires que ses
1 L. de Wilt à Beverwaert, 23 juillet 1660.
2 Conférences, 12, 20 juillet 1660.
^ Conférences, 12 juillet 1660.
* Conférences, 22 juillet 16!j0.
5 L. de Witt ù Zuidpolsbroeck, 23 juillet 1660.
« Cow/e'rewcc^, il, 26 juillet 1660.
"^ L. de Witt à Zuidpolsbroeck, 22 juillet 1660
* Conférences, 2T juillet 1660.